BRUNSTEIN Gaston

Par Jean-Pierre Vaudon, Claude Pennetier, Eric Panthou

Né le 16 avril 1897 à Étampes (Seine-et-Oise, Essonne), mort le 7 novembre 1981 à Lomme (Nord) ; ouvrier métallurgiste ; militant communiste de la région parisienne puis du Puy-de-Dôme entre les deux guerres, membre du secrétariat régional au début des années 1930, exclu pour un an en 1935.

Ce fils de petits commerçants « de détails » devint révolutionnaire par haine de la guerre. En 1924, Alfred Kurella recueillit son témoignage sur sa jeunesse : « Tout petit, j’était confié à mon grand père aide artisan à l’ancien style (« le patron est roi », « ne gaspillez pas l’électricité dans l’atelier », etc.). Élevé à la liberté jusqu’à l’âge de dix ans, j’étais le type même d’un jeune bon à rien n’apprenant à l’école que ce qui me plaisait et dans la cour « tout ce qu’il ne fallait pas » ; je recevais des pauvres miettes de connaissances de l’enseignant d’une part, et [la colère] de mon père quand il vérifiait mes mauvaises notes où j’étais qualifié de paresseux et désobéissant. Lorsque j’ai eu mes treize ans, mes parents après hésitations ont décidé de me garder à la maison en espérant me trouver une occupation. Après quelque temps, on m’envoya au collège où je devais étudier l’anglais et j’y ai passé deux mois avant la fin de l’année ; mais je ne voulais plus retourner dans ce milieu de pédants et de parvenus et mes parents n’ont pas insisté ayant compris que pour eux ce rêve était insensé [...] Pour comble, j’ai mis mes parents dans le désespoir en fuguant de la maison pour rentrer à l’usine comme mécanicien, « graisseur ». Dans l’épicerie, nous avions un buffet, un véritable refuge où j’ai discuté avec des ouvriers. Bien que leur rudesse me révoltât, mais inconsciemment, je dois dire que, derrière leur trivialité, je sentais l’honnêteté des cœurs nobles ; pour la plupart, ils étaient ivrognes, mais je me suis rapproché d’eux et mon désir de devenir ouvrier se renforça. »
Son père, non mobilisé, mourut de maladie en 1915. Mobilisé ne 1916, inquiété pour un refus d’obéissance collectif, il ne fut cependant pas envoyé au front, sans doute en raison de sa situation de famille.

Démobilisé, il « erra » dans Paris à la recherche de travail : « j’ai constaté avec fureur que nous, anciens soldats, devions continuer la guerre, mais sur un autre front, et si je n’avais pas eu ma mère, je ne sais pas si je ne me serais pas suicidé ». Il travailla comme manœuvre dans diverses entreprises.

La grève de mai 1920 fut pour lui une « révélation » : cheminot au PO, révoqué en 1920, « je me suis joint aux cheminots grévistes et participais à toutes leurs réunions, j’avais la soif de tout connaître (...). Puis, de retour à Etampes, j’ai adhéré aussitôt au parti, passant d’une usine à une autre et en étudiant le métier de tourneur. Je ne sais pas de quelle façon, mais cela s’est fait tout seul, je devins un militant actif. Ma mère est morte après la guerre [en 1923] et avec elle mourut tout mon passé. ». Il commença sa vie d’agitateur en organisant une grève dans l’entreprise d’Étampes où il travaillait depuis la libération de sa classe. Il fut mis à la porte puis adhéra au PC en 1921 et, l’année suivante, fonda le syndicat unitaire des cheminots de grande banlieue (CGB Paris-Arpajon) mais fut très vite révoqué de ce nouveau travail.

En 1924, il fut élu secrétaire du 45e rayon de la Région parisienne et il participa à l’école centrale communiste de Bobigny : « De cette école sortent des militants trempés et je serai l’un d’eux » écrivit-il dans l’autobiographie que lui demanda Kurella. Dans une profession de foi, il affirme avoir été renvoyé de plus de 25 entreprises pour ses activités politiques et syndicales.

