RIGHETTI Daniel. Pseudonyme : Clément

Né le 6 juillet 1924 à Reims (Marne) ; ouvrier qualifié puis technicien  ; militant trotskiste de la région parisienne.

Ses parents étaient des Italiens, émigrés en 1923, venus du petit village vinicole Pedemonte, aux environs de Vérone. Son père, orphelin, fut élevé par un curé, d’où lui vint son anticléricalisme. Il devint ouvrier plâtrier qualifié, puis participa à la Première Guerre mondiale dans les Chasseurs Alpins, et y était devenu antimilitariste, puis socialisant et antifasciste. Sa mère était fille, dans une famille de six enfants, d’un vigneron indépendant, mais possédant si peu de terres qu’ils vivaient dans une totale misère. Ils ne savaient tous deux ni lire ni écrire. Ils se marièrent en 1923 et partirent immédiatement en France, dans la région sinistrée de Reims. Avec sa connaissance de seulement quelques mots de français, le père trouva du travail. En 1926, ils gagnèrent la région parisienne, dans la région d’Argenteuil (Seine-et-Oise), puis s’installèrent à Carrières-sur-Seine, où naquit leur deuxième enfant, Norma.

Rejoints par le couple d‘un cousin du père de Daniel, ils vécurent tous d’abord dans un logement de 25 m2, sans eau courante ni électricité. Ces travailleurs acharnées réussirent à acheter un bout de terrain dans la commune et y construisirent en trois ans, le soir, une maison d’un étage et d’un sous-sol de 100 m2 entourée d’un jardin, où les deux couples eurent leur logement équipé d’eau courante d’électricité, d’un chauffage central et de WC.

On était en 1930, et Daniel Righetti fit sa rentrée à l’école communale. Il était bilingue. Le racisme, qui en ce temps s’exerçait contre les émigrés ouvriers européens, eut peu d’effet sur lui, du fait de la chaleur humaine familiale qui entourait cet aîné. Bon élève, il sortit dans les premiers du certificat d’études, ce qui lui permit d’entrer facilement au Collège technique de Courbevoie., d’où il sortit en 1940 avec un CAP d’ajusteur et un brevet industriel.

Cependant, après un mois dans une petite entreprise de piles électriques, il fut seulement manœuvre dans le bâtiment pendant la première année d’Occupation. Mais il avait déjà rencontré deux militants du PCF quand, en juin 1942, il trouva son premier emploi d’ajusteur à la SECM (ex-usines Amiot) qui fabriquait le Junker 52 pour l’Allemagne, mais où PCF et CGT clandestine étaient fortement implantés. Leur nationalisme le garda de le joindre, d’autant plus facilement qu’il était entré aux Auberges de la Jeunesse reconstituées, où il rencontra les ouvriers trotskistes Brassamin et Ducimetière, qui lui révélèrent Trotsky et l’Opposition de gauche.

Au début de 1944, ils le mirent en contact, d’abord avec André Essel, qui lui donna des documents et l’État et la Révolution, et l’avertit qu’il serait contacté  ; ce fut par Michelle Mestre (Lucienne Abraham). Il apprit qu’il y avait déjà deux militants dans son usine Amiot : Brunet et Lefebvre. Avec eux fut formée sa première cellule du PCI, qui distribua clandestinement des tracts dans l’usine, et des appels à la fraternisation en direction des Allemands des usines de moteurs d’aviation d’Argenteuil et de Bezons.

À la Libération, l’usine Amiot tomba entièrement sous l’influence du PCF et de la CGT. L’intégration des trotskistes dans les éphémères milices patriotiques, puis dans la CGT, leur permit une certaine influence quand ils s’opposèrent au « Produire d’abord, revendiquer ensuite » et à « La grève est l’arme des trusts », par la voix de La Vérité encore clandestine. Mais aussitôt commença la chasse aux « hitléro-trotskistes » En avril 1945, Lefebvre, Righetti et Brunet furent arrêtés par la police de l’Air du ministre communiste Charles Tillon, conduits au ministère de l’Air où ils furent gardés trois ou quatre jours au secret, pendant que leurs domiciles étaient perquisitionnés. Puis ils furent enmenés à la Préfecture de police, accusés d’atteintes à la sécurité de l’État, et quelques jours après emprisonnés à la Santé.

