BELLET Madeleine, Alice

Par Thierry Crépin

Née le 24 novembre 1912 à Guéret (Creuse), morte le 7 juin 1989 à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) ; institutrice ; résistante communiste ; directrice du journal Vaillant  ; adjointe au maire de Montreuil-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis).

Fille d’un employé en épicerie et d’une lingère, Madeleine Bellet entra à dix-huit ans à l’École normale d’institutrices du chef-lieu de la Creuse. Atteinte par la tuberculose pendant sa formation, elle fut alors contrainte à un séjour, d’octobre 1932 à juillet 1935, au sanatorium de Sainte-Feyre. Sa santé recouvrée, elle exerça son métier d’institutrice dans différents bourgs du département : Saint-Martin-Le-Château, Lussat puis Marsac. Après sa sortie du sanatorium, cette jeune femme de petite taille et d’apparence frêle, décrite comme timide par ses proches, devint une inlassable propagandiste du Parti communiste. Son adhésion en novembre 1935 avait été emportée par l’une des pensionnaires de Sainte-Feyre, Madeleine Marzin, lors des longues journées de discussion et de réflexion des malades.
Madeleine Bellet participa ainsi activement à la mise en place des structures de la fédération départementale. Trésorière de la section communiste de Guéret, puis secrétaire départementale lors de la création de la région de la Creuse, depuis juillet 1935, dans la section départementale du Syndicat national des instituteurs, elle était la responsable des activités culturelles à la commission des jeunes. Militante du comité Amsterdam-Pleyel, du mouvement des femmes contre la guerre et le fascisme, du Secours populaire depuis 1938, elle avait été secrétaire adjointe du groupe de Marsac des Amis de l’Union soviétique en 1938.
Lors du Pacte germano-soviétique, convoquée par l’inspecteur d’Académie, après avoir pris contact avec Marcel Dumont, responsable départemental du PCF, Madeleine Bellet lui indiqua qu’elle manquait d’informations pour juger. Lorsque le pays fut vaincu et occupé, Madeleine Bellet rejoignit, dès l’été 1940, sous le pseudonyme de Danielle un noyau de militants creusois décidés à lutter contre le gouvernement de Vichy et les Allemands. Après des arrestations consécutives à des distributions de tracts, des dirigeants de la zone Sud du Parti lui demandèrent de devenir clandestine. Le 14 décembre 1940, munie d’un congé de maladie, elle quitta son poste et fut envoyée en Corrèze pour réorganiser le Parti. Installée à Brive, elle anima les groupes du Parti communiste et de la Jeunesse communiste après l’arrestation du secrétaire départemental. En juillet 1941, après des arrestations à Limoges du trio de direction et d’une trentaine de communistes, elle se retira chez un de ses oncles. Revenue en Creuse, en septembre 1941, elle obtint un renouvellement de son congé de maladie. Coupée du Parti, elle partit dans l’Indre, mais dénoncée, dut quitter le département pour se réfugier chez des amis dans l’Allier. Révoquée de l’enseignement et condamnée en mars 1942 à cinq ans de travaux forcés par contumace, elle reprit contact avec le Parti et en juin 1942, Roger Roucaute l’associa à la réorganisation en zone sud du mouvement des femmes. Puis elle assura la liaison de la direction centrale de la zone sud sous le pseudonyme de « Gilberte » (décembre 1942-septembre 1944).
À la Libération, Madeleine Bellet refusa la proposition du Parti de se porter candidate aux élections législatives. Elle continua une vie militante active à Montreuil où, membre du bureau de la section communiste, elle fut élue conseillère municipale sur la liste d’Union républicaine et résistante de défense des intérêts communaux, le 19 octobre 1947. Elue septième adjointe, membre de la commission de l’enseignement, elle fut déléguée au comité d’inspection et d’achat des livres de la bibliothèque. Réélue le 26 avril 1953, sur la liste « ouvrière et démocratique de défense des intérêts communaux dans la paix et dans l’indépendance nationale », elle devint quatrième adjointe, déléguée à la culture et aux écoles auprès du maire Daniel Renoult. Elle retrouva son siège et la délégation à l‘enseignement, le 8 mai 1959 sur la liste « de défense républicaine et de défense des intérêts communaux ».
Madeleine Bellet avait suivi l’école centrale des femmes organisée par le PCF en novembre 1953. Membre du bureau national de l’Union des Vaillants, elle entra au comité de la fédération communiste Seine-Nord-est en 1956. Membre du secrétariat de la section communiste de Montreuil en 1958, elle resta au comité fédéral jusqu’à la conférence fédérale de 1962 qui ne renouvela pas son mandat car « accaparée par de nombreuses tâches, fatiguée et souvent souffrante elle demanda à être retirée ».
