BÉCHARD Paul

Par Gilles Morin, Noëlline Castagnez

Né le 25 décembre 1899 à Alès (Gard), mort le 26 avril 1982 à Montpellier (Hérault) ; ingénieur électricien ; militant et élu socialiste du Gard ; maire d’Alès (1947-1948, 1953-1965), conseiller général (1945-1951, 1958-1973), député (octobre 1945-juin 1946, novembre 1946-1948, 1951-1955, 1958-1967), sénateur (1955-1958), président du conseil général (1961-1973) ; secrétaire d’État (1946-1947) ; haut-commissaire de la République en AOF (1948-1951).

[Sénat]

Le père de Paul Béchard, d’abord ouvrier mécanicien aux mines de la Grand’Combe, puis contremaître aux mines de Bormettes dans le Var, créa par la suite un atelier de mécanique à Alès.

Après des études aux lycées d’Alès puis de Nîmes, Paul fut reçu en 1917 à Saint-Cyr. Il s’engagea volontairement dans l’infanterie la même année et partit comme aspirant d’infanterie en août 1918. Il fut blessé deux fois. Après l’Armistice, il retourna à Saint-Cyr et sortit major de sa promotion « Lafayette ». Il quitta l’armée en 1920 et partit alors à Grenoble (Isère) où, pendant deux ans, il suivit les cours de l’Institut électro-technique. Licencié es-sciences en 1922, il était diplômé ingénieur électricien de Grenoble ; il se maria l’année suivante, travailla comme ingénieur, puis devint industriel à Alès.

Paul Béchard adhéra au Parti socialiste en 1926. Candidat au conseil général à Alès en 1928, il le fut également aux élections législatives de 1932, dans l’arrondissement de Florac (Lozère). Il était membre de la Fédération socialiste du Gard. En 1939, il fut mobilisé comme officier d’État-major.

Paul Béchard participa activement à la Résistance dès l’été 1940. Il fit l’objet d’un mandat d’arrêt en 1942 pour « activité antinationale », rejoignit le maquis en 1944, puis s’engagea dans la 1re armée française. Affecté à l’État-major, il demanda à servir dans l’infanterie et fut affecté au 6e RIC. Objet de trois citations, dont l’une à l’ordre de l’armée, il fut nommé Chef de bataillon à titre exceptionnel pour faits de guerre. Le général De Gaulle le fit Grand Officier de la Légion d’Honneur.

Démobilisé le 20 août 1945, il fut élu conseiller général du canton d’Alès-Est le 30 septembre 1945, dans un bastion communiste, après le désistement de son rival communiste Charles Plantier*, arrivé peu après lui (5 095 voix contre 5 041). Deuxième de la liste SFIO derrière Georges Bruguier, il fut élu député à la première Assemblée constituante le 21 octobre 1945. Battu en juin 1946, il fut réélu député à la première Assemblée nationale le 10 novembre 1946. Il eut plusieurs responsabilités gouvernementales. Il fut secrétaire d’État à l’Armement du gouvernement Blum (décembre 1946-janvier 1947), puis secrétaire d’État à la Présidence du Conseil du gouvernement Ramadier, après le départ des ministres communistes en mai 1947, sous-secrétaire d’État chargé des Affaires d’Outre-Mer le 24 octobre 1947, secrétaire d’État à la guerre du gouvernement Schuman (25 novembre 1947). Il aurait refusé le ministère de l’Intérieur que Schuman lui proposait.

Peu auparavant, en septembre 1947, il avait été élu maire d’Alès, prenant au PCF une ville qu’il détenait depuis vingt-cinq ans, alors même que les socialistes perdaient plusieurs mairies d’importance. Il se retira au bout de quelques mois, en décembre 1948, en faveur de Marcel Barreau*, après sa nomination comme Gouverneur général et Haut Commissaire de la République en Afrique occidentale française, à Dakar, poste qu’il occupa pendant trois ans (décembre 1947-1951). Il donna alors sa démission de membre de l’Assemblée nationale et Robert Gourdon* lui succéda.

Tête de liste aux législatives de 1951 dans le Gard, Paul Béchard retrouva son siège de député le 17 juin. Pourtant, quelques mois plus tard, il perdit son siège à l’Assemblée départementale lors du renouvellement des cantonales d’octobre 1951. Arrivé en 3e position au premier tour (avec 2 524 suffrages sur 9 677 exprimés et 16 783 inscrits), il se retira. Les militants socialistes le désignèrent alors comme candidat à la mairie d’Alès en juin 1953. La liste gagna un siège et Béchard aurait dû être élu par 17 voix contre 14, mais fut battu par 16 voix contre 15, du fait de la défection de deux conseillers socialistes, dont l’ancien maire Barreau. Devenu chef de l’opposition, Béchard fut finalement réélu maire en octobre 1953, après la dissolution de la municipalité.

