BELLEVILLE André, Louis

Par Jacques Girault

Né le 18 mai 1934 à Dijon (Côte d’Or), mort le 23 mai 2006 à Dijon ; instituteur, puis directeur d’établissement spécialisé ; militant syndicaliste, responsable national « Unité et Action » du SNI puis SNI-PEGC et de la FEN ; responsable du Parti communiste français (départements et territoires d’Outre-Mer).

André Belleville
André Belleville
Réunion FEN en 1990

Le père d’André Belleville, ouvrier clicheur au quotidien de Dijon Le Bien public, licencié en 1936 pour faits de grève, devint menuisier puis gardien de la paix pour éviter le STO. Ses parents, sympathisants communistes, adhérèrent au PCF après la guerre. Bien qu’athées, ils firent donner les premiers sacrements catholiques à leur fils qui cessa très vite de pratiquer. Toutefois plus tard, André Belleville se lia d’amitié durable avec un prêtre de Dijon, futur aumônier général du Secours catholique et secrétaire de l’assemblée des évêques de France.
Après une scolarité au lycée Hippolyte Fontaine, Belleville entra à l’École normale d’instituteurs de Dijon en 1950. Il obtint le baccalauréat (Philosophie). Membre du Parti communiste français et de l’Union de la jeunesse républicaine de France depuis 1952, il était le responsable normalien de la FEN-CGT en 1953-1954 et eut à convaincre ses camarades d’abandonner la FEN-CGT pour se consacrer uniquement au militantisme dans le Syndicat national des instituteurs. Dans le même temps, il fut aussi le premier secrétaire départemental de la nouvelle Union de la jeunesse communiste de France après la transformation de l’UJRF.
Belleville se maria en juin 1955 à Dijon avec Denise Pacot, institutrice communiste, fille d’un cheminot communiste. Il effectua son service militaire dans un régiment « disciplinaire » de Tirailleurs marocains (juillet 1959-juin 1961) et refusa de suivre les cours d’élève officier pour ne pas partir en Algérie.
Nommé instituteur au Centre d’observation pour jeunes délinquants de la rue Charles Poisot à Chenove, Belleville, admis en 1962, avec son épouse, au Centre national de pédagogie spéciale de Beaumont-sur-Oise, obtint le certificat d’aptitude à l’enseignement des inadaptés. Après avoir encadré une classe de perfectionnement à l’école Jean Jaurès de Dijon, il devint, en 1965, le premier secrétaire de la commission médico-pédagogique de Côte-d’Or, future commission départementale de l’enseignement spécialisé. En septembre 1971, nommé directeur adjoint du collège des Lentillères à Dijon, chargé de la section d’éducation spécialisée, il conserva ce poste jusqu’à sa retraite en septembre 1990 alors qu’il venait d’être intégré dans le corps des chefs d’établissement du Second degré. L’enseignement spécial fut ainsi une de ses préoccupations essentielles. Dès 1980, il s’employa, avec son équipe pédagogique, à rénover cet enseignement dans un sens qui prépara la circulaire ministérielle de 1988 transformant les SES en Sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA).
À Chenove, il était membre du comité de la section communiste où les cheminots étaient nombreux. Belleville participa aux festivals de la jeunesse en Pologne (1955) et en URSS (1957). Il fut arrêté lors d’une manifestation communiste contre la guerre d’Algérie. Cet anticolonialisme constitue un des fils directeurs de son engagement politique.
La fédération présenta sa candidature pour le stage organisé par la direction du Parti pour les instituteurs communistes. Le secrétariat du Parti refusa sans raison deux fois. La fédération le proposa pour suivre les cours de l’école centrale d’un mois. La section des cadres refusa, en août 1958, avec le motif suivant : « Ne pas retenir pour l’instant en raison de ses tâches à la jeunesse. Revoir la direction fédérale s’il ne serait pas préférable de l’orienter vers le travail du SNI. »
André Belleville, en poste à Dijon, fit alors partie du comité de la section communiste Dijon-Sud du Parti. Il participa à l’école centrale d’un mois en juillet 1964. Il entra au comité fédéral et au bureau de la Fédération communiste en 1965. Il fut sans cesse renouvelé dans ces responsabilités jusqu’en 1972 où il fut seulement élu au comité fédéral. Il cessa d’être élu en octobre 1974 à sa demande qui précisait qu’en raison de ses responsabilités nationales au SNI, il ne pouvait plus militer au niveau fédéral. Toutefois il continuait à participer à la commission fédérale de l’enseignement et fut parfois invité dans les réunions de la direction fédérale. L’envoyé du comité central en 1974 ajoutait dans son rapport : « Son départ permet la montée d’enseignants s’occupant réellement du travail du parti. »
Il avait été candidat aux élections pour le conseil général dans le canton de Recey-sur-Ource en 1964.
Membre du conseil syndical de la section départementale du SNI depuis 1961, il devint secrétaire de la sous-section de Dijon (1962-1982). Il milita aussi dans l’œuvre des pupilles de l’école publique ; membre de son conseil d’administration et à son bureau depuis 1967, il l’était toujours en 2005.
Lors du congrès national du SNI, André Belleville intervint, le 13 juillet 1967, pour souhaiter que le SNI revendique l’introduction dans l’enseignement de l’éducation sexuelle et morale. Candidat au bureau national en septième position sur la liste « Pour l’unité , l’action, l’efficacité du SNI », il fut élu en décembre 1967. En janvier 1968, il fut désigné pour les commissions des affaires extramétropolitaines, de la propagande et de la vie corporative et participa à la commission nationale des jeunes. Lors de la désignation des comités de spécialités, présenté pour l’enfance inadaptée, il fut battu. Dans les réunions, il intervint sur divers sujets notamment les coopérants. Le 19 décembre 1968, il reprocha que dans la présentation des tendances dans l’encart destiné aux normaliens, sa liste fut présentée comme « procégétiste » donc « communiste ». Plusieurs intervenants lui reprochèrent son ton agressif.
À partir de 1967, il fit partie de la commission administrative de la FEN. Sans avoir été jamais permanent, il la quitta en 1991, année de sa retraite, lors du congrès de Clermont-Ferrand. Il fut le porte-parole de la tendance sur les questions de l’outre-mer, de la paix et de la coopération internationale depuis 1967.
À partir de 1971, Belleville, dans le cadre de la structuration du courant de pensée « Unité et Action », fut responsable des académies de Dijon, Besançon, Nancy et Strasbourg. Les liens qu’il développa permirent la constitution rapide dans ces académies des équipes dirigeantes de la Fédération syndicale unitaire lors de l’éclatement de la FEN. Ses camarades de tendance, mais aussi les dirigeants majoritaires, louaient ses qualités militantes et son ouverture. Par la suite, dans les années 1990, des anciens dirigeants de la FEN eurent l’occasion à plusieurs reprises de témoigner en ce sens dans leurs interventions lors des séances du séminaire de recherches sur l’histoire du syndicalisme enseignant.
Dans le cadre du PCF, sur le plan national, Belleville travailla beaucoup, avant 1968, pour la rédaction du « Projet de réforme démocratique de l’enseignement » dirigée par Pierre Juquin. Il se spécialisa dans les questions internationales, dans les relations avec le Tiers-monde et les territoires d’outre-mer ainsi que dans les questions touchant à l’éducation des enfants et adolescents inadaptés. Parallèlement, il participa aux travaux de la section de politique extérieure (la « polex ») et de la commission de l’enseignement du Parti communiste.
Avec son épouse, Belleville participa, chaque été, de 1970 à 1989, à l’Université de Postdam à l’encadrement du stage central de perfectionnement des professeurs de Français en République démocratique allemande. Cette activité lui permit de prendre conscience des limites des régimes socialistes en matière de libertés notamment. Il exprima à partir de 1979 son sentiment dans le Parti, ce qui lui valut ce qu’il ressentit comme une mise à l’écart au sein de la fédération de la Côte-d’Or. Pourtant, en 1991, quand ses responsabilités syndicales cessèrent, dans le cadre de la commission de politique extérieure, il devint le porte-parole officiel du secrétariat général du Parti sur les questions de l’outre-mer. Il intervint à plusieurs reprises dans les médias ou dans les rencontres officielles sur ces questions.
En 1992, Belleville assurait le secrétariat général de l’Union nationale des associations d’amitiés avec la Russie et la CEI qui succédait à France-URSS. Il en devint le président au début de 1998.

