BEILLE Antoine, Henri, Paul. Pseudonyme dans les FTP : commandant NASSIN

Par Hélène Chaubin, Jacques Girault

Né le 30 août 1917 à Nissan (Hérault), mort le 13 octobre 2007 à Sète (Hérault) ; professeur ; Résistant ; dirigeant de la Fédération de l’Hérault du PCF ; conseiller municipal et adjoint au maire de Sète (1952-1983).

Fils d’un petit viticulteur Ernest Beille (1898-1951), athée et laïque, un de fondateurs de la cave coopérative de Nissan, secrétaire de la section socialiste SFIO, Antoine Beille reçut les premiers sacrements catholiques. Grâce à sa tante, institutrice laïque et à son oncle, économe du petit lycée, il effectua ses études secondaires au lycée de Montpellier, obtint le baccalauréat puis une licence de lettres (Espagnol) et un diplôme d’études supérieures d’Espagnol à la Faculté de Montpellier. Il avait vécu intensément les évènements politiques de la deuxième moitié des années 1930. Antifasciste, solidaire avec les Républicains espagnols, pacifiste, sursitaire, il préparait l’agrégation quand la mobilisation intervint. Affecté à l’École des officiers de réserve à Saint-Maixent, puis aspirant dans le 21e régiment de marche des volontaires étrangers, composé surtout d’Espagnols républicains au Barcarès (Pyrénées-Orientales), il fut grièvement blessé en mai 1940 dans les Ardennes. Il quitta l’hôpital militaire de Cahors (Lot) en juin 1941. Il épousa le 6 juillet 1941 à Nissan Germaine Albert, étudiante en pharmacie, fille de viticulteurs aisés de Nissan, d’opinions radicales-socialistes.
Antoine Beille, en 1941, adressa une famille juive à ses parents et son village de Nissan accueillit une trentaine de juifs qui reçurent de faux papiers. L’État d’Israël lui décerna en 1983, ainsi qu’à son épouse et à ses parents, la Médaille des Justes. Membre de l’Armée secrète, il créa en octobre 1942 le Front national à Saint-Pons (Hérault) où, jusqu’alors maître d’internat (1941-1942), il venait d’être nommé professeur d’Espagnol au collège moderne. Il participa à la création du maquis Francs tireurs et partisans français Jean Grandel, essentiellement composé de communistes de Sète. Refusant sa réquisition pour le Service du travail obligatoire en janvier 1944, clandestin, il devint responsable militaire du réseau Front national-FTPF de Nissan à La Salvetat, sous le pseudonyme de « commandant Nassin ». Il participa aux combats de la Libération (20-21 août 1944 et présida le comité de libération de Nissan (août 1944-mai 1945). Son grade de commandant FFI fut homologué comme lieutenant. Il fit notamment placer sous séquestre l’usine de jus de raisins « Jurozé » dont le patron, collaborateur, en fuite, avait vidé les caisses. Il organisa avec les cent-cinquante salariés un comité de gestion ouvrière qui fonctionna jusqu’au retour, encouragé par la nouvelle municipalité, de l’ancien patron.
En accord avec son père, Beille se prononça en faveur d’une liste d’union aux élections municipales de mai 1945. Mais la section socialiste SFIO décida de présenter une liste séparée qu’il refusa de conduire. En contact avec Jean Zyromski, il adhéra comme lui au Parti communiste en décembre 1945 à Nissan. Son père, qui, déçu, ne reprit pas sa carte du Parti socialiste SFIO, refusa de l’imiter.
Professeur certifié d’Espagnol, Antoine Beille obtint sa mutation pour le lycée technique Dhuoda puis pour le lycée Alphonse Daudet de Nîmes (Gard) en 1947. Membre du Syndicat national de l’enseignement secondaire depuis 1944, il milita aussi à la FEN-CGT. De 1947 à 1949, il était membre des bureaux du S1 du SNES et de l’Union locale CGT de Nîmes. Il appartenait aussi à la section locale du Mouvement de la paix.
Nommé au collège devenu lycée Paul Valéry à Sète, Beille devait y rester jusqu’à sa retraite en 1977. Il cumula les responsabilités syndicales : secrétaire de la section FEN-CGT (1949-1951) et du S1 du SNES (1952-1977). Il participait aussi au bureau de la section locale des fonctionnaires CGT. Il resta membre du SNES après sa retraite.
Antoine Beille fut membre du bureau de la section communiste de Sète jusqu’en 1956 où son épouse tenait une pharmacie. Il était au milieu des années 1960 membre du comité de la section sud de Sète. Il participa au comité de la fédération communiste de 1956 à 1968, chargé du travail en direction des pêcheurs entre 1962 et 1966. Responsable des pêcheurs dans la cellule communiste et président de la commission extra-municipale des pêches maritimes, il avait aidé les pêcheurs dans leurs luttes contre la municipalité de droite, alliée de la Chambre de Commerce et des mareyeurs. Ils revendiquaient notamment la construction d’un bassin d’épuration des coquillages qui fut réalisé, avec l’aide de l’Institut des pêches maritimes, par le syndicat des pêcheurs de coquille et géré en coopérative « Le Dauphin » dirigée par Casimir Liberti. Par la suite, il participa à la création d’une cellule communiste dans son lycée dont il assura le secrétariat.