Du PCI, dont la légalisation avait été refusée comme non–résistante du fait de ses attaques de l’URSS et de De Gaulle, on leur fit savoir qu’ils devaient prendre Me Théo Bernard comme avocat, ce qui firent Brunet et Lefebvre. Righetti commit l’erreur de pendre un avocat recommandé par ses amis des AJ. L’alliance tripartis (PS,PCF,MRP) issu de la Libération, ne donnait heureusement pas tout pouvoir au PC. Le juge d’instruction commis à l’affaire des trois trotskistes, au bout de quelques minutes, refusa d’instruire l’affaire. Il leur déclara qu’il n’avait emprisonné aucun communiste pendant l’Occupation et qu’il n’allait pas le faire maintenant. Théo Bernard obtint la liberté provisoire de ses deux clients, mais l’avocat de Daniel ne la demanda pas par peur du PCF, et il resta ainsi seul emprisonné. Il fut bientôt rejoint par Rodolphe Prager, Maurice Felzsenwalde et Fred Zeller (qui n’appartenait pas au PCI), arrêtés sur ordre du ministre socialiste de l’Intérieur, Texier, en tant que responsables présumés de la publication illégale de La Vérité. Une grève de la presse, condamnée par le ministre PCF du Travail Ambroise Croizat, entraînant la non-publication de l’Humanité comme du reste de la presse, sauf La Vérité, entraîna la décision de sa saisie par le ministre de l’Information, Gaston Defferre. II s’ensuivit une vente de masse du journal au centre de Paris, dont les vendeurs, matraqués par les commandos du PC, furent tous arrêtés, et d’une intervention directe de Marcel Bleibtreu* auprès du ministre, pour que la situation s’inverse. La Vérité, fut légalisée, et peu après Righetti, Prager, Felzsenwalde et Zeller furent libérés.

Revenu à son usine, la CGT empêcha Daniel Righetti de travailler, puis il fut licencié ainsi que ses compagnons. qui, démoralisés, quittèrent le PCI. À leur différence, Daniel Righetti en sortit« militant professionnel ». Assidu au Centre, il forma une cellule ouvrière locale très active dans la région de Carrières, Chatou, Le Pecq qui présenta même une liste aux élections locales, laquelle obtint 3 % des voix. Il avait retrouvé du travail dans une usine de machines-outils Cuttat qui le licencia lorsque, avec des militants CGT du PCF, ils y formèrent une section syndicale. Il réussit sans peine à entrer dans l’usine de Gennevilliers du grand ensemble Chausson. Avec Octave Vieillard qui travaillait à l’usine d’Asnières, ils engagèrent un travail d’agitation dans les assemblées générales et dans les grèves sporadiques des OS dont le travail à la chaîne était particulièrement pénible, grèves qu’en cette fin 1946, CGT/PCF condamnaient encore, d’où une sympathie pour les trotskistes, et un recrutement de quelques OS.

Contre les attaques staliniennes comme « hitléro-trotskistes », la cellule créa la Vérité Chausson, compta bientôt huit militants, ce qui lui permettait d’informer toutes les usines par des échos de tous les ateliers. Elle dura deux ans.

Au début de 1949 un tract de dénonciation de Benoit Frachon*, venu du BP du PCI, entraîna l’exclusion de Daniel de la CGT. Et lorsqu’en décembre une grève spontanée, soutenue par les sympathisants trotskistes, se déclencha dans un atelier, sans soutien de la section syndicale, et bien que Daniel Righetti fut intervenu pour conseiller la reprise du travail pour éviter la répression patronale, ce fut lui qui fut licencié pour entrave à la liberté du travail.

Durant toutes ces années, Daniel Righetti était devenu un véritable révolutionnaire professionnel. Membre de la Commission syndicale, il avait été élu au comité central et enfin au bureau politique. Il avait été envoyé former les mineurs gagnés dans leur grève de 1947, travailler avec ceux de Bretagne. Bleibtreu l’emmena à une conférence de l’Internationale à Rome. De ce fait, il était surveillé par les Renseignements généraux, mis sur la liste noire de l’Industrie. Il réussit toutefois, avec un faux certificat, à se faire embaucher dans une petite entreprise de Colombes, d’où il continuait à diriger l’activité de la cellule Chausson.

En 1950, lors de l’intervention de la IVe Internationale dans la crise Yougoslave, avec Vieillard, il réussit à former une brigade ouvrière d’enquête, comptant un bon nombre d’ouvriers de chez Chausson. En 1951, il fut à nouveau licencié après avoir participé au déclenchement d’une grève dans son usine, sous le prétexte d’une baisse des effectifs. Sa qualification acquise lui permit de retrouver immédiatement un travail aux Constructions aéronautiques du Nord, à Sartrouville.

Il la quitta pourtant au bout de quelques semaines sur une décision du Bureau politique qui allait se révéler compliquée : faire de lui un secrétaire politique permanent du PCI. Non seulement il se sentit comme n’ayant pas la carrure pour un tel poste du fait que son expérience politique était seulement d’action ouvrière, sans compter l’insuffisance de la rétribution des permanents qui était plus près du minimum vital que du salaire d’ouvrier qualifié, selon le principe de Lénine. Enfin, au bout de quatre mois, son père, qui l’aidait financièrement, mourut d’un cancer du système lymphatique. Puis sa compagne Andrée Hardy des suites d’un avortement. Brisé, quitta son poste de direction.

