BÉGASSAT Jacques

Par Éric Belouet, André Caudron

Né le 7 décembre 1925 à Châteauneuf-sur-Cher (Cher), mort le 12 décembre 2004 à Boussy-Saint-Antoine (Essonne) ; menuisier ; permanent de la JOC (1950-1953), responsable de la branche « Enfance populaire » ; secrétaire fédéral du MLP (1954) puis de l’UGS (1957) dans les Bouches-du-Rhône ; secrétaire du syndicat CGT des métaux à Marseille (1964-1966) ; secrétaire général adjoint du Centre de culture ouvrière (1968), secrétaire général de Culture et Liberté (1971-1976) ; directeur général de l’Union des foyers de jeunes travailleurs (1977-1986).

[Coll. privée Clémence Bégassat]

Fils d’un ébéniste et d’une mère au foyer qui fut ouvrière en confection, tous deux catholiques pratiquants, Jacques Bégassat, aîné de quatre enfants, fréquenta l’école privée. Muni du certificat d’études primaires, il commença à travailler à 14 ans avec son père comme apprenti ébéniste.

Jacques Bégassat contribua en 1941 à la création d’une section jociste à Châteauneuf-sur-Cher et en devint président. Promu dirigeant fédéral à l’automne 1942, il fut président de la fédération de Bourges de 1944 à 1949. Il avait passé quelques jours en 1944 dans une unité de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) et n’avait pas fait, appartenant à la classe 45, de service militaire.

En 1949, il s’installa à Marseille à la demande du secrétariat général de la JOC. Jean Moretton, responsable pour la Provence, voulait constituer une équipe de quatre dirigeants régionaux avec deux permanents rémunérés et deux militants travaillant en entreprise. Ainsi Jean Dubernet et Christian Hernandez occupèrent les postes de permanents tandis que Jean Moretton entra au travail et Jacques Bégassat se fit embaucher comme menuisier d’entretien chez Fournier-Ferrier, entreprise de 1 500 salariés fabriquant du savon et des bougies où il adhéra à la CFTC et fut délégué suppléant du personnel.

En 1950, il devint permanent pour la partie sud de la province jociste du Centre. Domicilié à Aurillac, il fut responsable de quatre départements (Haute-Vienne, Corrèze, Puy-de-Dôme et Cantal), alors que Pierre Viallefond supervisait le nord de la province. En 1951, sans abandonner cette zone, Jacques Bégassat s’installa au secrétariat général à Paris comme responsable national de la branche « Enfance populaire » (12-14 ans). Il fut en outre chargé, avec André Garnier, de lancer le Centre de culture ouvrière (CCO) appelé à remplacer l’Institut de culture ouvrière (ICO).

Ayant quitté JOC et CCO début 1953 et ne trouvant pas d’emploi dans le Cher, il retourna à Marseille où il fut embauché à la Société provençale de construction navale (SPCN), puis travailla, de l’été 1953 à 1956, à la menuiserie Bocs, entreprise d’une vingtaine de salariés. La CFTC étant alors très peu ouvrière à Marseille, il préféra le syndicat Bois-Bâtiment de la CGT. Il entra ensuite comme menuisier d’atelier aux Chantiers et ateliers de Provence. Délégué du personnel en 1957, secrétaire de la section syndicale en 1959, il suivit les cours professionnels de dessin industriel organisés par la CGT et devint modeleur.

Le 7 septembre 1957, il avait épousé Clémence Alunni, permanente de la JOCF depuis 1954, sœur de Dominique Alunni*, alors président national de la JOC. Le couple eut trois enfants. Catholiques pratiquants réguliers, Jacques Bégassat et sa femme participèrent un temps à l’Action catholique ouvrière (ACO).