Madeleine Bellet participa à la naissance du journal Vaillant et en septembre 1946, remplaça Ginette Cros à la tête du journal, à la demande du Parti. Elle y rencontra son futur compagnon, René Moreu, rédacteur en chef de Vaillant (1945-1952), dessinateur de Riquiqui, qui se consacra à la peinture et à l’illustration après son départ du journal. Ils se marièrent en février 1967 à Saint-Tropez (Var).
Les Éditions Vaillant, sous la direction de cette éditrice à la vocation d’éducatrice jusqu’en 1964 ou 1965 (selon Ch. Tardieux), devinrent une place forte de la presse enfantine française. Novatrice et soucieuse de l’éveil des jeunes enfants, Madeleine Bellet s’investit avec passion dans la création de journaux pour les tout petits, notamment de Riquiqui et Roudoudou, à partir de 1950. Garante de l’équipe de Vaillant auprès des dirigeants du PCF, elle laissa une grande liberté aux rédacteurs qui partageaient et diffusaient les idéaux progressistes revendiqués par le Parti. Bastion de la bande dessinée française, l’illustré accueillit les dessinateurs les plus réputés de l’époque en alliant culture et divertissement. Sa réputation de pédagogue l’amena également à entrer au commissariat national des mouvements de jeunesse et de l’Union des vaillants et des vaillantes (UVV). Ce mouvement d’enfants avait été lancé en juillet 1945 par l’Union de la jeunesse républicaine de France, dans la fidélité à l’héritage du mouvement ouvrier, pour une organisation des enfants visant à les éduquer et les distraire. Madeleine Bellet représenta l’UVV à l’Union patriotique des organisations de jeunesse (UPOJ). Dans ce cadre, elle participa activement à l’élaboration de différents textes, précurseurs de la loi du 16 juillet 1949 sur les publications pour la jeunesse. Elle inspira ou rédigea des articles sur la presse enfantine publiés par l’organe de l’UVV, Nous les vaillants, vaillantes puis Bâtisseurs d’avenir, qui étaient violemment hostiles aux illustrés consacrés aux bandes dessinées américaines et à leurs ersatz, accusés de pervertir les enfants. Elle fut par ailleurs désignée par l’UPOJ comme membre de la commission de contrôle et de surveillance, instituée par la loi de 1949, au titre de représentante des mouvements de jeunesse. Elle y joua un rôle actif et y noua des relations d’amitié avec deux autres militants d’Éducation populaire, l’instituteur communiste Raoul Dubois, délégué des Francs et franches camarades (laïques), et l’abbé Jean Pihan, délégué des Cœurs vaillants-Ames vaillantes (catholiques). Au plus fort de la Guerre froide, elle créa la Revue de la presse enfantine, une simple feuille imprimée recto verso dont quatorze numéros parurent de 1950 à 1955. Elle dénonça dans ce modeste bulletin l’impérialisme américain accusé d’inspirer une propagande belliqueuse et raciste dans les illustrés français et belges. Elle chercha également à y promouvoir l’action d’une des multiples organisations dont elle était membre, le Comité de défense de la littérature et de presse pour la jeunesse qui réclamait un renforcement de la loi du 16 juillet 1949 par de sévères mesures protectionnistes. Ce Comité, fondé en 1949 par des militantes et des sympathisantes communistes sous le couvert de l’Union des femmes françaises, fut un des instruments du PCF dans les « Batailles du livre » livrées de 1950 à 1952.
Après son départ des Éditions Vaillant, Madeleine Bellet travailla à la modernisation de l’Almanach, publié par l’Humanité, sans jamais négliger la littérature enfantine. Les dernières années de sa vie furent marquées par la résurgence de la maladie et de la souffrance.
En retraite dans la Creuse, Madeleine Bellet fut maire de sa commune.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16156, notice BELLET Madeleine, Alice par Thierry Crépin, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 12 février 2019.

Par Thierry Crépin

SOURCES : Archives du Comité national du PCF. — l’Humanité, 9 juin 1989. — Le Populaire du Centre, 9 juin 1989. — Témoignages de Christiane Macé-Duluc du 7 novembre 1997 et de René Moreu du 29 mai 1998. — Thierry Crépin, « Haro sur le gangster ! » La moralisation de la presse enfantine (1934-1954), Paris, CNRS éditions, 2001, 493 p. — Notes de Sabrina Belkessam, Jacques Girault et Christophe Tardieux.

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