Opposé à la Communauté européenne de Défense (CED), il fut suspendu du Parti avec d’autres camarades pour son indiscipline lors du vote des accords de Londres et Paris (décembre 1954), par le Comité directeur du Parti socialiste, le 19 janvier 1955. Il se présenta alors aux sénatoriales sous l’étiquette « socialiste indépendant » le 9 juin suivant, alors que la fédération s’était prononcée pour une liste commune avec les radicaux, conduite par le socialiste Edgar Tailhades*. Béchard contesta le congrès qui avait pris cette décision, alors que son collègue Robert Gourdon et lui-même étaient sanctionnés, et se présenta quand même en affirmant qu’il ne voulait pas laisser un seul siège aux radicaux. Au premier tour, la liste d’entente rassembla 533 voix sur le nom de Tailhades, et 445 sur celui de Suzanne Crémieux ; Paul Béchard obtint 260 voix et se maintint au second tour contre la radicale-socialiste Suzanne Crémieux. Le communiste se désista en sa faveur, à cause de son vote contre les accords de Londres et Paris et de sa déclaration en faveur du contrôle des armements et du relèvement du SMIG. Abandonnant son siège de député, Béchard fut donc élu sénateur par 487 voix, battant Suzanne Crémieux au second tour. Béchard avait reçu l’appui de Robert Gourdon et bénéficia du tiers environ des suffrages socialistes au premier tour, et de la moitié au second. Il avait fait une déclaration publique et écrite selon laquelle il restait « dans la ligne du Parti socialiste, l’homme qu’il a toujours été, et que son programme politique est inchangé, à savoir : la défense de la liberté, de la justice sociale et l’amour de la République ». Paul Béchard fut de nouveau exclu du Parti par la commission fédérale des conflits le 2 juin 1955. Il demanda sa réintégration, avec l’appui de la section d’Alès et de sa fédération (1 117 voix pour, 487 contre), le 11 mars 1956. Celle-ci fut refusée une première fois par le comité directeur, le 28 mars 1956, mais Béchard fut finalement réintégré par le conseil national de décembre 1956. Il demeura au Sénat jusqu’en novembre 1958.

Le 9 février 1958, il était réélu conseiller général, du canton de Pont-Saint-Esprit, en remplacement d’André de Philip*, décédé.

Il refusa la délégation des pouvoirs au général De Gaulle en juin 1958, et appela à voter « non » au référendum de septembre de la même année. En dépit de la baisse des suffrages socialistes au lendemain du changement de régime, il fut réélu député du Gard de novembre 1958 à 1967, et élu sénateur de la Communauté, le 15 juillet 1959. À la SFIO, il manifesta encore son indépendance, en 1959, en adhérant aux Combattants de la paix et en se montrant indiscipliné lors du scrutin sur les pleins pouvoirs du 2 février 1960. Il fut également blâmé pour avoir publié un article dans Le Midi Libre justifiant son indiscipline. Il s’était alors assuré de bases très solides dans son pays natal, sa circonscription des Cévennes, le canton de Saint-Esprit et la ville d’Alès ne se confondant pas géographiquement. Cette large influence, il la renforça encore en se faisant élire président du conseil général en 1961. Il conserva cette dernière fonction jusqu’en 1973. Il présidait aussi les syndicats départementaux d’adduction d’eau et d’électricité depuis le début des années soixante.

Victime d’un accident de la circulation en septembre 1962, souffrant de plusieurs fractures, il mena de son lit d’hôpital sa campagne des législatives qui aboutit à sa réélection, mais il ne put réintégrer le groupe socialiste à l’Assemblée que le 27 octobre 1964. Il s’était aussi représenté aux sénatoriales du 23 septembre 1962, en tandem avec Edgar Tailhades, pour faire chuter semble-t-il la radicale-socialiste Suzanne Crémieux, qui avait repris son siège en 1959. Mais, alors que Tailhades était réélu, Paul Béchard fut devancé par Suzanne Crémieux de 30 voix (529 contre 499).

Lors des municipales de 1965, il conduisit une liste socialiste-MRP qui fut battue dans une triangulaire, d’un peu plus de 300 voix, par la liste PC-PSU, car la liste de droite, en se maintenant au second tour, empêcha de réaliser un front anticommuniste, manœuvre pourtant classique à Alès. Selon Béchard une partie de la droite et des radicaux auraient voté pour les communistes afin de le faire tomber, avec l’appui du comité des expropriés et expropriables, mécontents des transformations en cours dans le tissu urbain qui touchaient 2 200 logements.

Aux législatives de 1967, il reçut l’ordre de la direction nationale du Parti de se retirer au second tour dans le cadre des accords PC-FGDS, et ne revint donc plus au Palais Bourbon. Il appartint au comité de soutien du courant animé par André Chandernagor* qui publiait Démocratie socialiste, en mai 1970. Il n’adhéra pas au nouveau Parti socialiste.

Il se représenta aux cantonales en 1976 et 1979, la dernière fois à Saint-André de Valborgne, contre un candidat investi par le PS qui fut élu dès le premier tour.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16066, notice BÉCHARD Paul par Gilles Morin, Noëlline Castagnez, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 26 novembre 2008.

Par Gilles Morin, Noëlline Castagnez

[Sénat]

SOURCES : Arch. Nat., 4AG/73, dossier Bergery. F/1cII/117. F/1cII/146. F/1cII/203. F/1cII/290. F/1cII/703. F/1cIV/152. CAC, 19830172, articles 69 et 87. — Arch. OURS, dossiers Gard et fonds AGM, dossier Béchard. — Arch. du CHEVS, fonds du Groupe Socialiste — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 114. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Le Combat social, 14 novembre 1931, 17 avril 1932. — Le Monde, 5 mai 1982. — Notes d’A. Caudron. — Notes de R. Huard, 29 mars 1998. — Notice DBMOF. — Noëlline Castagnez, Socialistes en République. Les parlementaires SFIO de la IVe République, Presses universitaires de Rennes, 2004.

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