COURTÈS Jean [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot et Gauthier Langlois

Né le 8 février 1824 à Moissac (Tarn-et-Garonne), mort le 14 décembre 1903 à Moissac ; cordonnier ; opposant au coup d’État du 2 décembre 1851 il fut expulsé et s’exila en Belgique, puis à Londres, Jersey et enfin aux États-Unis.

Jean, Marie et Victor Courtès photographiés à Jersey en 1854
Jean, Marie et Victor Courtès photographiés à Jersey en 1854
Les airs graves et tristes qu’ils affichent traduisent les difficultés qu’ils vivent depuis deux ans ou les incertitudes liées à leur départ vers les États-Unis. Photographie probablement réalisée par Auguste Vacquerie ou Charles Hugo.
(Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Philippe Asplet, fol. 12)

Né le 8 février 1824 à Moissac (Tarn-et-Garonne), Jean Courtès y exerçait la profession de cordonnier. Il fréquentait le café La Montagne tenu par Jean Bousquet où se réunissaient les socialistes locaux. Lors du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, il s’y trouvait avec quelques autres militants dont Antoine Serres, réunis pour mener une action de résistance.

Après son arrestation, la commission mixte de Tarn-et-Garonne le condamna à l’éloignement momentané du territoire. Sa décision était motivée par le commentaire suivant : « Il a été vu au café de la Montagne le 3 décembre au soir. Il est allé chez le témoin Boursiat un peu avant l’appel aux armes, pour se faire remettre un fusil que lui avait prêté un certain Limouzy. Ce fusil a été vu dans la soirée même au café de la Montagne. On a trouvé enfin dans son domicile des écrits démagogiques. Très influent sur les ouvriers, il était extrêmement assidu au café de la Montagne. Doué d’une imagination vive, il adopte les utopies socialistes les plus mauvaises, il maudit la société et on le trouve toujours prêt à se jeter dans les entreprises qui tendront à la renverser. Courtès serait un homme à remplir les fonctions d’exécuteur jusqu’à ce que tout le monde fut descendu à son niveau. Il a fanatisé sa femme qui disait que son bonheur serait parfait si, avant de mourir, elle pouvait contempler la guillotine fonctionnant sous ses croisées ».

Avec Jean Bousquet et Antoine Serres, il s’exila en Belgique puis à Jersey. Il eût la douleur d’y perdre l’un de ses fils, Armand, décédé le 14 avril 1854. Son enfant fut enterré dans le cimetière réservé aux proscrits, situé dans la paroisse Saint-Jean (aujourd’hui cimetière Macpela à Sion).

Avec Jean-Marie Ribaut, Auguste Lemeille, Auguste Le Floch, Joseph Lejeune, Félix Delamarre et leurs familles il obtint un passage gratuit du Gouvernement britannique pour États-Unis et partit avec sa femme Marie (née vers 1829) et son fils Victor (né vers 1848) pour Liverpool par le steamer City of Limerick. Puis de là ils partirent par le Sir Robert Peel vers New-York où ils arrivèrent le 26 juillet 1854.

Proche de la mouvance libertaire, Courtès résidait en 1861 dans le Kentucky. Il envoya la somme de 1 dollar pour la souscription au profit du Revendicateur, journal qui avait pris la suite du Libertaire de Joseph Déjacque, un de ses anciens compagnons d’exil à Jersey.

En 1880 John Courtes, shoemaker (cordonnier) résidait toujours dans le Kentucky, à Louisville, avec sa (seconde ?) femme Emma d’origine suisse et ses enfants Armand, Victoria, Emma, John et Rosa tous nés dans cet état américain. En 1882 il obtint une pension de 900 francs au titre de la loi de réparation nationale de 1881. Il rentra ensuite à Moissac. Après son décès sa veuve, née Emma Favre-Bulle, bénéficia de la réversion de cette pension.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article161538, notice COURTÈS Jean [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot et Gauthier Langlois, version mise en ligne le 9 juillet 2014, dernière modification le 8 janvier 2021.

Par Michel Cordillot et Gauthier Langlois

Jean, Marie et Victor Courtès photographiés à Jersey en 1854
Jean, Marie et Victor Courtès photographiés à Jersey en 1854
Les airs graves et tristes qu’ils affichent traduisent les difficultés qu’ils vivent depuis deux ans ou les incertitudes liées à leur départ vers les États-Unis. Photographie probablement réalisée par Auguste Vacquerie ou Charles Hugo.
(Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Philippe Asplet, fol. 12)

SOURCES : Archives nationales, F/15/4209. — Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Philippe Asplet, fol. 12. — Le Temps, 4 août 1883. — Denise Devos, La Troisième République et la mémoire du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Paris, Arch. nat., 1992. — La Petite Gironde, 18 octobre 1882. — Robert Sinsoilliez, Marie-Louise Sinsoilliez, Victor Hugo et les proscrits de Jersey, Ancre de marine, 2008, p. 162. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Courtès - Jean », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — New York Passenger List, 1820-1891, 143 - 25 Jul 1854-13 Aug 1854. — "United States Census, 1880," database with images, FamilySearch. — Le Revendicateur, 19 janvier 1861.

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