PÉRILLAUD Jean-Pierre

Par Marc Giovaninetti

Né le 9 janvier 1929 à Limalonges (Deux-Sèvres) ; ajusteur ; militant communiste de la Vienne, puis de la Seine, puis de la Seine-Saint-Denis ; membre du bureau national de l’UJRF ; secrétaire à la propagande de la fédération de Seine-Nord-Est ; conseiller municipal de Montreuil, conseiller général du canton de Montreuil-Ouest, conseiller régional d’Île-de-France ; président de la commission permanente du conseil général de Seine-Saint-Denis (1967-1981).

Jean-Pierre Périllaud était le deuxième enfant d’une fratrie de sept, de parents tous deux d’origine paysanne et limousine. Le père, François Périllaud, était devenu cheminot, roulant, et avait pour cette raison dû s’installer à proximité d’une gare importante. Il louait une ferme pour loger sa famille à Saint-Saviole, à la frontière de la Vienne et des Deux-Sèvres. Mais les enfants séjournaient souvent chez les grands-parents, et ils y furent initiés tout jeunes à la conduite du bétail.

Le père, syndiqué avant guerre à la CGTU puis à la CGT réunifiée, participa à la Résistance du rail pendant la guerre en faisant du renseignement, et adhéra alors au PCF. Quand dans son groupe de trois on demanda que l’un passe à la lutte armée, un autre fut désigné, car lui avait une famille nombreuse à charge. Jean-Pierre accompagnait parfois son père en passant des messages cachés dans son vélo. La mère, née Eugénie Devautour, n’était pas militante active, mais elle logea des jeunes juifs. Son fils dut partager son lit avec l’un d’eux pendant plusieurs années. Trois autres étaient planqués à l’internat de Poitiers où Jean-Pierre poursuivait ses études, à l’issue desquelles il obtint deux CAP, tourneur et ajusteur-monteur, assortis de périodes d’apprentissage. En 1946, il commença à travailler à la production dans diverses usines de Poitiers, Survivor en dernier lieu, et ainsi pendant quatre ans au rythme de journées de travail de douze heures, mais réparties sur quatre jours, ce qui lui laissait du temps pour ses activités militantes.

Dès la Libération, en effet, Jean-Pierre Périllaud adhéra aux Jeunesses communistes, et confirma son engagement quand elles se transformèrent en Union de la Jeunesse républicaine de France (UJRF) en avril 1945. Il secondait le secrétaire fédéral Lhomond, ouvrier dans une usine d’armes de Châtellerault, qui devint plus tard secrétaire de l’UD CGT. Le leader national de l’organisation de jeunesse, Léo Figuères, d’abord formé sous la tutelle de Raymond Guyot qui restait un temps président de l’organisation, fut comme un grand frère pour le jeune Périlllaud. Encore novice, il participa au congrès de septembre 1946 à Clichy, où il comprit qu’André Marty qui reprenait les Jeunesses en main, n’était pas sur les même positions d’ouverture que Thorez qui s’était exprimé la veille. En effet, il y eut ensuite de vifs conflits dans les grandes fédérations, en région parisienne, à Lyon, à Marseille. Au congrès suivant, à Lyon en 1948, l’élargissement fut entériné sous la conduite de Figuères, et Périllaud accéda au conseil national.

Dans la Vienne, le jeune militant, qui adhéra au PCF presqu’en même temps qu’aux Jeunesses, en avril 1945, et suivit des écoles de section à Poitiers en 1945 et 1946, intégra cette année-là le bureau fédéral de la Vienne. Il était influencé par le dirigeant de la fédération Alphonse Bouloux, un ancien instituteur rentré des camps, qui l’apprécia comme « camarade très actif […] qui se forme rapidement » à l’école fédérale au début de 1947. Enfin il suivit l’école nationale de l’UJRF à Villejuif en septembre 1948, où étaient reconnues ses « qualités certaines d’homme de masse et dirigeant ».

