BEAUSSIER Jean, Pierre, Louis

Par Pierre Bonnaud

Né le 4 août 1893 à Aubenas (Ardèche), mort le 10 janvier 1969 à Aubenas ; instituteur ; militant laïque et socialiste SFIO ; résistant dans les rangs du mouvement Libération puis des MUR, responsable départemental du MLN, président du CDL de l’Ardèche ; conseiller général du canton d’Aubenas de 1945 à 1951 ; correspondant de la commission d’histoire de l’occupation et de la Libération.

Fils de Louis Théophile Beaussier et de Louise Victorine Dupland, Jean Beaussier devint instituteur à la veille du premier conflit mondial. L’état civil de ses parents indique : « propriétaires résidant à Aubenas ». Jean Beaussier fut-il mobilisé en 1914 ? Nommé à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), il y épousa le 28 juin 1916 Marie Joséphine Boissin, institutrice originaire de Chandolas (Ardèche).
Jean Beaussier effectua toute sa carrière d’enseignant à Bourg-Saint-Andéol où il milita, entre les deux guerres, dans les œuvres laïques. En 1929, son épouse devint directrice du cours complémentaire de jeunes filles de la petite ville. Adhérant à la SFIO et au Syndicat national des instituteurs réunifié au sein de la CGT après 1935, il fit partie des enseignants grévistes le 30 novembre 1938 inscrits dans le tableau d’honneur de L’Émancipation, bulletin syndical de la section ardéchoise du SNI.
Le 13 octobre 1940, Beaussier participa à une réunion dans un café de Bourg-Saint-Andéol qui appartenait à l’un de ses camarades de la SFIO, Pierre Piéri. Ce fut le point de départ d’un réseau de Résistance ardéchois qui suivait les directives du général Cochet. En contact avec le CAS crée à Nîmes en 1941, il adhéra ensuite au mouvement Libération et lors de la création des MUR en mai 1943, il fut désigné responsable du secteur centre et sud du département. Le 15 avril 1944, Alban Vistel le nomma responsable départemental du MLN. Représentant du mouvement au sein du CDL sous le pseudonyme de « D », il fut désigné à la présidence de celui-ci au printemps 1944.
Le 15 mars 1944, alors que la pression policière allemande et vichyste s’accentuait dans la vallée du Rhône, il quitta son domicile de Bourg-Saint-Andéol et se réfugia dans la région des Vans (Ardèche). Son épouse, demeurée à Bourg fut arrêtée par la Gestapo et emprisonnée au fort de Montluc à Lyon puis à celui de Romainville en région parisienne. Elle fut libérée par l’insurrection de la capitale le 25 août 1944.
Président du CDL, Jean Beaussier assuma ses tâches avec modestie et fermeté durant la période insurrectionnelle de l’été 1944. Il participa ensuite aux différents efforts de mobilisation autour du programme du CNR. Les 15 et 16 décembre 1944, il représenta le CDL de l’Ardèche à l’Assemblée nationale des CDL qui se tint à Paris et, le 21 décembre, il présida à Privas les premiers États généraux départementaux de la Renaissance française. Ceux-ci furent reconduits le 1er juillet 1945 à La Voulte. Jean Beaussier conduisit la délégation de l’Ardèche qui se rendit à Paris du 10 au 14 juillet 1945 pour présenter ses cahiers de doléances dans le cadre des États généraux à l’échelle nationale.
Jean Beaussier, malgré ses préventions à l’égard des communistes, qu’il exprima plus tard dans ses notes sur la Résistance, apporta sa caution à toutes les étapes qui conduisirent à la fusion en Ardèche du MLN et du FN. Le 14 octobre, il participa à Aubenas à un congrès départemental du MLN qui adopta une orientation franchement unitaire. La fusion se réalisa au congrès de La Voulte du 22 avril 1945 qui institua un « Front Uni de la Renaissance française ». Jean Beaussier en accepta la présidence. Cette structure nouvelle réussit à se maintenir en Ardèche malgré l’échec de la fusion nationale. Elle eut des prolongements électoraux, notamment aux élections cantonales de septembre 1945. Jean Beaussier fut présenté comme candidat unique du FURF dans le canton d’Aubenas. Il emporta le siège le 23 septembre en obtenant 4 554 voix sur 6 783 votants et 13 402 inscrits. Vice-président du conseil général en octobre 1945 et septembre 1946, il refusa de se représenter aux élections cantonales de 1951.
Jean Beaussier participa à la plupart des congrès départementaux de la SFIO de la fin des années quarante et cinquante. Membre de la commission des conflits en 1951, il refusa de voter l’exclusion d’Édouard Froment dans le cadre du conflit qui opposa celui-ci au secrétaire fédéral, Pierre Fournier. Tout en demeurant membre de la SFIO, il prit ses distances avec le combat politique. Correspondant de la commission d’histoire de l’occupation et de la Libération, il consacra la dernière partie de sa vie au travail de mémoire sur la Résistance.
Jean Beaussier se retira à Aubenas à l’âge de la retraite. Il fut inhumé religieusement à Chandolas. Pierre Fournier lui rendit un dernier hommage. Jean et Marie Beaussier, son épouse, étaient parents de plusieurs enfants. Marquée par les sévices subis durant son emprisonnement en 1944, Marie Beaussier avait renoncé à l’enseignement à la Libération.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16046, notice BEAUSSIER Jean, Pierre, Louis par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 22 janvier 2019.

Par Pierre Bonnaud

SOURCES : Arch. Nat., F1a 3240. — Arch. Dép. Rhône, 668 W 96. - Arch. Dép. Ardèche, 72 W 109 ; 70 J 36 (fonds du musée départemental de la Résistance). — Cahier manuscrit de Jean Beaussier. — Dossiers de l’OURS, notes de G. Morin. — ONAC Ardèche, dossier CVR. — La IVe République (1944). — L’Ardèche socialiste (1944-1947). — La Volonté socialiste (1948-1970). — Le Dauphiné libéré, (1945-1969). — La Tribune de Montélimar, édition Ardèche, n° 34, 25 août 1994. — L’Émancipation, bulletin de la section ardéchoise du SNI, (1939). — Louis-Frédéric Ducros, Montagnes ardéchoises dans la guerre, t. I, II, III, Valence, 1981. — Laurent Douzou, La désobéissance, histoire du mouvement Libération-Sud, éditions Odile Jacob, Paris, 1995. — Mémoires d’Ardèche et temps présent n° 42 et 43, Archives départementales de l’Ardèche, Privas, 1994. — Actes du colloque Résistance et Libération en Ardèche, Privas Mémoires d’Ardèche et temps présent 18 juin 1994. — État civil.

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