COENEN Louis.

Par Jean-Paul Mahoux

Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 24 février 1881 – Schaerbeek (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 28 août 1965. Ouvrier puis employé dans le secteur de l’alimentation, militant socialiste, syndicaliste, dirigeant national des Jeunes gardes socialistes puis du Parti ouvrier belge, bourgmestre socialiste de Saint-Gilles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale).

Fils de Jean Coenen, treillageur, et de Marie Stas, Louis Coenen naît rue Haute, dans le quartier populaire des Marolles. Douzième enfant d’une fratrie qui en compte treize, il perd son père à l’âge de trois ans. Sa mère assume dès lors la charge de ses treize enfants. Louis Coenen fréquente l’École communale n° 7. Élève bien noté, il devient aide-bibliothécaire à la bibliothèque populaire de son quartier. À treize ans, il devient apprenti dans un atelier de confiserie. Issu d’une famille illettrée, il complète son instruction en suivant des conférences et en fréquentant les cours du soir. De 1894 à 1898, Louis Coenen est employé à la confiserie M. Schreven. Il est ensuite commis voyageur chez le négociant, E. Mattelyn.

Louis Coenen milite à la Société des confiseurs, syndicat fondé en 1885 et affilié au Parti ouvrier belge (POB). En 1898, il devient secrétaire de la Section des adhérents nouvellement fondée. C’est probablement par ce biais que Coenen, issu d’un milieu catholique, s’initie au socialisme. En 1899, il est délégué de son syndicat au Congrès du POB au cours duquel il présente un rapport sur les sections d’adhérents.

L’action syndicale de Louis Coenen se double d’un engagement politique. Il est secrétaire de la Fédération bruxelloise des Jeunes gardes socialistes (JGS). Il est aussi secrétaire du Conseil général des JGS, au sein duquel il représente sa fédération, de 1899 à 1907 et trésorier de La Jeunesse socialiste internationale en 1901.

Membre du conseil d’administration et de rédaction des deux journaux, Le Conscrit et La Caserne, Louis Coenen devient une figure marquante de l’antimilitarisme du début du XXe siècle. Comme tous les membres du Conseil général des JGS, il est poursuivi par le Parquet de Bruxelles en raison d’une campagne d’affichage protestant contre le système du tirage au sort en 1904. L’affaire aboutit à une ordonnance de non-lieu. Par contre, l’article, Aux miliciens, paru à la une d’un numéro spécial de La Caserne (tiré à 100.000 exemplaires, diffusé à la fin de 1904, entraîne Louis Coenen sur les bancs de la Cour d’assises du Brabant. Cet article non signé, dont il assume la responsabilité, condamne le tirage au sort et appelle les soldats au refus d’obéissance en cas d’utilisation de la troupe lors de la répression des grèves. L’acte d’accusation y voit une atteinte publique à la force obligatoire des lois organiques de l’armée. La portée politique du procès est d’autant plus évidente que Coenen représente les JGS au Bureau du Conseil général du POB depuis 1903. Il est habilement défendu par les avocats, Émile Royer* et Charles Gheude*, qui font appel aux témoignages des leaders socialistes, Gustave Serwy* et Antoine Delporte. Louis Coenen est acquitté le 6 février 1905, à l’unanimité du jury. Ce procès contribue largement à sa popularité grandissante au sein des JGS et du POB bruxellois.

Louis Coenen, que Louis de Brouckère* et Louis Bertrand surnomment « le poulbot » ou le « gavroche », abandonne son travail dans la confiserie en 1904 pour entrer au service Publicité du journal, Le Peuple. Le 15 juin 1911, il succède à J. Bernaerts* comme (à la tête de l’imprimerie du peuple ?) imprimeur (?) du journal du POB. Un an plus tard, il est nommé éditeur responsable de L’Action syndicale et du Peuple, poste qu’il occupe jusqu’en 1940. Cette dernière fonction lui occasionnera de nouveaux démêlés avec la Justice.

