BELLIOT Henri

Par Nathalie Sévilla

Né le 30 mai 1897 à Ecoust-Saint-Mein (Pas-de-Calais), mort le 31 août 1986 à Montauroux (Var) ; professeur agrégé ; secrétaire général adjoint, puis secrétaire général de la Ligue française de l’Enseignement (1932-1946), président et délégué fédéral de la Seine-et-Oise.

Fils de Georges Belliot, employé de commerce à Paris, Henri Belliot naquit dans le village natal de sa mère, Berthe Gradel, cuisinière. Ses études à Paris (à l’école primaire supérieure Colbert puis au collège Chaptal) furent interrompues par la Première Guerre mondiale. Mobilisé en août 1916 dans l’artillerie, il revint à la vie civile avec une blessure (avril 1917), la croix de guerre et le grade de sous-lieutenant de l’artillerie. Il se maria, eut deux enfants, tout en travaillant à la Sorbonne et en enseignant au collège Chaptal comme répétiteur. Son épouse, dans les années 1950, était rédactrice au Bureau universitaire des statistiques. Ils eurent trois enfants.

En 1922, il passa le concours de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (1922-1926), dont il suivit les cours en élève externe, puisque marié. Licencié en mathématiques en 1923, puis en sciences physiques en 1924, il renonça à se présenter à l’agrégation, probablement pour ne pas être obligé de quitter Paris et sa famille. Il habitait alors à Sannois, en Seine-et-Oise.

Henri Belliot se consacra à l’enseignement, à l’école Colbert, et à la recherche scientifique, dès 1924. Il prépara puis soutint une thèse de doctorat, le 16 juin 1939 à la Sorbonne, sous la direction de Jean Perrin, consacrée aux travaux qu’il avait menés avec lui sur les problèmes de sensitométrie des films et d’inversion de la solarisation (étude des questions de photographie et de cinématographie). Le professeur Jean Perrin était de sensibilité socialiste.

Henri Belliot fut désigné secrétaire général adjoint de la Ligue française de l’Enseignement en 1932, puis secrétaire général après la mort d’Émile Glay en 1936. Président et délégué fédéral de la Seine-et-Oise, très actif, il dirigea le comité de rédaction du Journal de Copain-Cop (1933). Ardent militant laïque, il était très intransigeant sur ce point et appartenait au Comité d’études et d’action pour l’École unique. Le choix de ce nouveau secrétaire général répondait à l’inflexion plus « technique » – dans le sens d’une connaissance précise des textes officiels, des réformes et des subtilités juridiques et administratives –, nécessaire à la vie de la Confédération, dès le début des années 1930.

Il fut l’un des rapporteurs du 51e congrès, réuni à Lens, en 1935, sur la question de « L’action laïque dans les enseignements des 2e et 3e degrés ». Il intégrera aussi le conseil d’administration de Radio-Liberté. Il édita les textes législatifs et la conférence de Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, le 29 novembre 1937 à l’Union rationaliste dans un l’ouvrage sous le titre La réforme de l’Enseignement, sorte de mise au point sur les réformes initiées dans ce domaine sous le gouvernement de Front Populaire.

Lors du Congrès du Front laïque, le 27 décembre 1936, Henri Belliot intervint sur les avancées communistes. S’adressant « à ses amis du Parti communiste », ou du Front Français, il tenta de leur montrer les erreurs commises pour leur demander de les rectifier : « Lors des discussions à la Chambre sur la création de l’Office du blé les communistes ont soutenu le point de vue des démocrates populaires demandant que la Confédération des travailleurs chrétiens soit représentée à l’Office. Ils ont obtenu gain de cause. Si la représentation à l’Office était réellement celle des travailleurs chrétiens, elle pourrait s’admettre mais il s’agit en réalité de la représentation des Évêchés et même de la compagnie de Jésus, comme l’a montré le camarade Priou ». Si en deuxième lecture les communistes étaient revenus sur leur vote, il était trop tard, le résultat demeurait acquis. Il souligna que la politique de la main tendue déclenchait des rivalités entre les amicales communistes et les amicales laïques. Selon lui, elle entraînait une double erreur : la première, de principe, qui faisait considérer la laïcité comme une attitude de combat et de sectarisme, alors qu’elle était la seule attitude de tolérance, et la seconde, pratique, car par leur tactique les communistes n’avaient convaincu personne et risquaient de s’aliéner un nombre important de sympathies.

Après les résultats des élections pour les conseils de radios de 1937 qui furent désastreux : les listes de Radio-Liberté, dont Belliot était membre du conseil d’administration, connurent la défaite, sauf à Toulouse et à Grenoble. La Confédération, sous la plume d’Henri Belliot, titrait « Pour une radio libre ! » et il expliquait que trop d’électeurs avaient eu l’impression que la politique avec Radio-Liberté voulait pénétrer dans l’organisation de la radiophonie d’État : « Ainsi, il est nécessaire d’élargir Radio-Liberté et d’associer à son effort des organismes comme la CGT, le SNI, la Ligue pour une radio libre et indépendante. »

Si la Confédération affirmait avoir établi des relations de plus en plus solides avec le SNI, le champ d’action de chacun devait être précisé selon lui. Henri Belliot regrettait de n’avoir pu dire à ses camarades instituteurs, au congrès du SNI à Lille (1936) – la Confédération n’étant pas comprise sur la liste des associations amies invitées à prendre la parole au congrès : « Vous êtes l’âme de la CGT et vous voulez affranchir le Travail de tout ce qui l’opprime. Nous sommes, nous, ceux qui veulent organiser le Loisir et l’affranchir de tout ce qui l’abaisse. Il est possible que tous les Hommes du monde s’assurent une vie matérielle sûre et confortable par leur Travail, une âme élevée par un usage judicieux de leurs Loisirs. Transformer en réalité tangible cette possibilité idéale doit être le but de nos efforts conjugués ».

Mobilisé dès le début de la guerre (septembre 1939), détaché au ministère de l’Armement, puis, démobilisé, à partir du 26 décembre 1941, il fut détaché auprès du Laboratoire central du secrétariat d’Etat à la production industrielle, puis en septembre 1942, il fut maintenu dans son détachement au Laboratoire central de Caussade (Tarn-et-Garonne) comme chef du bureau pédagogique des écoles de l’armement et chef de la section de physique au laboratoire central de l’armement. Directeur de l’école de la formation professionnelle du service des usines mécaniques de l’Etat depuis 1943, il y conserva sa fonction de chef du bureau des études pédagogiques de l’armement jusqu’en 1950. Il commenta, « C’est vous dire que je n’ai pas beaucoup changé mon existence habituelle ». Dans cette période, il constitua des associations de jeunesse dans l’école qu’il dirigeait, tout en étant délégué bénévole à la jeunesse pour le canton de Caussade. Il rassembla, en 1945, des textes sur l’apprentissage figurant dans le centre syndical de documentation et de formation des techniciens de la machine-outil.

Après avoir joué un rôle non négligeable dans la restructuration de la Confédération dès 1943, Henri Belliot en resta le secrétaire général à la Libération.

Nommé inspecteur général de mathématiques, il fut un membre actif du BUS comme le montrent ses rapports présentés devant le Conseil d’administration du BUS et ses nombreuses enquêtes, comme l’« Enquête relative aux perspectives de débouchés de l’enseignement du second degré » ou l’ouvrage de Jules Senger sur Le problème scolaire en Alsace et en Lorraine(1948).

Il fut victime d’un grave accident de la route le 24 janvier 1948.

Sur le plan professionnel, il fut réintégré dans l’enseignement secondaire, nommé aux lycées Charlemagne puis Jacques Decour, mais n’occupa pas ces fonctions et bénéficia de détachements auprès des ministère des Armées pour des tâches en France.

En 1950, Inspecteur général de l’Instruction publique, il était à la Ligue délégué de la FOL de Seine-et-Oise au CG de la Ligue, président du comité consultatif de Francs-jeux, commissaire général adjoint de la Commission des œuvres d’Outre-mer et des relations internationales, secrétaire général de la Ligue internationale de l’Enseignement, expert permanent près de la Commission nationale française pour l’Unesco. Depuis 1946, il était représentant de la Ligue au Conseil de l’Éducation populaire et des Sports, membre titulaire du Conseil supérieur de l’Education nationale et de sa section permanente. L’UNESCO le chargea en 1952-1953, d’une mission d’expert pour conseiller le gouvernement yougoslave sur les problèmes d’équipements éducatif et d’enseignement des sciences. Membre du comité des experts pour les loisirs du Bureau international du Travail, il publia ses Impressions sur l’enseignement yougoslave en 1955.

Secrétaire général de la Ligue française de l’enseignement, Henri Belliot en présidait la commission de presse en 1947-1949. Mais depuis sa nomination comme inspecteur général ; il ne pouvait inspecter les enseignants, il fallait dont lui trouver des charges dépendant de l’inspection générale, films pédagogiques, musée pédagogique, services audiovisuels. Son cas fut constamment à l’origine des débats internes à l’administration. Finalement, en 1954, mis à la disposition du Bureau universitaire de statistiques, il fut chargé de l’orientation post bac et des relations avec les professions.

Retraité, il habitait Boulogne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16163, notice BELLIOT Henri par Nathalie Sévilla, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 10 octobre 2021.

Par Nathalie Sévilla

ŒUVRE : Le fichier de la BNF en 2019 comprenait sept références dont le manuscrit de sa thèse et un manuel de physique pour classes d’enseignement primaire supérieur.

SOURCES : Arch. Nat., F/17 28831. — Archives de la LFE, AG 1950. — L’Action laïque, septembre-octobre 1949. — Thèse de N. Sévilla sur le Ligue de l’enseignement. — Notes de Michel Bourgeois, d’Alain Dalançon, de Jacques Girault et de Jean-Paul Martin.

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