GARCIA Dolorès, alias JEANTET Charlotte

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Née le 27 août 1901 à Bilbao (Espagne), morte le 31 janvier 1954 à Paris XIIe arrondissement asphyxiée accidentellement par le gaz d’éclairage ; secrétaire ; communiste ; résistante ; déportée ; exclue du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC).

Fille d’Henri et de Dolorès, née Echevarrieta, Dolorès Garcia épousa Louis Jeantet en mars 1924, en mairie de Bagnolet (Seine, Seine-Saint-Denis). Sans enfant, le couple se sépara à l’amiable en 1928. Dolorès Garcia vécut en Espagne, elle était membre du Parti socialiste unifié de Catalogne. Nous ne connaissons rien de son activité en terre espagnole, son ami Joaquim Olaso-Piera était Inspecteur général de l’ordre public en Catalogne en 1936, et agent du Service d’investigation militaire (SIM), responsable de la section des cadres du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC) et de sa commission de contrôle. Il était un proche collaborateur de Ernö Gerö dit Pedro, hongrois, agent du Komintern, l’un des hommes des services Soviétiques en Espagne.

Dolorès Garcia rentra d’Espagne en 1938, dès son arrivée à Paris elle était embauchée sous le nom de Charlotte Jeantet par le consulat général du Chili à Paris et devenait la secrétaire particulière de Pablo Neruda, consul, écrivain et poète. « Sans doute s’agit-il là d’une connexion permettant aux services soviétiques de favoriser et contrôler le passage au Chili des Espagnols qui le désirent ». (Courtois, Peschanski, Rayski).

Pour l’état civil elle se nommait Jeantet, née Martin Charlotte, Marguerite le 8 janvier 1899 à Bayonne (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), de feus Alphonse et Perez Elisabeth, mariée, séparée de fait, sans enfant. De fait Charlotte Martin était l’identité de sa belle-sœur, quant au nom de Jeantet elle l’aurait inventé. Le 5 décembre 1942, elle était interpellée par des inspecteurs de la BS2 le même jour que Joaquim Olaso-Piera, membre du triangle de direction des FTP-MOI parisiens.

Interrogée dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, elle affirma qu’elle connaissait Jean Martin depuis avril ou mai 1939, qu’elle apprenait qu’il s’appelait Joaquim Olaso-Piera « Je ne connais rien de son activité. Je partais au bureau le matin vers 9 heures 30 et je rentrais le soir vers 18 heures ou 19 heures.

Il m’est arrivé très souvent de demander à mon ami l’occupation de sa journée. Il me répondait qu’il bricolait aux Halles, sans plus d’explications ».
Les policiers lui firent remarquer que lors de la perquisition de son domicile au 7 Rue du Colonel Oudot à Paris XIIe arr., des documents manuscrits furent découverts qui concernaient l’activité « terroriste » clandestine de Joaquim Olaso-Piera et qu’il semblait impossible qu’elle l’ignorât. Dolorès Garcia, sa véritable identité, demeura inconnue des policiers.

Incarcérée à Fresnes, le 26 juillet 1944 elle était dans le wagon de cinquante-huit femmes dont Riva Baranowski qui partit de la gare de l’Est à destination de l’Allemagne. Les détenues étaient le 27 à Sarrebruck, repartirent le 30 pour Ravensbrück où elles arrivèrent le lendemain. Le 2 mars 1945 elles étaient transférées au camp de Mauthausen (Autriche). Le 22 avril 1945 les survivantes dont Dolorès Garcia, matricule 21678 étaient libérées par la Croix-Rouge.

Joaquim Olaso-Piera témoigna le 14 août 1945 devant la commission d’épuration de la police, il reconnut sur des photographies les trois policiers qui le frappèrent. Il porta plainte contre ceux qui l’arrêtèrent et le frappèrent. Il précisa que le domicile servit pendant dix jours de souricière et fut mis « au pillage contre les inspecteurs qui s’y sont relayés ». Outre des vêtements, « une somme de 700 dollars américains, 5000 pesetas espagnols, une certaine somme d’argent français […] et une machine à écrire » furent saisis. Il porta plainte pour vol en son nom et en celui de sa compagne Dolorès Garcia. Avec Joaquim Olaso elle était convoquée par la direction du Parti socialiste unifié de Catalogne, tous les deux furent exclus de l’organisation.

Dolorès Garcia adhéra à la Fédération nationale des déportés et internés patriotes (FNDIRP) association proche du parti communiste, elle reprit son travail de secrétaire au consulat général du Chili 64 Boulevard de La Tour Maubourg à Paris VIIe arr., était en relation professionnelle avec Gabriel Gonzalez Videla, ambassadeur futur président de la République du Chili, puis avec Salvador Reyes.
Dolorès Garcia mourut le 31 janvier 1954 asphyxiée par le gaz d’éclairage dans leur appartement. Le frère de Dolorès, Henri, vint de Cerbère (Pyrénées-Orientales), il reconnut les corps à l’Institut médico-légal (IML). Les obsèques se déroulèrent le 6 février 1954.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article161069, notice GARCIA Dolorès, alias JEANTET Charlotte par Daniel Grason, Gérard Larue, version mise en ligne le 5 juillet 2014, dernière modification le 23 octobre 2018.

Par Daniel Grason, Gérard Larue

SOURCES : Arch. PPo., BS2 carton 20, PCF carton 14 rapports hebdomadaires des Renseignements généraux, 77W 1454, 77W 1757, KB 5. – S. Courtois, D. Peschanski, A. Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1989, p.180. – Boris Holban, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle…, Calmann-Lévy, 1989. – Pierre Broué, Histoire de l’Internationale communiste. 1919-1943, Fayard, 1997. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – État civil, Paris 12e arr.

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