MARTINI Michel [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 8 février 1925 à Paris, médecin chirurgien membre du PCF de 1945 à 1951 ; en 1955, chirurgien à l’hôpital d’Orléansville (Chlef), pratique l’aide aux Combattants de la libération et à l’ALN ; mis en résidence surveillée, emprisonné à Oran, condamné, expulsé en août 1957 ; réfugié en Tunisie, organise la rééducation des blessés de l’ALN ; après l’indépendance, chef de service de et professeur de chirurgie à Alger.

De famille bourgeoise conservatrice catholique – le père est banquier et la mère chirurgien dentiste – le jeune Michel Martini fait ses études au Collège Stanislas à Paris sous la devise d’époque pétainiste : « Français sans peur, chrétien sans reproche ». Il se politise avec la libération de Paris et de la France occupée, s’engage en 1945 dans l’armée de libération où il se trouve en contact avec des résistants communistes venant des FTPF. Il adhère au PCF, qu’il quitte en 1951 ne supportant pas la propagande faite de mensonges sur Tito et la Yougoslavie et sur la guerre de Corée même ; il continue à militer contre la guerre coloniale française d’Indochine.

Il ignore presque tout du mouvement national algérien. Il avait brièvement accompagné son père en 1946 lors d’un court séjour en Algérie, d’Alger à Constantine au Sud-Constantinois ; l’étudiant en médecine conserve l’idée que tout est à faire pour répondre à l’immensité de la demande sociale. En juin 1954, un camarade de promotion à l’internat à Paris, chirurgien à Miliana, le Dr Bentami, de la famille de notables s’adonnant aux professions libérales et donnant des représentants à plusieurs partis en Algérie, lui propose de venir faire son remplacement pendant les vacances. Pour contribuer à une médecine sociale, le docteur Martini passe, à Alger en décembre 1954, le concours de chirurgien des hôpitaux de l’intérieur ; il est nommé à Orléansville où les besoins sont immenses après le tremblement de terre avec des problèmes de réparation chirurgicale et de rééducation. Il prend son poste en mars 1955 dans cette vallée du Chélif où le rattrape aussitôt l’incidence de la lutte de libération.

Le gouvernement de Guy Mollet et le ministre-Résidant Robert Lacoste intensifient la répression sous couvert de pacification. « Toute lutte légale contre la répression était interdite et je me sentis complice de celle-ci et je ne pus la tolérer. Il ne me restait qu’une seule solution : aider les Algériens en lutte », explique Michel Martini dans son témoignage. C’est par le docteur Masseboeuf, la personnalité communiste qui rayonne à travers le Dahra de Ténès à la vallée du Chelif, qu’il est amené dès la fin de 1955 à recevoir des blessés et à cacher des militants sous couvert de raisons médicales. Il est ainsi prêt à aider aussi bien les combattants de l’ALN que les partisans communistes qui mettent en place un maquis symbolique, avec des armes venant du camion détourné par l’aspirant Maillot début avril 1956.

Avec le concours de son épouse qui est anesthésiste et le seconde, et celui des infirmières qui sont de connivence, il assiste la montée au maquis des Combattants de la libération au-dessus d’Orléansville, d’Hamid Gherrab qui est déserteur, de Maurice Laban impatient et difficile à cacher, du syndicaliste des dockers d’Oran, Boualem. Après le démantèlement du maquis (et la mort de cinq maquisards dont Laban et Maillot), début juin, il recueille les rescapés Boualem et Guerrab (et leurs premiers témoignages). Sa maison est surveillée, mais ses infirmières peuvent offrir des caches plus sûres ; après quelques jours, les deux survivants sont convoyés vers Oran.

Une décision préfectorale affecte alors Michel Martini en résidence dans un village de montagne à Letourneux. Simulant une appendicite, il est ramené à l’hôpital de Blida où des collègues complices font durer son séjour jusqu’à voir tomber une décision d’expulsion sur la France. Entre-temps mis en prison à Oran à la suite de la vague d’arrestations qui frappe le réseau communiste de la région de Tlemcen (et celui d’Oran également), au cours d’horribles séances de tortures, Hamid Gherrab a laissé préciser le rôle du docteur Martini. Celui-ci n’est pas expulsé mais amené à Alger à la villa Sésini où les paras pratiquent les interrogatoires et la torture ; sa femme et ses infirmières y sont déjà ; tous furent relativement épargnés ; la considération de la profession médicale les protège. Inculpé d’association de malfaiteurs, Michel Martini est envoyé à la prison d’Oran. Comme il tient son journal qu’il reprendra plus tard dans ses Chroniques des années algériennes, il donne une relation directe de la diversité militante entre nationalistes et communistes, entre communistes eux-mêmes et jusqu’au sein de la « fratrie communiste » des sœurs, beaux-frères et compagnons gendres de la famille Larribère. Les discussions portent aussi sur la compréhension de la nation algérienne.

Au bout de dix mois, assisté par un avocat sensible aux considérations de notabilité et aux appartenances politiques, Me Deville, qui appartient à la Fédération SFIO d’Oran et a ses entrées dans tous les services – autre avantage d’être le docteur Martini – celui-ci est certes condamné en août 1957 par le tribunal militaire d’Oran à cinq ans de prison, mais avec sursis. Il passe 24 heures au camp de Saint-Leu (Bethioua), et Me Deville fait signer, par le préfet d’Oran Pierre Lambert qui est socialiste, l’arrêté d’expulsion pour la France. Trois jours plus tard, Michel Martini et famille partent par la Suisse et l’Italie pour s’abriter en Tunisie. Jusqu’à l’été 1958, le docteur Martini exerce la chirurgie à Sfax, « sans voir un seul blessé algérien », ajoute-t-il. Il a néanmoins comme assistants, de jeunes psychiatres, le couple Charles Geronimi et Alice Cherki formés par Frantz Fanon à l’hôpital de Blida ; Fanon est à Tunis.

De la fin de 1958 à l’indépendance algérienne, nommé à l’hôpital Charles Nicolle de Tunis, il est appelé par le docteur Nekkache qui collabore avec M. Ben Khedda au GPRA, à prendre en charge la rééducation des blessés algériens qui sont dans les camps de l’ALN à la frontière tunisienne. Avec Alice Cherki notamment et une escouade de jeunes infirmières volontaires, il forme une sorte de mini-brigade internationale, mêlant dissidents européens et jeunes étudiantes algériennes, trouvant des stages des appareillages et des secours dans les pays de l’Est, en RDA et plus encore en Yougoslavie. La maison Martini (Dar Martini) est ouverte pour des soirées aux amitiés des repliés d’Algérie, les amis Chaulet, le syndicaliste Rahmoun Dekkar, etc., aux étudiants français en dissidence, à celles comme la docteur Annette Roger, qui s’engagent pour l’Algérie libre. Les Chroniques des années algériennes reprendront les pages du journal qui jetaient un regard à la fois amusé et désabusé sur le « Maghreb circus » de Tunis.

Michel Martini revient en Algérie à l’indépendance en juillet 1962 ; il devient Chef du service de chirurgie générale à l’hôpital Parnet à Alger et professeur de chirurgie orthopédique et traumatologique étant aussi Chef du service de cette spécialité acquise et perfectionnée en servant la cause algérienne. À sa retraite en 1987, il se retire en France.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article162039, notice MARTINI Michel [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 1er août 2014, dernière modification le 1er août 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : M. Martini, Chroniques algériennes. 1946-1962, Bouchène, Saint-Denis, Paris 2002. — Arch. Wilaya d’Oran. — J. Charby, Les Porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent, La Découverte, Paris, 2004.

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