Son épouse, née le 3 juin 1934 à Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or), entra à l’Ecole normale d’institutrices de Dijon. Elle devint institutrice spécialisée dans l’enfance inadaptée et suivit don mari dans le deuxième poste créé en 1957 par l’Education nationale au Centre d’observation de Chenôve. Elle quitta l’établissement pour la classe de perfectionnement de l’école Voltaire à Dijon en 1963. Après un stage au centre national de pédagogie spéciale de Beaumont-sur-Oise, elle fut chargée en 1967 du premier poste en Côte-d’Or de rééducatrice en psycho-pédagogie en école dans le même groupe Voltaire où elle resta jusqu’à sa retraite en 1989. . Responsable du SNI, elle milita contre l’échec scolaire, en particulier dans la lecture et le langage. Son optimisme pédagogique, éclairant les causes sociales de ces échecs, contribua fortement aux positions défendues par André Belleville dans les débats syndicaux et politiques.
Membre du PCF depuis 1954, secrétaire de sa cellule, Denise Belleville fut candidate suppléante aux élections législatives dans la première circonscription de Dijon en 1967. Candidate pour le Conseil général dans le deuxième canton de Dijon en 1976, en 1982, elle arrivait cette dernière année en troisième position avec 652 voix. Elle figurait sur la liste d’union de la gauche aux élections municipales de 1971 et sur la liste d’union de la gauche, "Dijon majorité", aux élections municipales de 1983.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16158, notice BELLEVILLE André, Louis par Jacques Girault, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 14 août 2019.

Par Jacques Girault

André Belleville
André Belleville
Réunion FEN en 1990
Appel des Cent en 1992
Interview d’Ibrahim Sousse en 1988
Réception UA d’un syndicaliste du Salvador avec Alaphilippe et Jean Petite
Assises de la vie scolaire du SNES en 1982 (assis : Albert Daum, Francis Chouat, Luc Bouret)
Réunion du BN du SNI-PEGC en 1985

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Presse politique et syndicale — Sources orales. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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