En 1950, toujours membre du conseil national de l’UJRF, il fut appelé à Paris et devint permanent au siège des Jeunesses. Il travaillait avec les secrétaires, Guy Ducoloné qui succédait à Figuères et dont il appréciait le doigté, ou avec André Marty, toujours aussi raide. L’ambiance était très fraternelle au 9 rue Humblot. Comme « secrétaire administratif » il eut notamment à trouver des planques à Léo Figuères, devenu clandestin et recherché depuis son voyage en Indochine. Il s’occupa aussi avec Paul Laurent de préparer et d’encadrer les très nombreuses délégations françaises aux festivals mondiaux de la Jeunesse de 1951, 1953 et 1955, respectivement à Berlin-Est, Bucarest et Varsovie.

Les Jeunes Filles de France, l’organisation-sœur de l’UJRF, siégeaient dans le même bâtiment. L’idylle se noua avec Lydie Spiler* qui était membre de leur bureau national, lui-même étant coopté à celui des garçons, régularisé à ce poste au congrès de Gennevilliers en mai 1953. Les deux jeunes gens s’étaient rencontrés à l’école centrale pour la jeunesse. Une fois terminé son service militaire d’un an, effectué dans de bonnes conditions dans une unité du génie à Libourne, Jean-Pierre épousa Lydie à la mairie de Montreuil d’où elle était originaire, également issue d’une famille communiste. Le jeune couple s’installa dans cette commune de la proche banlieue rouge en 1951. Il ne devait plus la quitter, d’abord logé dans un local du parc Montreau, puis dans un petit deux-pièces trouvé par un copain, ensuite, quand la famille s’agrandit de trois filles nées en 1952, 1953 et 1957, dans un cinq-pièces HLM de la cité Jean Moulin, enfin dans une petite résidence HLM discrète en 1985 lorsque toutes les filles eurent pris leur envol.

En 1954, Jean-Pierre Périllaud se vit proposer par Ducoloné de devenir pour trois ans correspondant du journal l’Avant-Garde à Moscou, une proposition qui avait été faite là-bas à Figuères. Lui avait déjà fait un voyage en URSS l’année précédente, et il était tenté. Une délégation d’une quarantaine de jeunes français de diverses obédiences, y compris des organisations catholiques ou protestantes, dirigée par Louis Baillot et Mauricette Van Houtte*, avait passé un mois dans la patrie du socialisme, choyés comme il se devait. Staline venait d’être rangé au mausolée à côté de Lénine, ils eurent droit à une soirée au Bolchoï, ils visitèrent Leningrad, l’Oural. Un beau souvenir, bien que Jean-Pierre Périllaud, qui connaissait déjà assez bien Roger Garaudy (il devait l’apprécier jusqu’à son départ du PCF), ait eu du mal à obtenir l’autorisation de lui rendre visite, alors qu’il savait qu’il résidait à Moscou. La demande remonta jusqu’à Souslov, le dirigeant soviétique qui suivait les partis frères d’Europe occidentale. L’année suivante, ce fut à Jean-Pierre Périllaud qu’échut l’honneur de guider une délégation de komsomols à travers la France. Cependant la proposition de travailler à Moscou ne se confirmait pas, malgré les relances faites par l’intermédiaire de Jacques Duclos qui s’y rendait régulièrement et habitait aussi Montreuil. Finalement, lorsqu’ils demandèrent leurs visas, les Périllaud n’eurent pas de réponse et comprirent que le projet était tombé à l’eau pour des raisons qui leur sont restées obscures.

