BENOT Yves [HELMAN Édouard, dit]

Par René Lemarquis

Né le 23 décembre 1920 à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne), mort le 3 janvier 2005 à Paris (XIVe) ; professeur de français, historien et journaliste ; auteur de travaux de référence sur l’Afrique ; historien de l’esclavage et de la colonisation.

Le père d’Yves Benot était médecin. Ses parents, juifs roumains réfugiés en France, furent déportés le 29 octobre 1943 à Auschwitz où ils furent gazés. Édouard Helman gagna alors la France libre à Londres avec Armand Gatti.

À son retour, il se lia au milieu des surréalistes. Il fut enseignant en français et, connaisseur de Marx, il s’engagea dans le mouvement communiste à l’époque de la guerre froide, par opposition à l’impérialisme américain qu’il considérait comme le danger principal. Il publia alors, sous le nom de plume d’Yves Benot qu’il conserva par la suite, quelques articles dans La Nouvelle critique de 1953 à 1955 (« Lumières nouvelles sur le XVIIe siècle, polémique autour de Rabelais, la "Littérature dégagée". ») puis des textes sur Rimbaud et sur Diderot dans La Pensée en 1954 et 1958, ainsi que dans Europe où il écrivit plusieurs articles d’histoire littéraire de 1953 à 1955. Il enseigna alors au Maroc, tout en écrivant des articles pour le journal de la CGT marocaine (Le Petit Marocain), ainsi qu’aux Nouvelles marocaines. De 1953 à 1956, il écrivit aussi pour le journal vespéral du PC, Ce Soir, et dans Les Lettres françaises.

En 1959, lorsque Sekou Touré, résistant à De Gaulle, fit voter « non » au référendum sur la Constitution de la Ve République et proclama l’indépendance de la Guinée, Yves Benot partit dans ce pays où il enseigna à Konakry jusqu’en 1960, puis gagna le Ghana où il fut directeur adjoint de l’Institut des Langues à Accra jusqu’en 1964. Il s’intéressait alors à Kwame Nkrumah pour ses idées sur l’unité africaine. Ce séjour africain amena Benot à étudier et approfondir les problèmes politiques des pays africains après l’indépendance.

De retour en France, il fut nommé professeur de français au lycée de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Persuadé que « pour comprendre sans a priori ce qui, en Afrique, diffère de l’ordinaire des systèmes euro-américains, il faut en connaître les idéologies dirigeantes et populaires, les réalités économiques et sociales… et les ambitions culturelles » (D. C. Martin), il écrivit deux ouvrages parus aux éditions Maspero : Idéologie des indépendances africaines (1969) et Indépendances africaines ; idéologies et réalités (1975). Il estimait l’économiste Samir Amin et son petit essai de 1973, Qu’est-ce que le développement ? exposait avec vigueur ce qui n’était pas le sous-développement tel qu’il était alors le plus souvent présenté. Après Montreuil, il fut nommé au lycée de Châteaudun (Eure-et-Loir), mais il n’appréciait pas son éloignement de Paris.

L’Afrique fut encore l’objet d’une contribution au Livre noir du colonialisme dirigé par Marc Ferro en 2003. Il avait également publié en 1989 Les députés africains au Palais-Bourbon et La mort de Lumumba (Éditions Chaka) . Il collaborait au magazine Afrique-Asie. En 1994 paraissait, préfacé par François Maspero, Les massacres coloniaux sous la IVe République.

Dès 1970, l’intérêt d’Yves Benot s’était porté sur les origines de la colonisation et de l’esclavage. Connaisseur de Diderot, auquel il avait consacré deux ouvrages aux Éditeurs Français Réunis en 1958 et 1960, il fit paraître en 1970 Diderot de l’athéisme à l’anticolonialisme (Éd. Maspero, 1970). Puis il se consacra à l’étude de la politique de la Révolution et de l’Empire aux colonies dans trois ouvrages : La Révolution et la fin des colonies (1957), La démence coloniale sous Napoléon (1992), tous deux à La Découverte, et La Guyane sous la Révolution (L’Ibis Rouge, 1987). Par ailleurs, un texte du Livre noir du Colonialisme, « La destruction des Indiens de l’aire Caraïbe », montrait comment « les populations originelles ont été sans doute éliminées pour n’avoir pas eu en partage cette idéologie du travail qui est ce que l’on appelle civilisation ». En 1991, il participa à la fondation de l’Association pour l’étude de la colonisation européenne, 1750-1850, qu’il présida jusqu’à son décès. L’APECE se donnait pour objectif de réintégrer l’histoire de l’esclavage et des abolitions dans l’histoire générale du Siècle des Révolutions (M. Dorigny). Sa dernière œuvre, parue en 2003 : La modernité de l’esclavage. Essai sur l’esclavage au cœur du capitalisme, rassemblait dans une synthèse tous ses apports en montrant le rôle de l’esclavage et du colonialisme dans notre système capitaliste dont ils sont les fondements toujours présents malgré la transformation de ce système.

Yves Benot traduisit des ouvrages sur Le Ghana de Nkrumah et L’Histoire du mouvement noir aux États-Unis (Maspero édit.) et sur L’Impasse du Monde arabe (l’Harmattan). Il participa par ailleurs aux grands mouvements politiques et sociaux de son temps, même si ses engagements partisans furent éloignés de toute obéissance inconditionnelle. Son indépendance et sa rigueur intellectuelle le tenaient en dehors de tout le conformisme qui caractérise parfois une « carrière ». Militant syndical, il abandonna après quelques semaines les responsables du SNES du lycée de Montreuil. Dans ses rapports avec l’administration, il gardait cette indépendance d’esprit, n’hésitant jamais à « appeler un chat, un chat », ce qui nécessitait souvent un certain courage. Yves Benot disparut au moment où les problèmes de l’esclavage revenaient en force dans les débats de société.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16278, notice BENOT Yves [HELMAN Édouard, dit] par René Lemarquis, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 10 octobre 2021.

Par René Lemarquis

ŒUVRE : Dans la présentation par Roland Desne et Marcel Dorigny du recueil de textes d’Yves Benot réunis dans Les lumières, l’esclavage, la colonisation (La Découverte, 2005, 336 p.) figure la liste quasi exhaustive de ses publications. Les ouvrages cités dans la notice.

SOURCES : Notice de Marcel Dorigny, Le Monde, 8 janvier 2005. — Notice de Denis-Constant Martin, Politis, 20 janvier 2005. — Souvenirs personnels.

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