CHAMBRY Julien [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par François Fourn

Communiste icarien, facteur d’orgues à Mirecourt (Vosges), Julien Chambry était le correspondant du Populaire dans cette ville. À ce titre, il collecta des fonds pour les souscriptions lancées par Cabet en 1845 et en 1846. Son activité militante lui causa beaucoup d’ennuis professionnels, et il fut expulsé de tous les ateliers où il cherchait à se faire employer bien qu’il fût, semble-t-il, un ouvrier hors pair. Il dut s’établir comme sculpteur à son compte et vécut dès lors misérablement. Dans une lettre publiée dans Le Populaire daté du 30 mai 1847, il disait à Cabet son enthousiasme pour l’idée de partir fonder Icarie aux États-Unis : « Votre profession de foi est admirable ; mais la confidence est électrisante. Les expressions me manquent pour peindre l’enthousiasme, la joie, les espérances qu’elle excite. Icarie ! Icarie ! Ce cri est dans toutes les bouches. Comme un cri de victoire, chacun le répète. Ceux qui avaient le moins de foi dans l’avenir poussent une exclamation, comme les naufragés qui, prêts à être engloutis, voient tout-à-coup le navire qui leur apporte le salut. »

Julien Chambry quitta la France pour émigrer en Icarie avec la deuxième Avant-garde qui embarqua au Havre le 3 juin 1848. Pour avoir été l’un des correspondants de Cabet et sans doute pour l’avoir déjà payé si cher, il avait été accepté alors qu’il n’avait versé que 150 F d’apport (au lieu des 600 F requis). Son épouse Adeline (couturière, née en 1822), ses deux enfants, Paul et Maria (nés en 1844 et 1845), le rejoignirent à La Nouvelle-Orléans (Louisiane) avec le deuxième Grand départ qui embarqua au Havre le 12 novembre 1848. Effaré par l’échec de l’implantation au Texas et les graves négligences de ceux qui l’avait préparée, il avait écrit à sa femme de renoncer au voyage, mais sa lettre avait été retenue par le bureau du Populaire à Paris.

Julien Chambry entra alors violemment en dissidence et reprit le bateau pour la France avant-même que Cabet n’ait rejoint les Icariens à la Nouvelle-Orléans en janvier 1849. Il fut l’un de ceux qui portèrent plainte contre Cabet en 1849, l’accusant d’escroquerie. Cela lui valut d’être désavoué par son père, qui avait pour sa part choisi dans un premier temps de rester avec les Icariens à la Nouvelle-Orléans, avant de rentrer en France pour raison de santé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article161239, notice CHAMBRY Julien [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par François Fourn, version mise en ligne le 7 juillet 2014, dernière modification le 7 juillet 2014.

Par François Fourn

SOURCES : AN, BB18 1473 et BB18 1451, doss. 3598 ;BN, Nafr. 18 148, Papiers Cabet, ff. 87, 192 à 194, et 18 151, f. 208 ; Le Populaire de 1841, en particulier les numéros des 2 mai et 30 mai 1847, 16 avril 1848 (« Appel à lire les écrits de Cabet »), 11 juin 1848, 1er juillet 1849 entre autres ; É. Cabet, Réalisation de la Communauté d’Icarie, 2e livraison, août 1847, p. 61 ; Défense et acquittement de Cabet, Paris, Malteste, 1851, p 185 sq ; Jules Prudhommeaux, Icarie et son fondateur Étienne Cabet, Paris, Cornély & cie, 1907, p. 239, 616-617 ; Jacques Rancière, La Nuit des prolétaires, Paris, Fayard, 1981.

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