Puis il vint travailler comme tourneur sur métaux à Clermont-Ferrand dans l’entreprise Ollier où il fonda un syndicat et une cellule communiste. Il se maria avec Aline Dechambre, margeuse papetière, sœur d’un dirigeant communiste rgional. Brunstein était rédacteur au Cri du peuple l’hebdomadaire de la Région Auvergne du PC depuis juillet 1927 et en octobre de la même année il devint secrétaire régional de la Région Auvergne du PC, comme permanent. Il resta permanent jusqu’en 1933 avec une interruption de 1928 à mars 1930, mais laissa le poste de Secrétaire à Pranchère avant de redevenir secrétaire en en 1932.
En 1931, on note qu’il n’a pratiquement rien fait depuis un an. Il est secrétaire adjoint et en charge de la cellule des produits chimiques qui périclite et disparaît même en 1933 comme le constate l’envoyé du Comité Central, Lucien Laroulandie. "De Grandes possibilités de travail existent dans la région mais la faiblesse des cadres se fait durement sentir ; d’autre part, il semble que chez Michelin l’inactivité de la cellule pendant un long temps -fait que j’avais déjà signalé- a amené la disparition totale de notre cellule. J’avais demandé qu’elle soit réunie afin que je puisse voir les copains. Brunstein qui s’occupe de cette cellule m’a dit : “les copains ne viennent plus”. Il faut par tous les moyens que l’on mette fin à cette situation ; c’est par le canal du syndicat et de la conférence des caoutchoutiers en premier lieu que l’on va accentuer le travail dans cette usine. En mars 1933, Dupuy, envoyé par le CC, note le rapport vide fait par Brunstein lors du Comité Régional. Berlin est alors désigné nouveau responsable politique du Parti dans le département, aidé par un secrétariat collectif où Brunstein est en charge de l’organisation.

Brunstein participa aux travaux du VIIe congrès national du Parti communiste de mars 1932. Il avait été envoyé un temps à Alès comme secrétaire de rayon, mais il fut relevé de ses fonctions au bout de deux mois et fit à son retour une dépression assez longue. Il fut aide-charpentier et participa à une grève du bâtiment dirigée par les anarchistes.

Candidat communiste aux élections législatives de 1928 et de 1932 dans la 2e circonscription de Clermont-Ferrand, il recueillit en avril 1928 4,7 % des voix des électeurs inscrits au premier tour et 2,6 % au second. Son score passa à 5,1 % en mai 1932.

Personnalité contestée, considéré comme de tendance anarchisante par les uns, « de brave garçon, bon orateur, mais qui manquait d’envergure » par d’autres, il avait une pratique certaine de la lutte ouvrière que lui avaient conférée son expérience syndicale et son passage à l’École centrale du PC de Bobigny en 1924.

_A l’automne 1934, le Comité Central impose le retrait de la candidature de Henri Pranchère aux prochaines cantonales. Ce dernier démissionne alors, bientôt suivi par Brunstein et Ollier. Une commission d’enquête du Comité Central accuse ces hommes d’avoir formé un « groupe » et prononce le 6 janvier 1935 l’exclusion définitive de Pranchère tandis que Brunstein est exclu pour un an, le 15 décembre 1934, sanction ramenée à six mois. On lui reprochait notamment « son appréciation sur le régime intérieur du Parti, il accuse sa direction de prendre des policiers comme homme de confiance, tels que Marion et autres ».
Accusé d’avoir formé un « groupe » avec ses amis Marcel Souchal et Pranchère* à la tête de la Région Auvergne, il fut remplacé par Berlin* comme secrétaire de région.

En 1935, il trouva du travail à l’aciérie des Ancizes près de Clermont-Ferrand mais « se tint avec soin hors du mouvement social ». Toutefois pendant l’Occupation, il prit position contre la Charte du travail de Pétain et participa à une manifestation d’usine contre le STO.

Il se retira ensuite à Saint-Omer et abandonna définitivement toute action militante « fatigué d’être sur les listes noires des uns et des autres ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article1621, notice BRUNSTEIN Gaston par Jean-Pierre Vaudon, Claude Pennetier, Eric Panthou, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 25 novembre 2020.

Par Jean-Pierre Vaudon, Claude Pennetier, Eric Panthou

SOURCES : RGASPI, 495 270 791. — Arch. Nat. F7/13130. — Arch. Dép. Puy-de-Dôme M 05420. — Le Cri du peuple 1927-1934. — Lettre de G. Brunstein à Jean-Pierre Vaudon. — A. Kurella, Notre génération léniniste, 1925 (autobiographie en russe, traduction Macha Tournié).-Fonds de la direction du Parti Communiste Français : 1933 cote 517_1_1529. Rapport sur le Comité Régional de la Région d’Auvergne, 20-21 juin. Signé Laroulandie. Fonds de la direction du Parti Communiste Français :1933 cote 517_1_1529. Région d’Auvergne, Comité Régional élargi du 19 mars 1933. Rapport du camarade Dupuy. Caroline Spina, Le Parti communiste du Puy-de-Dôme dans l’entre-deux-guerre, mémoire maîtrise Histoire, Université Clermont 2, 1993. — Généanet.

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