BERCHOUD Micheline ; BERCHOUD René

Par Jean Charles

BERCHOUD Micheline, née RAGUIN le 12 décembre 1933 à Besançon (Doubs) ; enseignante ; militante du MLP, de l’UGS, puis du PCF.
BERCHOUD René, né le 4 septembre 1931 à Lyon (Rhône), mort le 21 juin 1999 à Lyon ; enseignant ; militant du MLP ; fondateurs du Centre culturel populaire Palente-les-Orchamps (CCPPO), la plus importante association culturelle à Besançon.

Pol Cèbe et René Berchoud dans le 1er local du CCPPO à la MJC de Palente

Micheline Raguin est issue d’une famille de Besançon comptant sept frères et sœurs. Son père Camille était chauffeur mécanicien, et sa mère Gabrielle Faivre fut d’abord ouvrière dans l’usine de confection Weil, puis éleva ses enfants. Les parents n’étaient pas militants, mais proclamaient avec fierté leur appartenance ouvrière. Ils étaient chrétiens sans être vraiment pratiquants et Micheline, étudiante, se sentit proche de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC). Elle passa la guerre dans le Loir-et-Cher puis à Colombes (Seine).
Reçue au concours d’entrée à l’École normale en 1949, Micheline Raguin prépara ensuite le concours à l’ENS au lycée Jules Ferry à Paris. Elle revint à Besançon en 1954, occupa divers postes d’institutrice et prit quatre ans de congé pour élever ses quatre enfants. Elle reprit des études à la faculté de Besançon en 1965. Admise au CAPES de lettres modernes en 1968, elle enseigna ensuite à Montbéliard puis à Besançon, avant de rejoindre, jusqu’à sa retraite, le lycée Gérard Philippe à Bagnols-sur-Cèze (Gard).
Micheline Raguin assista au congrès mondial de la paix en décembre 1952. Elle fut choisie, entre autres, parce qu’elle n’était pas communiste. C’est lors du compte rendu de ce congrès présenté à l’ENSET à Lyon qu’elle rencontra René Berchoud. Ils se marièrent religieusement le 19 avril 1954.
Micheline Berchoud appartint successivement au MLP, à l’UGS puis, de mai 1968 à ce jour (décembre 2003), au PCF. Elle fut par ailleurs membre du Mouvement de la Paix et du MRAP. Sur le plan syndical, Micheline fut secrétaire du SNES dans son lycée de Bagnols-sur-Cèze et membre de la commission académique à Montpellier de 1974 à 1987.
René Berchoud était le fils d’André, mécanicien dans sa jeunesse, qui, après une blessure en Syrie, travailla comme commis aux écritures à la mairie de Tarare (Rhône). Sa mère, Élise Queyroud, sans profession, éleva leurs trois enfants. Le père était catholique par habitude, tandis que sa mère était davantage pratiquante. René Berchoud fut ainsi « Cœur vaillant » au patronage, mais son grand-père récitait à chaque Nouvel An « La grève des forgerons ».
Après l’obtention du baccalauréat au lycée de Tarare, René Berchoud prépara à Lyon l’école normale supérieure de l’enseignement technique. Il y passa quatre ans de 1951 à 1954, puis fut nommé à la rentrée de 1954 au lycée de Montbéliard. Il enseigna ensuite au tout nouveau lycée du quartier de Palente à Besançon.
À la question des appartenances politiques, René Berchoud répondit : « J’ai envie d’écrire : je n’ai appartenu à aucun parti (Un fond anar !) j’ai adhéré au MLP parce que c’était modeste et parce que j’y trouvais des gens comme ceux dont j’étais issu ; puis au PCF pour ne pas me séparer de Micheline ». Il quitta ce parti lors de la candidature de Georges Marchais* à la présidence de la République en 1981. Il fut également membre du SNET puis secrétaire du SNES dans son établissement.
Micheline et René Berchoud furent surtout des militants associatifs culturels de premier plan.
Leur expérience se déploya dans un quartier nouveau de Besançon, Palente-les-Orchamps, où le couple emménagea fin 1958. Là coexistaient des blocs, hâtivement construits mais neufs, où affluaient avec bonheur des ouvriers sortants des taudis de la ville et des campagnes voisines, et de petites maisons, « les castors », construites collectivement par leurs habitants. En 1960, ce quartier comptait environ 15 000 habitants, des jeunes ménages surtout, soit un sixième de la population bisontine. C’est de « la conjonction de ce quartier sans âme, mais avec une vraie richesse de ses habitants, et de personnalités diverses et complémentaires qu’est né le CCPPO » (Micheline Berchoud).
La rencontre des Rolland, des Berchoud et de Pol Cèbe, ouvrier chez Mischler puis à la Rhodia-Ceta, fut décisive. Cette amitié entre ouvriers et enseignants permit l’émergence d’un centre culturel sans équivalent. En effet, peu après leur emménagement dans ce quartier, les Berchoud rencontrèrent le couple Rolland : « Maxime était menuisier, ancien militant ACO et militant CFTC. Il a participé activement aux maisons-castors et en habitait une au cœur du quartier. Il connaissait tous les castors, des ouvriers pour la plupart. Lucienne, sa femme, restait au foyer pour élever leurs quatre enfants, mais selon ses disponibilités, elle participait aux activités sur Palente, en particulier à l’Association familiale ouvrière qu’ils avaient créée. Cette association, issue du MLP, organisait des services collectifs de machines à laver, des achats groupés de charbon ou des premières cocottes-minute » (Micheline Berchoud).