En 1957, toujours apprécié pour son sérieux et son entregent, Jean-Pierre Périllaud devint secrétaire de la section de Montreuil du PCF, et fit son entrée au bureau de la fédération de la Seine-Nord-Est, d’abord coopté, puis régularisé à l’occasion d’une conférence fédérale. Lorsque la section de Montreuil fut scindée en cinq, en 1960, il prolongea cette responsabilité au secrétariat du comité de ville. Cadre apprécié par la base locale comme par la hiérarchie de son parti, il suivit avec profit l’école centrale de quatre mois d’octobre 1960 à février 1961 – il considérait avoir « tout appris » dans les écoles du parti. Coopté au secrétariat de la fédération en 1959, il y fut officiellement désigné à l’issue de la conférence de juin 1962, dirigeant pendant plusieurs années le secteur de la propagande, successivement aux côtés de Fernande Valignat* puis Lucien Mathey. Il se montrait reconnaissant envers Jacques Duclos qui lui glissait souvent des conseils avisés. L’inamovible numéro 2 du parti se faisait une règle d’assister aux réunions du comité fédéral dont il était membre. Lui et son épouse Gilberte accordaient beaucoup d’attentions à la famille Périllaud. Jean Kanapa, un intellectuel de haut vol qui habita un temps à Montreuil était aussi très lié avec Jean-Pierre Périllaud. Celui-ci, devenu moins disponible dans l’appareil fédéral à partir de 1968 en raison de ses autres responsabilités, céda la propagande à Jack Ralite*, puis fut rétrogradé au bureau fédéral en 1970, et au comité fédéral en 1976. Il y resta jusqu’à ce qu’il décide que l’heure de la retraite avait sonné, en 1990.

Dans les années de la Guerre froide, Jean-Pierre Périllaud participa à toutes les grandes manifestations parisiennes, notamment celle contre le général Ridgway en mai 1952, et en novembre 1956 pour défendre le siège de l’Humanité contre l’assaut des manifestants d’extrême-droite, puis lors des luttes contre l’OAS à la fin de la guerre d’Algérie. Il fut plusieurs fois condamné par la justice en tant que secrétaire fédéral, notamment pour une affiche qui dénonçait un bombardement perpétré en Tunisie par l’aviation française en 1958.

En 1965, il accompagna Paul Laurent dans des réunions avec les socialistes de la Seine dirigés par Claude Fuzier. Ils se mirent d’accord pour présenter des listes communes aux élections municipales, en prélude du soutien à la candidature présidentielle de François Mitterrand, et plus tard de l’Union de la Gauche.

De militant d’appareil, et très à l’aise dans ses fonctions, la trajectoire de Jean-Pierre Périllaud devait prendre une autre direction à partir de 1967. En septembre de cette année, il fut présenté et élu comme conseiller général du canton de Montreuil-ouest, issu du département de la Seine mais qui constituait un des trente-quatre cantons initiaux du nouveau département de Seine-Saint-Denis. La séance inaugurale se réunit le 9 octobre à Bobigny, la nouvelle ville-préfecture, Georges Valbon fut élu président par une majorité de vingt-neuf voix contre cinq, et Jean-Pierre Périllaud fut désigné pour présider la commission départementale, destinée à siéger en permanence entre les sessions ; une sorte de numéro 2 du conseil général, donc. Réélu deux fois dans son canton, il devait siéger jusqu’en 1986, pendant dix-huit ans, dans l’imposant hôtel du département inauguré en 1971, en conservant sa fonction présidentielle jusqu’en 1981. C’est à sa demande qu’il fut relevé. Il considérait avoir beaucoup appris par ses responsabilités d’élu local, conseillé au début, notamment sur les questions financières, par ses aînés André Karman et Fernand Lefort qui avaient déjà une longue expérience de maires et conseillers généraux.

Les relations avec les préfets successifs furent bonnes dans l’ensemble, et même très confiantes et amicales avec le premier du nouveau département, Henri Bouret, un ancien résistant et militant MRP. Pendant la crise de Mai 1968, alors que toutes les usines du département étaient occupées, le préfet s’ouvrit au président Périllaud de son embarras pour transférer des fonds importants de Pantin à Bobigny. Le militant communiste lui répondit amusé qu’il en faisait son affaire. L’argent fut tout simplement transporté dans un véhicule, accompagné en préfecture par une solide équipe de grévistes de la CGT.
À sa fonction principale au conseil général Jean-Pierre Périllaud ajoutait à partir de 1971 celle de membre du conseil d’administration du District de la Région parisienne, Valbon et lui ayant été proposés par l’assemblée départementale au préfet de région Paul Delouvrier, le grand fonctionnaire gaulliste chargé d’organiser les nouveaux départements et la région Île-de-France depuis 1964. À la région, Périllaud fut un temps responsable du groupe communiste, avant que Paul Laurent, membre du bureau politique, n’assure cette responsabilité. Il siégea au conseil régional jusqu’en 1992, essentiellement pendant la période où le RPR Michel Giraud en était président, les conseillers n’y étant élus au suffrage universel au niveau départemental qu’à partir de 1986.