Ils étaient depuis 1949 en contact avec le Mouvement populaire des familles (MPF), transformé en 1950 en Mouvement de libération du peuple (MLP), lequel connut une scission en 1951 : la majorité du MLP se prononça pour la politisation du mouvement tandis qu’une minorité, voulant demeurer sur le seul terrain familial, créait le Mouvement de libération ouvrière (MLO). En 1953, Jacques Bégassat adhéra au MLP qui, à Marseille, l’emportait largement sur le MLO. À partir de 1954, il milita activement au sein de la fédération des Bouches-du-Rhône et en devint secrétaire général. Lorsque le MLP se fondit en 1957 dans l’Union de la gauche socialiste (UGS), il devint secrétaire fédéral de la nouvelle formation et entra à son comité politique national.

En 1959, la fédération UGS des Bouches-du-Rhône se montra hostile aux pourparlers de fusion entre l’UGS et le Parti socialiste autonome (PSA) avec 1 255 voix contre, 237 voix pour et 200 abstentions. Jacques Bégassat fut, avec Jean Bonneville, de Bordeaux, un des rares membres du comité politique à se prononcer contre cette fusion, redoutant que les ouvriers se fassent manipuler par les intellectuels du PSA au sein de la nouvelle organisation. La majorité des militants marseillais de l’UGS refusa d’adhérer au PSU en 1960 et créa un groupe de réflexion qui n’eut qu’une existence éphémère.

Dès lors, Jacques Bégassat se consacra essentiellement au syndicalisme. Membre de la commission exécutive du syndicat des métaux CGT à Marseille, il en fut l’un des secrétaires (1964-1966) et lutta à partir de fin 1965 pour le maintien de l’activité des Chantiers et ateliers de Provence qui avaient annoncé leur dépôt de bilan. Après avoir contribué à régler les problèmes de reconversion, il quitta les Chantiers en 1966.

Jacques Bégassat retrouva le Centre de culture ouvrière comme permanent à Marseille. En 1968, il fut nommé secrétaire général adjoint du CCO - dont Dominique Alunni et André Guignand étaient alors respectivement secrétaire général et président - et revint dans la région parisienne, à Boussy-Saint-Antoine (Essonne). Lorsqu’en 1970, le CCO fusionna avec le MLO pour donner naissance à Culture et liberté, il en devint secrétaire général adjoint puis secrétaire général de 1971 à 1976.

Jean-Michel Belorgey, président de l’Union des foyers de jeunes travailleurs (UFJT) lui confia en 1977 un poste de chargé de mission pour la mise en place d’un système de préformation. Devenu directeur général de l’UFJT de 1977 à son départ en retraite en 1986, il se battit pour faire accepter que les FJT ne se limitent pas au logement et à la restauration mais prennent en charge la formation et l’insertion des jeunes travailleurs.

En 1977, sa femme fut élue conseillère municipale socialiste à Boussy-Saint-Antoine. Il adhéra lui-même au Parti socialiste et devint adjoint au maire, chargé de l’urbanisme, en 1983. Administrateur de l’Association des logements des jeunes travailleurs (ALJT) qui gérait seize foyers en région parisienne, il fut fait chevalier dans l’ordre national du Mérite au titre des Affaires sociales.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16104, notice BÉGASSAT Jacques par Éric Belouet, André Caudron, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 19 février 2010.

Par Éric Belouet, André Caudron

[Coll. privée Clémence Bégassat]

SOURCES : Arch. JOC (Arch. Dép. Hauts-de-Seine), 44J 1134a (listes d’anciens permanents). — M. Heurgon, Histoire du PSU, Paris, La Découverte, t. 1 : La fondation et la guerre d’Algérie (1958-1962), 1994, p. 83-84 et 393. — F. Gaspard, UFJT, d’une jeunesse ouvrière à une jeunesse incertaine. Quarante ans d’histoire d’un mouvement associatif, 1955-1995, Éditions de l’Atelier/UFJT, 1995, p. 68, 109-111 et 130. — F. Tétard, C. Lefeuvre, Culture et Liberté, une naissance turbulente, Paris, 1998. — Entretien d’Éric Belouet avec Jacques Bégassat, Boussy-St-Antoine, 31 août 1995.

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