Les débuts furent modestes. Dans la foulée de quelques tentatives antérieures - projections dans la salle de bal du café le moins éloigné de la cité, soirées lectures, style « Peuple et Culture »-, ces quatre militants organisent en juin 1959, dans la salle des fêtes à peine ouverte, une exposition de reproduction de tableaux - Manet, Van Gogh, Braque et Picasso. L’ouverture pendant dix jours de 13 à 23 heures, avec trois soirées photographiques et une soirée avec un peintre, draina plus de mille personnes. Un questionnaire rempli par plus de 500 visiteurs, demandait quelles autres manifestations étaient souhaitées et révélait aussi une forte proportion d’ouvriers et de ménagères. Le but premier était atteint et le Centre culturel populaire de Palente-Les Orchamps (CCPPO) naissait en septembre 1959.
En 1964, vint l’idée d’associer syndicats et partis de gauche à l’aventure. Ainsi le conseil d’administration fut-il composé de représentants de la CGT, CFDT, FO, UNEF, FEN, PCF, PSU... Ceux-ci assistaient plus ou moins régulièrement aux réunions qui décidaient des formes de diffusion populaire de la culture. Dans l’immédiat, les animateurs ne prirent pas de contact avec la SFIO, qui dirigeait la municipalité.
Le CCPPO organisa durant les deux premières années plus d’une manifestation par semaine. La plupart des activités étaient gratuites, mais quand elles dépassèrent le cadre du quartier et devinrent des manifestations culturelles de haut niveau, les militants ouvriers plaçaient des billets dans leurs entreprises au prix dérisoire d’un franc pour le cinéma et de trois francs pour le théâtre. Patrice Chéreau vint présenter une pièce de Marivaux au théâtre municipal en décembre 1967, « non sans engueulades tonitruantes », « la tendance esthétisante » de René Berchoud et celle « Jdanov de province » de Cèbe se heurtant notamment pour savoir si Chéreau était bon pour la classe ouvrière » (René Berchoud). C’est le plus grand mérite des Berchoud que d’avoir su s’adresser en matière culturelle à des ouvriers et de les avoir transformés en militants diffuseurs de culture.
On pourrait croire que cette entreprise était une affaire d’hommes. Il n’en était rien. Dans la cité, on disait toujours « les Cèbe », les « Rolland » et « les Berchoud ». Par exemple, Micheline n’eut jamais de responsabilités « officielles » au sein du CCPPO, mais elle participait constamment à la direction collégiale et aux « relations publiques ». Et René de surenchérir : « C’est elle la vraie militante : syndicale, politique et tous azimuts en général. L’âme du pantin, c’était Micheline ! »
De la naissance du CCPPO jusqu’à son départ de Besançon en septembre 1973, René Berchoud en fut constamment le secrétaire. Il fut ensuite « rhapsode » - selon son expression - du groupe « Ça ira » de Bagnols-sur-Cèze de 1973 à 1983, puis « érudit local d’un patelin perdu de la Loire et parfois animateur de jeunes à la paroisse, mais ça sentait le moisi comme le parti » (René Berchoud).
Le CCPPO fut par définition une œuvre collective. On aurait donc tort d’en accorder la paternité à tel ou tel. Aussi les auteurs de cette notice renvoient à la notice Pol Cèbe*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16305, notice BERCHOUD Micheline ; BERCHOUD René par Jean Charles, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 21 décembre 2019.

Par Jean Charles

Pol Cèbe et René Berchoud dans le 1er local du CCPPO à la MJC de Palente

SOURCES : Archives du CCPPO, rue Gounod à Besançon. — René Berchoud, Pol Cèbe, « La peinture, pour quoi faire ? (Musée populaire à Palente) », Affrontements, n° 11, décembre 1959. — Berchoud René, « Une tentative d’animation d’un quartier neuf », Affrontements, n° 16, juillet 1961. — Berchoud René, La Révolution à Néronde et dans les monts du Matin, Éditions Claude Bussy promotions Berchoud, deux volumes, vol. 1, 1988, vol. 2, 1989. — Berchoud Micheline, « La véridique et fabuleuse histoire d’un étrange groupuscule : le CCPPO », Les Cahiers des Amis de la Maison du Peuple, n° 5, mars 2003, Besançon. — Les Groupes Medvekine, CD-Rom et brochure, Éditions Montparnasse, 2006. (À la demande de Michèle et René Berchoud leurs deux itinéraires ont été traités en une seule biographie). — "Il ya 60 ans naissait le CCPPO", Les amis de la Maison du peuple et de la mémoire ouvrière de Besançon, N°124, décembre 2019.

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