BELLANGER Claude, Edmond

Par Gilles Morin

Né le 2 avril 1910 à Le Mans (Sarthe), mort le 13 mai 1978 à Paris (XVIe arr.) ; vice-président de l’UNEF (1932), secrétaire général adjoint de la Ligue française de l’Enseignement ; résistant ; directeur de presse.

Fils d’Edmond Bellanger, ingénieur en chef des mines et d’Eugènie Lagrand, Claude Bellanger était issu d’une famille de tradition républicaine. Son arrière-grand-père maternel, Pierre Legrand, avait été bâtonnier de l’Ordre des avocats de Lille et premier député de l’opposition au Second Empire, son grand-père, Géry Legrand journaliste républicain, maire de Lille et sénateur du Nord.

Bellanger suivit des études au lycée David d’Angers, puis à la faculté de Poitiers où il obtint une licence de Lettres. Il s’engagea, à l’âge de dix-sept ans, dans la presse à Angers où il signait sous un pseudonyme, et entra à l’issue de ses études dans le journalisme. Dans un essai dédié aux jeunes, Vers la guerre ou vers la Paix ? édité en mai 1936, Claude Bellanger livre une autobiographie exemplaire en ces temps où la guerre commence à se rapprocher de nouveau. Adolescent au moment de la première Guerre mondiale, il se glissait le jeudi après-midi dans l’École normale transformée en hôpital où travaillait sa mère. Un patriotisme enfantin l’a toujours bercé. À l’aube de ses dix-huit ans, il s’ouvrit à la littérature. Les premières interrogations naquirent : Barrès l’invitait à demeurer fidèlement attaché à la terre sur laquelle il avait grandi, Gide s’y opposait et prêchait une évasion merveilleuse. Son regard se tourna vers l’Allemagne, où il enseigna la langue française pendant plusieurs mois dans une province du nord de ce pays, tout en se penchant sur l’âme allemande, puis repartit chaque année pour comprendre la jeunesse allemande auprès de laquelle il estima nécessaire de faire sans cesse le point. De Francfort à Munich, de Dresde à Hambourg, au début des années 1930, Claude Bellanger constata la taegliche Not, présentée comme une manœuvre dirigée contre Versailles. Puis il partit en Angleterre. La jeunesse anglaise lui parut idéaliste et timide en même temps. Il participa aux colonies de travail créées en Suisse par les étudiants et pour eux, les Arbeitskolonien, instituées comme œuvre de solidarité.

Bellanger sembla assister aux congrès de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) dès 1928, et fonda ensuite (probablement vers 1932, en tout cas avant 1935 où il fut remplacé) l’Office de presse universitaire de la CIE (confédération universitaire des étudiants, à laquelle l’UNEF est rattachée) En 1932, il fut élu vice-président, puis en 1934, secrétaire de l’UNEF. Il participa aux assemblées de l’Entr’aide universitaire internationale dont la tâche était de permettre un trait d’union entre les peuples qui s’étaient le plus souvent opposés. Il milita auprès de Joseph Brenier à la Confédération générale des œuvres laïques-Ligue française de l’enseignement (LFE), où il fut appelé comme secrétaire général administratif adjoint, puis titulaire, entre 1936 et 1939. Il fut très actif, notamment dans tout ce qui concerne les questions internationales dans le domaine du loisir mais aussi sur la question laïque. Dans le domaine international, Claude Bellanger regretta que l’organisation des loisirs ne soit « encore qu’un sujet de conversations pour intellectuels, à Genève ». Il passait alors pour sympathisant socialiste. C’est à cette époque qu’il fit la connaissance d’Albert Bayet*, à la Ligue de l’enseignement, ou à La Lumière, journal auquel ce dernier collaborait.

Membre de la Confédération des travailleurs intellectuels, il était secrétaire de l’Union des Intellectuels français pour la Justice, la Liberté et la paix qui, après la conférence de Munich, fit scission du CVIA.

Bellanger n’accepta pas la défaite et fut l’un des pionniers de la Résistance, en s’appuyant sur les milieux étudiants et enseignants. En liaison avec les responsables du syndicat étudiant, comme François de Lescure (dont l’appartenance au PC n’était pas encore connue), il fonda le centre d’entraide aux étudiants mobilisés et prisonniers (1940-1944), dont il fut président et qui lui servit à la fois d’emploi et de couverture pour ses activités. Il fut le fondateur, avec Alfred Rosier, du groupe résistant axé sur des hommes de gauche, « Maintenir », qui fonctionna de septembre 1940 à mars 1943. Le groupe fit du renseignement, fabriqua des faux papiers, mit en place un service de passage de la ligne de démarcation, un service de diffusion des publications clandestines, enfin un service d’aide aux prisonniers politiques et à leurs familles. Il contribua personnellement à la publication du plan de réformes sur l’Éducation nationale produit par le groupe qui parut dans le deuxième Cahier de l’OCM en septembre 1942. Il portait alors le pseudonyme de Fabien et entra aussi en liaison avec le réseau du Musée de l’Homme, le groupe Hauet et le réseau Vildé, ainsi qu’avec le groupe de la rue de Lille, où il se rapprocha d’Amaury, et avec le Comité d’action contre la déportation. Il travailla régulièrement avec l’OCM, puis y adhéra et devint membre de son comité directeur en 1942.

