BENOIST Daniel, Jean-Marie, Georges

Par Gilles Morin

Né 9 février 1908 à Paris (XVe arr.), mort le 3 mai 2004 à Nevers (Nièvre) ; médecin chirurgien gynécologue ; militant et élu socialiste de la Nièvre ; maire de Luzy (1953-1971) puis de Nevers (1971-1983), sénateur (1963-1967) puis député de la Nièvre (1967-1982), conseiller général de Luzy puis de Nièvre-rural (1953-1981) ; secrétaire d’État aux Personnes âgées (1982-1984) ; conseiller économique.

Daniel Benoist
Daniel Benoist
Sénat

Fils d’un directeur des hôpitaux publics de Paris de tendance républicaine et radicale et d’une mère catholique très pratiquante mais tolérante, Daniel Benoist naquit à l’hôpital Necker. Il commença ses études au Lycée Henri IV, les poursuivit au collège Sainte-Barbe, les acheva à la Faculté de médecine de Paris. Docteur en médecine, il fut externe puis interne des hôpitaux de Paris à l’hôpital Saint-Joseph. Il fit son service militaire de 1930 à 1931 comme médecin capitaine honoraire. Chirurgien gynécologue, directeur de clinique à Luzy, de 1938 à 1970, chef de service des hospices civils d’Autun, il exerça jusqu’en 1973.

Daniel Benoist adhéra à la SFIO en 1936, à la veille de la victoire du Front populaire, directement à la section adulte. Il avait épousé Odette Bramard le 14 décembre 1934. Le père de celle-ci, Émile Bramard, conseiller général socialiste du canton de Luzy depuis 1923, chirurgien dans cette commune, le prit comme assistant. Plus tard, il devait lui succéder en politique dans son canton.

Daniel Benoist, mobilisé à l’hôpital militaire d’Orléans en 1939, suivit le repli des troupes en déroute vers le Sud où il se trouvait lors de sa démobilisation après l’armistice. Il repassa clandestinement la ligne de démarcation. Il fut un résistant très engagé, s’intégrant au réseau Buckmaster, puis participant à la constitution d’un maquis « Louis » dans la région de Luzy. Il raconta, en 2000, son expérience dans Mémoires de lui et de moi, où il donna par ailleurs sa version de ses relations avec François Mitterrand*.

La première intrusion du docteur Benoist dans la vie politique du département de la Nièvre semble avoir été sa candidature pour la SFIO aux élections sénatoriales du 7 novembre 1948. L’année suivante, on le repère comme secrétaire de section de Luzy et comme membre de la commission administrative fédérale en septembre 1953 et 1954.

Daniel Benoist obtint son premier mandat électif en étant élu maire de Luzy en avril 1953. Il fut réélu à deux reprises, en mars 1959 et mars 1965. Puis, il fut élu conseiller général du canton de Luzy, le 24 avril 1955, réélu en 1961 et 1967. Il présida la commission des Finances de l’Assemblée départementale à partir de 1958. En 1961, il pouvait constater le quasi-achèvement de l’adduction d’eau des communes du canton et prévoyait que l’électrification serait parachevée en 1963. Il présidait depuis deux années le syndicat d’électrification des communes. Le 12 mars 1972, il se présenta à une partielle dans le canton de Nevers après le décès de Bernigaud* et fut élu conseiller général de celui-ci (avec 44,9 % des voix au premier tour et 70 % au second). En 1973 et 1979, il était réélu dans ce canton rebaptisé Nevers-rural. Il était président de la commission des Finances de l’Assemblée départementale en 1974. En 1964, il était désigné membre de la commission du développement économique régional de Bourgogne.

Candidat successivement aux élections législatives du 2 janvier 1956, à la partielle de mars 1958 et aux élections législatives des 23 et 30 novembre 1958, il se présenta à cette dernière dans la 3e circonscription de la Nièvre contre François Mitterrand. Il mena une campagne très dure contre lui, avec notamment un numéro du Progrès social du 14 novembre 1958 qui envenima leurs relations. Il devança Mitterrand d’un millier de voix au premier tour (avec 8 774 voix contre 7 768 au leader de l’UDSR, 12 940 au représentant de l’UNR et 6 178 au communiste Bussière).Le Progrès social du 27 novembre, rappelant le désistement de Benoist pour Dubois lors de la partielle de mars 1958, titrait sa deuxième page faite pour être affichée « de la francisque à l’extrême gauche, buvant le calice jusqu’à la lie, Mitterrand le déloyal va au comble de l’abjection ». Au 2e tour, Daniel Benoist et François Mitterrand se maintinrent, le communiste se retira et l’UNR l’emporta dans la triangulaire, avec 15 318 voix, contre 12 219 à Mitterrand et 10 489 à Benoist.

L’année suivante, le 26 avril 1959, Benoist fut candidat aux sénatoriales et obtint 198 voix au premier tour, sur 744 inscrits et 717 exprimés. Au deuxième tour, il rassembla 256 voix, le siège allant à François Mitterrand qui réintégrait ainsi le Parlement après avoir perdu en novembre précédent son siège de député. Dans la SFIO, le docteur Benoist se situait dans le courant minoritaire lors du congrès de 1959, appuyant le texte d’Albert Gazier*. Il espérait le retour au parti des scissionnistes qui avaient fondé le Parti socialiste autonome.