Beille, élu conseiller municipal de Sète en 1952, devint adjoint au maire (1959-1965), délégué à l’enseignement public, à la culture. Pendant ce mandat, furent réalisés de nombreux travaux dans les locaux scolaires, une maison de la culture, la construction du lycée technique Joliot-Curie, le musée François Desnoyers, une académie des Beaux-Arts, le théâtre de la mer Jean Vilar, la piscine Maurice Thorez, la gratuité des livres scolaires pour tous les niveaux d’enseignement. Adjoint délégués aux Anciens Combattants, il proposa et anima un Comité pour l’édification d’un monument aux martyrs de la Résistance et de la Déportation qui fut réalisé. En 1965, les communistes constituèrent une liste d’union avec les socialistes et il s’effaça pour permettre à un socialiste de devenir adjoint.
Président du comité local du Mouvement de la paix qu’il avait contribué à créer, Beille, membre du conseil départemental du Mouvement, fut désigné en 1958 à son conseil national. Il avait été condamné, avec six autres communistes, par le Tribunal correctionnel de Montpellier pour son action pour la paix en Algérie pour avoir arrêté le premier train transportant des appelés du contingent en partance pour l’Algérie. Une collecte, organisée immédiatement parmi les manifestants protestant aux abords du Tribunal, couvrit largement les peines d’amende.
Beille avait été candidat communiste aux élections cantonales partielles à Capestang le 27 mars 1977. Parallèlement, il anima la campagne électorale à Nissan où, pour la première fois, une liste communiste fut élue.
Antoine Beille enfin militait dans les associations d’anciens combattants et de résistants, entre autres, président fédéral (1954-1994), puis président d’honneur, et membre du conseil national de l’Association républicaine des anciens combattants, vice-président de la section de Sète de l’Union fédérale des anciens combattants à partir de 1964, président d’honneur de la fédération de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance, président d’honneur et membre du conseil national de la Fédération des officiers de réserve républicains. Membre du conseil national de France-Cuba (1962-1977), il présidait l’association des mutilés de guerre de Sète.
Depuis la fin de la guerre d’Espagne, Antoine Beille avait participé aux actions d’aide aux républicains. Après la guerre, membre correspondant de l’Union des combattants de la guerre d’Espagne, en contact par l’intermédiaire du PCF avec des militants espagnols pour leur fournir aide, ravitaillement, matériel de propagande, argent, faux-papiers, soins, il assurait le secrétariat du comité de défense des victimes du franquisme tout en étant le correspondant de l’Europe occidentale pour l’amnistie aux emprisonnés et exilés espagnols. Après avoir participé au congrès national de l’ARAC à Montpellier en novembre 1979 avec une délégation espagnole de l’Union des ex-combattants de la guerre d’Espagne (UNEX), il fut en février 1981 et en décembre 1982 le délégué de l’ARAC à la conférence internationale de Madrid pour la sécurité et la paix en Europe. Il avait créé un Cercle d’études hispaniques et hispano-américaines qui organisait des manifestations culturelles. Comme adjoint à la culture, il accueillit entre autres à la mairie le poète cubain Nicolas Guillen.
Depuis 1959, Beille, qui avait été le secrétaire du comité locale d’action laïque et l’animateur du patronage laïque, était délégué départemental de l’Education nationale. Il écrivit un ouvrage pour soutenir les revendications des viticulteurs du pays d’Ensérune qui souhaitaient obtenir une appellation. En 2004, il travaillait, avec un étudiant en Histoire, pour une histoire de Sète et des Sétois dans la Résistance. Il préparait aussi un ouvrage de souvenirs sous le titre « Mémoires d’Antoine ».
Croix de guerre avec palme au titre de la Résistance, Antoine Beille était aussi chevalier (avec Henri Rol-Tanguy comme parrain en octobre 1983), puis officier (2003) de la Légion d’honneur. En 2007, son nom fut donné à la salle des professeurs du lycée Paul Valéry à Sète ainsi qu’à l’école primaire de Nissan-Lez-Enserune en 2015.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16116, notice BEILLE Antoine, Henri, Paul. Pseudonyme dans les FTP : commandant NASSIN par Hélène Chaubin, Jacques Girault, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 28 janvier 2019.

Par Hélène Chaubin, Jacques Girault

SOURCES : Arch. dép. Hérault, séries M et W. - Arch. comité national du PCF. — Presse locale. - Renseignements fournis par l’intéressé (1998 et 2004). — Lucien Lazare, Le Livre des Justes, Paris, J.-C. Lattès, 1993.

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