Jean-Pierre Périllaud fut également conseiller municipal à Montreuil dès 1958. Aux élections municipales précédentes, on lui avait dit qu’il serait bon qu’un jeune soit présent sur la liste. Il n’était pas très chaud, mais accepta la dernière position. Cependant, par le jeu des panachages, il fut élu dix-huitième. La liste dirigée alors par Daniel Renoult, le vieux compagnon de Jean Jaurès*, avait dix-sept élus, aussi lorsque le maire décéda en 1958, la place de conseiller vacante échut au jeune militant. André Grégoire, jusqu’alors premier adjoint, devint maire, et passa le flambeau treize ans plus tard à Marcel Dufriche. Jean-Pierre Périllaud occupa cette fonction de conseiller municipal jusqu’en 1995, pendant trente-sept ans. Il fut adjoint de Jean-Pierre Brard qu’il avait vu grandir dans sa ville et qu’il avait encouragé à se présenter pour prendre la relève de Dufriche en 1984. À son sujet, Jean-Pierre Périllaud précisait : « Nous avons travaillé en confiance et noué des relations fortes qui demeurent encore aujourd’hui, même si nous avons eu entre nous des désaccords politiques et aussi des divergences sur les méthodes de travail ». Au conseil municipal, il s’occupa notamment des questions de coopération internationale avec les pays du Tiers-Monde, et notamment le Mali dont une nombreuse communauté vivait dans la commune.

Pendant ses mandats d’élu, Jean-Pierre Périllaud participa activement aux activités de l’ANECR, l’Association nationale des Élus communistes et républicains, créée en 1977, et supervisée par Madeleine Vincent, du bureau politique. Il en assurait le secrétariat, sous la présidence de Marcel Rosette, le maire de Vitry-sur-Seine. À ce titre, Jean-Pierre Périllaud effectua plusieurs tournées en province pour animer des réunions d’élus locaux. Une fois relevé de ses responsabilités au conseil général, il continua à travailler à l’ANECR, mais aussi au siège du Colonel Fabien comme adjoint de Paul Laurent pour le suivi des fédérations de la région Île-de-France. Il assura cette dernière tâche jusqu’en 1993. Il se prévalait aussi de bonnes relations avec Georges Marchais, dont le rapprochait leur profession d’origine de métallurgistes.

Après l’ère Marchais, Jean-Pierre Périllaud, d’accord avec sa femme qui avait aussi suivi une carrière exemplaire de cadre communiste, imputait à l’équipe qui entourait Robert Hue une bonne part de la responsabilité d’avoir abandonné les pratiques militantes qui avaient fait la force et la singularité de leur parti, à commencer par l’esprit de fraternité qui liait les dirigeants aux militants de base. Il y était d’autant plus sensible qu’il avait toujours été surtout un homme de contacts, apprécié pour les relations chaleureuses qu’il savait entretenir avec tous. Peu porté sur les honneurs, motivé par aucune ambition particulière, il s’adapta volontiers à toutes les responsabilités auxquelles son parti le proposait, sans chercher non plus à s’incruster ou à briguer de plus hautes distinctions. En 2014, affecté par quelques problèmes de santé mais toujours aussi disponible, il restait avec son épouse Lydie une personnalité appréciée dans sa ville de Montreuil.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article161711, notice PÉRILLAUD Jean-Pierre par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 26 juillet 2014, dernière modification le 26 juillet 2014.

Par Marc Giovaninetti

SOURCES : Archives du comité central du PCF. ― L’Avant-Garde, 1948-1956. ― Archives départementales de Seine-Saint-Denis, 2162 W 3. ― Archives du Conseil général de Seine-Saint-Denis à l’Hôtel du Département de Bobigny. ― 93 Actualités, 1968-1982. ― Entretiens avec l’intéressé et son épouse, avril-mai 2014.

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