Il retrouva un travail en février 1952 aux usines Rosengard, à Paris, dont il fut licencié à la fin de l’année, cette fois du fait de la fermeture de l’entreprise. Engagé aux Moteurs Potez, à Argenteuil, il fut licencié à la mi-avril 1953. Il ne lui fallut que quelques jours pour retrouver du travail à la Société Électronique et Automatisme, à Courbevoie. Cela allait être un grand tournant dans sa vie professionnelle.
Il avait eu la chance de rencontrer au début de cette période une jeune femme gagnée dans les brigades, Francine Ciais qui devint sa compagne, puis sa femme.

Mais les années de 1952 et 1953 avaient été celles de la plus grande crise de la IVe Internationale. Comme beaucoup de militants, surtout ouvriers, Daniel Righetti ne se détermina pas sur les questions théoriques (Troisième Guerre mondiale imminente, opposition d’un bloc impérialiste contre un bloc prolétarien), quoiqu’il avait été persuadé par un article de Walter Lipman de l’équilibre de la terreur, et que la guerre mondiale n’était pas inévitable.

Il se détermina surtout à la fois sur la conséquence pratique de cette analyse : l’entrisme dit sui generis, c’est-à-dire clandestin et passif, que son expérience des militants du PCF lui montrait comme impossible, et sur son jugement des porteurs des deux tendances en présence. Il a écrit : “J’aimais bien Pierre Frank, moins Privas (Jacques Grinblat) qui me faisait toujours penser à un bureaucrate, et me méfiais de Michèle Mestre. […] Le dirigeant qui m’a sans doute le plus influencé, c’est Bleibtreu.”. Il pensait que, malgré son mauvais caractère, c’était la meilleure tête politique du parti. Ajoutons qu’il avait été intégré par Michel Lequenne dans la rédaction de la Vérité, pour y nourrir les pages « ouvrières », en trio avec Lucien Fontanel et Stéphane Just. S’il y écrivait peu, ses interventions étaient les meilleures de par son expérience de la lutte de classes. Cela, inversement, en avait fait un adversaire de Pierre Lambert dans la Commission syndicale, dont la politique de « Poussez, Poussez » s’opposait au « long travail ingrat pour s’imposer ». Lui-même en pleine crise personnelle, la scission le fit sortir « sur la pointe des pieds ».

Il revint pourtant quelque temps dans ce qui était le PCI majoritaire, reprit sa place dans la rédaction de La Vérité, et fut membre de la tendance Bleibtreu en 1954, ses relations avec des militants du FLN l’opposant à la mythification de Messali Hadj. Sa sortie définitive eut lieu après l’exclusion de cette tendance. C’en fut fini de sa vie politique organisée.

Entré en 1953 dans la SEA, petite entreprise de 150 salariés, fondée par un ingénieur professeur des Arts et Métiers, il s‘attendait à être licencié bientôt. Non seulement, il n’en fut rien, mais il put former un syndicat sans réaction. Il y eut la création d’un Comité d’entreprise, où furent représenté CGT, CFTC et cadres. Les problèmes se réglèrent sans difficultés. Les salaires étaient élevés. Il était entré là dans un lieu de naissance de l’Informatique. L’entreprise ne cessa de grandir, grâce aux crédits du Plan Calcul. L’entreprise devint la Compagnie internationale d’informatique, comptant plusieurs milliers de personnes dont les 4/5e étaient des techniciens et cadres.

La grève générale de 1968, le vit dirigeant du Comité de grève, qui se termina par l’augmentation importante des plus bas salaires et de minimes pour les plus hauts. Sa haute qualification acquise, l’ouvrier qualifié devint technicien, dessinateur, puis ingénieur. Appelé au Bureau d’étude, il devint chef de groupe, puis responsable du Bureau.

À l’heure de la retraite, le couple Righetti s’est retiré sur la Côte d’Azur, à Villeneuve-Loubet. Ils n’ont eu qu’un fils Pascal, qui devint enseignant.
Righetti n’a pas écrit de livres, seulement des articles qui n’ont pas été réunis.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article160967, notice RIGHETTI Daniel. Pseudonyme : Clément, version mise en ligne le 4 juillet 2014, dernière modification le 12 juin 2016.

SOURCES :Réponse de Daniel Righetti au questionnaire du Maitron, souvenirs de Michel Lequenne, et son Le Trotskisme, une histoire sans fard, éd. Syllepse.

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