Aux législatives de novembre 1962, Daniel Benoist, obtint 7 068 suffrages, mais fut devancé par Mitterrand, 10 385, soit plus de 3 000 voix au premier tour. Il se désista au second en sa faveur et Mitterrand fut élu. Leur affrontement était achevé.

Daniel Benoist était président de l’Association départementale des Élus socialistes et sympathisants de la Nièvre en 1958 et 1972 et présenta le rapport sur les communes rurales aux journées d’études sur les questions municipales et le logement, tenues par la SFIO à Puteaux les 26 et 27 octobre 1960. Il était par ailleurs délégué cantonal de l’Éducation nationale en 1962.

Daniel Benoist devint sénateur, en 1963-1967. Il était élu le 24 février 1963, en remplacement de François Mitterrand qui avait reconquis un siège à l’Assemblée. Il fut réélu le 26 septembre 1965. Il obtient 270 suffrages sur 746 inscrits et 733 exprimés au premier tour, 494 voix au second.

Pour les législatives du 12 mars 1967, le docteur Benoist se présenta avec succès à la députation sous l’étiquette de la FGDS dans la 1re circonscription de la Nièvre, abandonnant définitivement la troisième au président de la FGDS. Il fut réélu régulièrement jusqu’en 1981. En 1968-1969, il était membre du bureau du groupe de la FGDS. Le 4 avril 1972, il était désigné comme vice-président de l’Assemblée. Réélu en 1973, il appartenait au bureau du groupe du PS et des radicaux de gauche. Membre du bureau du groupe socialiste en 1978. En 1979, désigné comme membre de la commission d’enquête sur les conditions de l’information publique. En 1974-1982, il appartenait à la puissante commission des Finances, de l’économie générale et du plan et fut rapporteur spécial de différents budgets, des journaux officiels et du conseil économique et social en 1974, du commerce extérieur en 1976, de la Solidarité nationale (Santé) en 1981.

En 1971, François Mitterrand lui demanda de prendre la place de maire de Nevers. Son fils, Alain lui succéda alors à la mairie de Luzy, mais échoua dans la tentative de conserver le siège de conseiller général le 11 juin 1972 et il devait décéder dans un accident de la route trois ans plus tard. Daniel Benoist, lui, fut maire PS de Nevers en 1971-1983, élu à la tête d’une liste comprenant 11 socialistes, 11 communistes, onze conventionnels. Il était par ailleurs secrétaire de la fédération socialiste de la Nièvre en 1974.

Désigné comme vice-président du conseil régional de Bourgogne en 1973, il démissionna de cette fonction le 28 janvier 1981, à la suite du refus de la majorité d’accorder un poste à Pierre Joxe à la commission des Finances du conseil. Réélu au conseil régional en 1982. Président de l’union amicale des maires de la Nièvre de 1963 à 1982, et du syndicat à vocation multiple de la région de Nevers en 1973-1983.

Daniel Benoist appuya la candidature de Michel Rocard* pour la désignation du candidat socialiste aux présidentielles en 1981.

Le 8 décembre 1982, âgé de soixante-quatorze ans, Daniel Benoist fut nommé secrétaire d’État aux personnes âgées auprès du ministre des Affaires sociales et de la solidarité nationale (Pierre Bérégovoy*) dans le troisième cabinet Mauroy. Doyen du ministère, il conserva cette fonction jusqu’au 16 juillet 1984. Il avait accepté de prendre sur sa liste Pierre Berégovoy pour les municipales de 1983. Le 26 septembre 1983, il céda son mandat de maire de Nevers à son premier adjoint, Pierre Bérégovoy, devint l’adjoint de ce dernier et ne se représenta plus aux cantonales de 1985. Puis il fut conseiller économique d’août 1984 jusqu’en 1990.

Dans ses mémoires, explicitant leur titre Mémoire de lui et de moi, il définissait ainsi ses relations avec François Mitterrand : « Pendant un quart de siècle, nous nous sommes d’abord opposés. Puis nous nous sommes observés. Enfin nous avons composé pour “tenir la Nièvre”. À nous deux. »

Mais nous n’avons jamais été amis. Moi c’était moi. Lui, c’était lui ».

Marié à Odette Bramard, il était père de quatre enfants.

Chevalier de la Légion d’honneur, il était aussi Croix de guerre 1939-1945, médaille de combattant volontaire de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16255, notice BENOIST Daniel, Jean-Marie, Georges par Gilles Morin, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 7 juin 2021.

Par Gilles Morin

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ŒUVRE : Mémoire de lui et de moi, Éditions du Terroir, 2000, 207 p.

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/205 ; 278 ; 305 ; 313 ; 450 ; 703 ; 706. CAC, 19830172, art. 85. — Arch. FJJ/6EF73/1. — Ministère de l’Intérieur, Les Élections législatives (1956 à 1973), La Documentation française. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Arch. OURS, dossiers Nièvre. — Sénat, Notices et Portraits 1963, Imprimerie nationale, mars 1963. — Journal du Centre, 4 juillet 2000. — Notes de Jean Battut. — Who’s who. — Recherche socialiste, n° 27, juin 2004.

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