Arrêté le 2 mars 1943 avec René Paty* (directeur d’école révoqué par Vichy, ancien responsable de la Fédération de l’enseignement), incarcéré à Fresnes, il fut libéré en août suivant. « Maintenir » ne se réunissait plus et il militait désormais surtout à l’OCM qui l’accueillit au sein de son comité directeur. Il refusa alors de se rendre à Alger pour siéger à l’Assemblée consultative provisoire, car deux de ses frères étaient encore emprisonnés et sa mère assurait la responsabilité départementale du COSOR (Comité des œuvres sociales de la Résistance) en Maine-et-Loire. Bellanger contribua aussi, avec Bayet, à constituer un bureau clandestin de la Ligue française de l’Enseignement, dans les premiers mois de l’année 1944.
L’Occupation devait constituer un tournant dans la carrière de Claude Bellanger qui se tourna désormais vers les milieux de l’édition et de la presse. En lien avec les Éditions de Minuit, sous le pseudonyme de Mauges, il fut nommé membre du bureau permanent de la Fédération nationale de la presse clandestine en 1943-1944 et coopté à la commission de l’Information du CNR, en étroite liaison avec Albert Bayet et Émilien Amaury. Avec ce dernier, il fut l’un des fondateurs du Parisien Libéré dont il assura la direction générale, de 1944 au milieu des années 1970. Il s’efforça d’en faire un journal populaire de qualité, ce qui assura sa pérennité. Après la mort accidentelle du président Amaury le 2 janvier 1977, il fut porté à la présidence du conseil d’administration de la société éditrice du quotidien parisien. À ce poste, il donna la mesure de ses talents de négociateur et réussit notamment à mettre fin, le 17 août 1977, au long conflit qui avait commencé en mars 1975 et qui avait opposé la direction du journal au Syndicat du Livre.

Bellanger figura parmi les actionnaires fondateurs de quelques quotidiens de tendance MRP de province, en particulier Ouest-France à Rennes et le Courrier de l’Ouest à Angers. À la fin de l’année 1947, sa présence au conseil d’administration du Maine libre révéla la prise de contrôle du quotidien manceau par le groupe du Parisien libéré à la suite du déséquilibre financier créé par Max Boyer dans son journal en se portant au secours de la République sociale, le quotidien socialiste publié à Rennes.

Son passé associatif et résistant, ses fonctions de directeur de presse le conduisirent à prendre une place éminente dans la presse nationale à partir de la Libération et à être l’un des principaux animateurs du milieu professionnel durant plus de trente années. Il fut président, puis à partir de 1949, président d’honneur du Syndicat de la Presse parisienne ; vice-président de la FNPF en 1945 ; vice-président de la Mutuelle générale de la presse et du Livre en 1947-1974 ; cofondateur et secrétaire général en 1948, puis, en 1962, président de la Fédération Internationale des Éditeurs de Journaux (FIEJ) ; conseiller à la Conférences des Nations Unies à Genève sur la liberté de l’Information en 1948 ; cofondateur et vice-président du Centre de Formation des Journalistes (avec Bayet, Philippe Viannay, Eugène Morel) en 1949-1974 ; vice-président de l’Agence France-Presse en 1957 ; vice-président en 1958, puis, en 1969, membre du bureau de l’Institut Français de Presse et des Sciences de l’Information (Paris II). Bellanger publia plusieurs ouvrages sur la presse.

Claude Bellanger décéda le 13 mai 1978 à Paris, emporté en quelques semaines par une leucémie foudroyante. Quelque temps avant sa mort, il s’était désengagé du Parisien libéré en cédant ses parts à Jean-Claude Aaron, ancien membre, auprès du colonel Passy (André Dewawrin), des réseaux du BCRA, permettant à ce dernier de contrôler près du quart de la société du quotidien sur un total de 8 311 actions.

Claude Bellanger n’abandonna pas totalement ses anciennes fonctions associatives, il fut administrateur du conseil général de la Ligue française de l’enseignement, en 1947-1949, du temps de la présidence d’Albert Bayet et fut membre du conseil d’administration de l’Alliance française.

Marié en décembre 1938 à Paris (VIIe arr.), divorcé, Claude Bellanger fréquentait depuis dix ans, l’écrivain Christine Arnothy (pseudonyme de Irène Kovach de Szendrö) qu’il épousa le 30 mai 1964, à Sonchamp (Seine-et-Oise). Il a été élevé au grade de Commandeur de la Légion d’honneur.

Sa collection de presse d’environ 80 000 documents a été transportée en Suisse, devenant la Fondation Claude Bellanger à Martigny (Suisse), inaugurée le 15 septembre 1989 par François Mitterrand en présence du président suisse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16141, notice BELLANGER Claude, Edmond par Gilles Morin, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 30 janvier 2019.

Par Gilles Morin

ŒUVRE : Vers la guerre ou vers la paix ? Paris, Fustier, 1936 (autobiographie). — La Presse des barbelés (avec Roger Debouzy), 1951. — La Presse clandestine 1940-1944, 1961. — Les Débuts d’Émile Zola dans la presse, 1964. — Il a été surtout co-directeur de la monumentale Histoire générale de la presse française, éditée aux PUF en cinq volumes ; il fut le rédacteur de la partie historique du quatrième volume consacré à la période 1940-1958.

SOURCES : Arch. Nat., 72AJ/63, dossier Maintenir et BDLA, groupe Fautier OCM ; CAC, 20010216/119/ 3160. — L’Action laïque, n° 96, octobre 1947, septembre-octobre et novembre 1949. — Archives de la Ligue française de l’Enseignement, fonds Moscou, Carton n° 1, art. 756. — Quelques notes historiques sur « Maintenir » (Claude Bellanger ?), 16 p. — Who’s Who in France, XXe siècle, 1900—2000. — François Marcot (Dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, collection Bouquin, 2006, « Groupe Maintenir », p. 195. — La Correspondance de la Presse, 26 avril et 16 mai 1978. — Notes d’Alain Monchablon et Nathalie Sevilla, Jean-François Muracciole. — État civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable