PINEAU Claude

Par Alain Dalançon

Professeur d’éducation physique puis inspecteur général ; militant du SNEP, secrétaire des sections académiques de Poitiers (1952-1960) puis de Paris (1961-1965) ; secrétaire national pédagogique (1959-1967).

Claude Pineau était professeur d’éducation physique au lycée de garçons Henri IV à Poitiers dans les années 1950. Il militait au Syndicat national d’éducation physique et sportive et était secrétaire de la section académique de Poitiers. Il fut muté à l’École normale d’instituteurs d’Auteuil en 1961 et devint alors secrétaire de la section académique de Paris jusqu’en 1965.

Élu à la commission administrative nationale du SNEP à partir de 1958 sur la liste « A » des « autonomes », puis sur la liste commune de 1959 à 1965, puis à nouveau sur la liste « A » en 1967, il fut tout au long de cette décennie un des principaux dirigeants du syndicat, aux côtés de Philippe Néaumet, secrétaire général, et de Maurice Charles, occupant la responsabilité de secrétaire pédagogique dans le bureau national de 1959 à 1967. Il était également le suppléant de Néaumet à la CA de la Fédération de l’Éducation nationale.

Claude Pineau fut un des principaux défenseurs de la modernisation de la conception du « formalisme » (« éducation physique de base » pour tous dans la continuité de « l’éclectisme »), s’opposant à celle du « réalisme » (ancrage de l’éducation physique dans la pratique du sport défendue par des militants « unitaires » comme Robert Mérand). En réalité, à cette époque, le débat pédagogique entre militants autonomes et unitaires ne fut pas le principal sujet de discorde.

À partir de 1962, Claude Pineau anima au sein du SNEP une commission pédagogique, organisant des journées pédagogiques nationales (24-25 février 1962) et publiant un bulletin régulier, Spécial pédagogie. Cette commission était chargée d’étudier « les principaux problèmes qui se posent à la corporation », pour répondre en termes d’enseignement aux initiatives prises par le secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, Maurice Herzog, notamment en s’opposant à la suppression de l’enchaînement gymnique au baccalauréat en 1962. Il fonda aussi de grands espoirs dans la création, le 9 juin 1964, de la « Société d’informations et d’études pédagogiques en éducation physique et sportive » dont il était le secrétaire général. Bien que réservé vis-à-vis de la « sportivisation » de l’éducation physique, il cherchait en effet la réunion des compétences et la collaboration concrète entre professeurs de tous bords et acteurs du monde sportif. Mais cette association, qui doublait le syndicat et le concurrençait, pour développer un lobbying auprès de l’administration, fut incapable de proposer une doctrine et d’impulser des expériences pratiques ; elle n’édita qu’une revue qui s’éteignit après 12 numéros, et la SIEPEPS disparut sans gloire.

Comme son camarade Néaumet, Claude Pineau restait partisan de la liberté pédagogique des professeurs dont la formation devait leur permettre de « penser leur enseignement, donc de refuser toute forme et tout schéma de leçon imposés ». Cette approche fut inscrite dans les instructions officielles de 1967, dans la rédaction desquelles Claude Pineau se plut d’avoir joué un rôle important auprès de Pierre Trincal et René Haby, instructions qui rétablissaient l’épreuve d’éducation physique obligatoire au baccalauréat et qui tentaient une synthèse entre perspectives formaliste et réaliste.

Mais des divergences se manifestèrent avec les « unitaires » à propos de ces instructions, introduisant le concept d’APS (activités physiques et sportives) qui opposait deux démarches philosophiques et pédagogiques, l’une plus abstraite, l’autre plus pragmatique et « culturaliste ».

Par ailleurs, le SNEP était en train de connaître une exceptionnelle croissance correspondant à la création massive de postes et au rajeunissement considérable de la profession ; il passa de 2 093 syndiqués en 1960 à 4 065 en 1968, avec un taux de syndicalisation tournant autour de 80%. Les syndiqués se retrouvaient de moins en moins dans un syndicat répugnant à l’action, dirigé par les trois têtes pensantes qu’étaient Philippe Néaumet, Maurice Charles et Claude Pineau. La critique du trio collaborant avec l’administration s’étendit même aux anciens secrétaires généraux, Robert Surrel et Germain Boutillier, appartenant pourtant à la tendance majoritaire. Les unitaires décidèrent donc de sortir de la stratégie de la liste d’union en présentant en novembre 1967 une liste « Unité et Action » conduite par Marcel Berge, pour affirmer nettement leur identité et leur vocation à diriger le syndicat, comme venaient de le faire victorieusement leurs camarades dans le nouveau SNES. Ils n’obtinrent pas la majorité mais la direction autonome du SNEP sortit fragilisée des élections de 1967, et encore plus des événements de mai-juin 1968.

Les relations avec les « unitaires » s’envenimèrent un peu plus quand ils apprirent que Néaumet et Pineau avaient participé à des négociations avec le gouvernement pour remplacer l’École normale supérieure d’éducation physique par une nouvelle ENS formant à une éducation physique et sportive plus humaniste et progressiste dans la perspective d’un professorat supérieur d’EPS, alors que les « unitaires » souhaitaient une reconnaissance universitaire de la profession allant de pair avec l’intégration de l’EPS dans l’Éducation nationale.
Claude Pineau démissionna alors de ses responsabilités syndicales au début de l’année 1969, pour entrer au cabinet du Secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, Joseph Comiti. Dès lors, il allait souvent être en opposition à son ancien syndicat dont la direction bascula en faveur du courant « Unité et Action » en mai 1969.

La loi Mazeaud du 29 octobre 1975 créa l’INSEP (Institut national du sport et de l’éducation physique) par fusion de l’INS (Institut national des sports) et de l’ENSEPS. Il en devint le premier directeur avec Robert Bobin pour adjoint, qui lui succéda en 1979, quand Jean-Pierre Soisson, ministre de la Jeunesse, des Sports et des loisirs de Giscard d’Estaing, le nomma inspecteur général de la Jeunesse et des Sports. Puis il devint inspecteur général de l’Éducation physique et sportive en 1981, quand l’EPS fut rattachée au ministère de l’Éducation nationale, et fut ensuite promu doyen du groupe de l’EPS jusqu’à sa retraite en 1994.

Au cours de cette période, Claude Pineau poursuivit l’objectif de redéfinir l’éducation physique et sportive. Il proposa un nouveau cadre conceptuel en voulant mettre à distance la « référence culturelle » que représentaient les APSA, en instituant des domaines d’action ou domaine d’action motrice, dont le référent est le sujet agissant. Distillée à haute fréquence dans la revue EP&S devenue une revue quasi-officielle, cette orientation fut vigoureusement combattue par le SNEP.

En 1986, avec le Groupe d’innovation pédagogique qu’il dirigeait, l’Inspection générale s’empara du travail sur les programmes. En 1988, il publia dans EP&S un article sur les aventures d’une didactique, marquant à deux titres au moins : il transformait « la didactique », démarche scientifique visant à mieux comprendre l’acte d’enseignement, en une « didactique de l’EPS », relevant en fait d’une nouvelle définition de la discipline. Cet essai fut précisé dans un nouvel article en 1991 et une brochure Introduction à une didactique de l’EPS.

En 1994, Claude Pineau rendit public dans L’EP&S le « schéma directeur des programmes en EPS », avec Alain Hébrard. Il s’agissait d’une remise en cause de l’éducation physique réelle, en mettant à l’écart les APS et en ne donnant aucune réponse à la définition d’exigences concrètes pour tous les élèves d’un niveau de classe. Le SNEP réagit sur le fond et la forme. La pression de la profession et de la direction des lycées et collèges et du Conseil national des programmes aboutit au retrait du texte lors de la réunion du Conseil supérieur de l’Education nationale du 10 juillet 1995. Une nouvelle mouture fut adoptée pour la classe de 6e lors du CSEN d’avril 1996 (30 abstentions dont le SNEP et 4 pour).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article161671, notice PINEAU Claude par Alain Dalançon, version mise en ligne le 23 juillet 2014, dernière modification le 2 mai 2022.

Par Alain Dalançon

SOURCES : Arch. SNEP. — Christian Couturier, Bulletin du SNEP, n° 595 du 19 oct. 99. — Michel Fouquet, Le sport scolaire, une exception culturelle française de 1880 à nos jours. conférence à Grenoble, le 25/11/2002. — Michaël Attali, Le syndicalisme des enseignants d’éducation physique 1945-1981, L’Harmattan, Espaces et Temps du Sport, 2004. — Guilhem Véziers, Une histoire syndicale de l’éducation physique 1880-2002, la force du militantisme, Nouveaux Regards, Syllepse, Centre EPS et Société, 2007.— Jacques Gleyse, La fin de la pédagogie en EPS (1980-2012), www.academia.edu.

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