NAQUET Adrienne, Lucienne dite ADDY

Par Mathilde Dubesset, Pauline Maurel, Catherine Wolff

Née le 11 décembre 1905 en Avignon (Vaucluse), morte à Grenoble en janvier 1999 ; engagée très tôt dans le combat mené par le premier centre du Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) à Grenoble et a fait de la lutte pour le droit à la contraception et à l’avortement le combat de sa vie.

D’une famille aisée (son père,Adrien Naquet, était un industriel du Midi de la France), Adrienne Naquet dite Addy, a fait des études de droit et a épousé un chirurgien. D’un tempérament combatif et fort, (sa mère, disait-elle était une "suffragette") c’est elle qui a pris en charge l’entreprise de son père qui, étant juif, fut arrêté et déporté à Auschwitz où il mourut. De 1942 à 1944, elle participa activement à la Résistance, avec certaine ouvriers de son entreprise, en utilisant les moyens matériels et financiers dont elle disposait. Ses activités ayant été découvertes par l’occupant, elle échappa de peu à la mort grâce à la libération de Carpentras.

Mariée le 29 septembre 1934 à Hyères (Var) du docteur Jack Brenier dont elle a divorcé en 1960, elle avait découvert, dans les années 1950, lors d’un voyage aux États-Unis avec son mari invité dans un congrès de médecine, le premier centre de planification de Marguerite Sanger - féministe américaine qui avait fait de la prison pour avoir prôné l’utilisation de moyens contraceptifs. C’est alors qu’a commencé son combat militant. Rentrée à Grenoble (avec des diaphragmes dans sa valise, disait-elle), elle eut l’occasion de rencontrer le docteur Henri Fabre* et le professeur de philosophie Georges Pascal* qui militaient pour le droit d’utiliser la contraception.

À Grenoble, dans les années 1960, la vie associative était très riche et l’atmosphère propice à l’engagement de personnalités comme Addy Naquet qui a mis son énergie au service du centre grenoblois du MFPF. Elle dira volontiers plus tard sa révolte contre les atrocités dues aux avortements clandestins, la mort des femmes entre les mains des "faiseuses d’anges", ou bien leur recours à des tentatives très dangereuses comme l’utilisation d’aiguilles à tricoter et de potions qui n’avaient aucun effet. Comme le docteur Henri Fabre, elle était scandalisée de voir que seules les femmes riches pouvaient avorter dans des conditions sûres, en partant à l’étranger.

Addy Naquet fut "hôtesse d’accueil", dès les débuts au centre grenoblois du MFPF. Ces "hôtesses d’accueil » recevaient toutes les personnes (les femmes surtout) exprimant le souhait de "planifier" les naissances et leur proposaient des méthodes contraceptives. Une filière d’approvisionnement de diaphragmes et de crème spermicide s’était mise en place pour satisfaire les demandes des quelques 10 000 adhérents du MFPF grenoblois, à la fin des années 1960. Il faut rappeler que c’est en 1967, avec la loi Neuwirth, que la légalisation de la contraception est acquise au terme d’un combat dans lequel le centre grenoblois du MFPF avait été pionnier.

A partir de 1972, une nouvelle équipe de médecins et de conseillères conjugales a pris en main la destinée du MFPF grenoblois et a décidé de transgresser la loi de 1920 en pratiquant des avortements clandestins, ce qui suscita des débats et des défections. La lutte s’est alors durcie, le MFPF travaillant aux côtés du MLAC et du mouvement Choisir. Malgré ces changements, Addy Naquet était restée active au sein de l’équipe grenobloise, y compris dans des moments de fortes tensions. Ainsi, en 1973, Annie Ferrey-Martin, médecin anesthésiste qui pratiquait des avortements, fut arrêtée et emprisonnée à la suite d’une dénonciation ; au mois de mai 1973, une descente de police eut lieu au centre grenoblois du MFPF, et deux hôtesses d’accueil, Addy Naquet et Olga Barbe, présentes ce jour là et qui avaient eu le temps de cacher les fiches comportant les noms des femmes ayant avorté, furent interpellées et relâchées le soir même. La réaction fut très rapide : des milliers de personnes (12 000 selon les militants du MFPF) défilèrent dans les rues de Grenoble.

Deux ans plus tard, la loi Veil de 1975 légalisait l’avortement, même si les conditions paraissaient restrictives à nombre de militants du MFPF grenoblois. Celui-ci a alors élargi son action à la défense des droits des femmes en général. Addy Naquet a poursuivi son engagement au sein du MFPF, car disait-elle, "en ce qui concerne le droit des femmes, rien n’est jamais acquis, tout peut être remis en question."

En restant au sein de l’équipe de la section grenobloise du MFPF depuis sa création en 1961, jusqu’au début des années 1990, Addy Naquet a symbolisé la mémoire et la permanence des idéaux du MFPF grenoblois. Soucieuse de transmettre cette histoire, elle a participé à l’élaboration de l’ouvrage D’une révolte à l’autre, 25 ans d’histoire du Planning Familial, paru en 1982. Au cours de ses trente années de militantisme, Addy Naquet a effectué environ 2000 entretiens, d’abord avec des femmes, puis avec des couples et aussi des hommes qui s’aperçurent qu’elle n’avait "rien contre eux" ; enfin à des jeunes lorsque les textes de loi se sont assouplis au début des années 1970.

Le 22 juin 1994, Addy Naquet a été nommée Chevalier de la légion d’honneur par François Mitterrand, à titre de résistante et de militante du Planning Familial. À travers elle, cette distinction a honoré l’ensemble des militants de ce mouvement.

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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article161944, notice NAQUET Adrienne, Lucienne dite ADDY par Mathilde Dubesset, Pauline Maurel, Catherine Wolff, version mise en ligne le 7 octobre 2014, dernière modification le 9 septembre 2020.

Par Mathilde Dubesset, Pauline Maurel, Catherine Wolff

OEUVRE : participation à l’ouvrage :
D’une révolte à l’autre, 25 ans d’histoire du Planning Familial, MFPF, Editions Tierce, Paris, 1982.

SOURCES : « Le combat d’une vie », Le Dauphiné Libéré, 12 mars 1991. — « Les maquisards de la contraception », France-soir, 13 juin 1991. — « Addy Naquet » est décorée de la légion d’honneur, Le Monde, 19 jullet 1994. — État civil.

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