TROTOBAS Michael

Par Jean-Pierre Besse

Né le 20 mai 1914 à Brighton (Royaume-Uni), mort en action le 27 novembre 1943 à Lille (Nord) ; résistant SOE, réseau Farmer.

Le père de Michael Trotobas était français, sa mère irlandaise. Lorsque Michael Trotobas naquit son père, qui avait été mobilisé en France, était prisonnier en Allemagne.
Il passa ses jeunes années à Dublin avant de venir en France en 1926. Il vécut à la Seyne-sur-Mer (Var) et fréquenta des établissements scolaires de Toulon (Var) tout en gardant des attaches avec Londres, où il faisait de fréquents séjours.
De retour en Angleterre en 1930, il choisit de faire une carrière militaire dans l’armée britannique. En mai 1940, il s’engagea dans le corps expéditionnaire anglais et fut évacué de Dunkerque. Nommé en janvier 1941 sous-lieutenant au British Expeditionary Forces (BEF), il se porte volontaire pour devenir agent du SOE (Special Operations Executive), créé à l’été 1940 pour constituer des réseaux clandestins de sabotage dans les pays européens occupés par l’Allemagne. Maîtrisant bien le français, après un stage de préparation, il fut recruté par la section F (F pour France) du SOE (matricule 167302), nommé capitaine puis envoyé pour une première mission en France. Dans la nuit du 6 au 7 septembre 1941, il fut parachuté au sud de Châteauroux (Indre) en compagnie de cinq autres agents de la section F du SOE : André Bloch, Benjamin Cowburn, Victor Gerson, George Langelaan et Jean Paul Marie du Puy. Cette première mission échoua. Il fut arrêté le 27 octobre 1941 ; emprisonné à Limoges (Haute-Vienne) puis à Périgueux (Dordogne), il fut transféré en mars 1942 au camp d’internement de Mauzac (Dordogne). Une évasion, organisée dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942, parvint à le libérer. Il rejoignit Londres en passant par l’Espagne en novembre 1942.
Une nouvelle fois parachuté, le 18 novembre 1942, près de Beaune-la-Rolande (Loiret) en compagnie de deux autres agents du SOE, Gustave Bieler et Arthur Staggs, un radio, il organisa à Lille un réseau Farmer, dont l’activité se déploya rapidement dans tout le Nord-Pas-de-Calais. Il avait pour pseudonyme Sylvestre, et pour ses hommes il était le capitaine Michel. Il réalisa son premier déraillement en février 1943 sur la ligne Lens-Béthune.
En août 1943, le réseau « Sylvestre-Farmer » avait recruté plus de 800 membres, répartis de la frontière belge à la Somme et à l’Aisne. Il avait pour mission des opérations de sabotages et de déraillements de trains, il consacra aussi une part importante de ses efforts aux liaisons avec Londres (émissions clandestines, radio, parachutage d’armement et d’explosif, évacuation d’agents « brûlés »). Michael Trotobas s’était enrôlé dans les GMR ce qui lui permit de réaliser sous cet uniforme plusieurs sabotages.
Il organisa personnellement le sabotage de l’usine de Fives, située dans la banlieue de Lille. Il se fit embaucher dans l’usine afin de repérer les objectifs précis à détruire, de relever les points faibles et les gardes. Dans la nuit du 27 au 28 juin, un groupe d’agents du réseau déguisés en gendarmes, se rendit à l’usine de Fives, prétextant inspecter le système de sécurité. Ils réussirent à détruire des transformateurs, immobilisant pour quelque temps l’activité de l’usine.
Repéré depuis juin 1943, Michael Trotobas était obligé de changer d’adresse et de se cacher. Dans la nuit du 26 novembre 1943, la police allemande réussit à capturer dans la région d’Arras (Pas-de-Calais) une équipe occupée à réceptionner un parachutage. L’un de ses membres, le lieutenant Reeve, dit Olivier, un officier anglais, coopéra et accepta de conduire les allemands à la planque de son chef Michael Trotobas au 20 boulevard de Belfort à Lille. À 6 heures du matin le 27 novembre 1943, le quartier était cerné par la GFP – Geheime Feldpolizei, la police militaire secrète. Trotobas ouvrit le feu sur les assaillants, tuant leur chef avant de succomber à son tour. Au cours de la fusillade, sa compagne Denise Gilman fut mortellement touchée.
Michael Trotobas reçut la Médaille de la Résistance par décret du 31 mars 1947, JO du 26 juillet 1947.
Son nom figure sur le monument en hommage aux membres du réseau Sylvestre-Farmer, à Lille et sur le Mémorial de Valençay (Indre) dédié aux 104 agents de la section F du SOE morts pendant la Seconde guerre mondiale. Enfin une stèle honore sa mémoire à Gondecourt (Nord), on y lit : « En septembre 1939, le sergent Michael Trotobas a séjourné à Gondecourt avec le Corps expéditionnaire britannique. Capitaine de la section F du Special Operations executive (SOE), il est revenu en novembre 1942 pour créer son nouveau réseau Sylvestre-Farmer. Figure légendaire de la Résistance dans le Nord - Pas-de-Calais, sous le nom du capitaine Michel, il a mené avec les membres du réseau des actions audacieuses pour la libération de la France. Il a été assassiné à Lille le 27 novembre 1943. N’oublions jamais ! »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article160860, notice TROTOBAS Michael par Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 2 juillet 2014, dernière modification le 1er septembre 2021.

Par Jean-Pierre Besse

SOURCES : Foot Michael R.D., SOE in France. An Account of the Work of the British Special Operations Executive in France. 1940-1944, London, Her Majesty Stationery Office, 1966. — Dejonghe Etienne, Le Maner Yves, Le Nord-Pas-de-Calais dans la main allemande, Lille, La Voix du Nord, 1999. — Dejonghe Étienne (sous la dir.), L’Occupation en France et en Belgique, 1940-1944, actes du colloque de Lille, 26-28 avril 1985, Villeneuve d’Asq, Revue du Nord, 1987-1988. — E.H. Cookridge, Mettez l’Europe à feu : organisation et action du SOE en Europe occidentale : 1940-1945, Fayard, 1968. — Danièle Lheureux, La Résistance « Action-Buckmaster ». Sylvestre-Farmer avec le capitaine « Michel », Roubaix, Le Geai bleu Éd., 2001. — Danièle Lheureux, Les Oubliés de la Résistance : Sylvestre Farmer, France-Empire, 1988. — Notes Frédéric Stévenot. — SHD Vincennes GR 16 P 295732. — MémorialGenWeb. — Site Internet Mémoire des Hommes.

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