Sur le plan politique, Louis Coenen s’engage à Saint-Gilles et par ses activités au sein du mouvement socialiste clandestin durant la Seconde Guerre mondiale.

Élu conseiller communal pour la première fois le 15 octobre 1911, Coenen est très actif dans l’organisation du soutien de la population saint-gilloise au cours de la Première Guerre mondiale. Il seconde l’échevin, Antoine Delporte, au sein de la section locale du Comité de secours et d’alimentation. Il siège au conseil d’administration du Foyer des orphelins de guerre et au Comité des magasins communaux qui occupent près de 500 personnes. On le retrouve également à l’Œuvre des orphelins de guerre et à l’Œuvre du sou. Il poursuit ses activités politiques en organisant les réunions clandestines de la Ligue ouvrière de Saint-Gilles, interdites par l’occupant allemand.

Moins d’un an après l’Armistice, Louis Coenen remplace Antoine Delporte, décédé le 11 octobre 1919, à l’échevinat des Travaux publics, mandat qu’il occupera jusqu’en 1947. Il participe à l’administration du Foyer saint-gillois, de la Compagnie intercommunale des eaux et de l’Union des villes et des provinces. Il préside la Commission d’appel auprès de la Commission d’assistance publique (CAP - avant 1925, Bureau de bienfaisance). Louis Coenen est aussi vice-président de l’Office intercommunal d’orientation professionnelle et administrateur de la Société mutuelle des administrations publiques.

Doyen d’âge au conseil communal, Louis Coenen exerce la charge mayorale à deux reprises : d’avril à octobre 1929, en remplacement du libéral Bréart, démissionnaire, et en 1946, en raison de la maladie du libéral, A. Diderich. C’est suite au décès de ce dernier que Coenen est nommé bourgmestre par l’arrêté royal du 4 février 1947. Il occupe ce mandat jusqu’en 1952 et le cumule avec les charges des Affaires générales, de la Police, de la Régie, des Beaux-Arts et de l’Instruction publique. Grâce à son action, le paysage urbain de Saint-Gilles se transforme : rénovation de l’avenue du Parc et de la place Loix, électrification progressive de l’éclairage publique, aménagement d’espaces verts. Son nom est attaché à la fondation de l’école communale de plein air La Roseraie, située sur le territoire d’Uccle (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale). Au final, Louis Coenen siègera au conseil communal jusqu’en 1959, année de sa retraite politique.

De 1940 à 1945, Louis Coenen joue un rôle important au sein du mouvement socialiste clandestin. Lors de la débâcle de 1940, il demeure en Belgique pour s’occuper des locaux du Peuple, à la demande d’Arthur Wauters. Cependant, l’accès à ces locaux, situés rue des Sables, lui est interdit par l’occupant allemand. Fort de son droit de veto d’éditeur responsable, Coenen est de ceux qui empêchent Henri De Man* de faire reparaître Le Peuple sous le couvert des autorités d’occupation. Selon Henri Rollin*, le refus obstiné de Louis Coenen lors de la réunion convoquée par De Man à la maison de la Mutualité en juin 1940 est déterminant.

En juillet 1940, Louis Coenen apporte son concours à Camille Van Euckem* pour la parution du premier numéro du Peuple clandestin. Il rejoint ensuite Léon Delsinne* à l’École ouvrière supérieure (EOS) d’Uccle, siège de la rédaction du Peuple clandestin. Il participe également à la diffusion de La Voix des Belges et du faux Soir.

À l’instar de Léon Delsinne*, Louis Coenen est un élément modérateur (médiateur ?) (il faudrait peut-être expliquer en quoi car pour moi, ce n’est pas clair ?) de l’activité socialiste clandestine. Aux côtés de Louis Major*, il organise les réunions secrètes du parti, d’abord à son domicile de la chaussée de Waterloo, puis au siège de la Justice de paix de Saint-Gilles. D’après le témoignage de L. Major, Coenen contribue largement à la liaison entre les activités des socialistes bruxellois, wallons et flamands.

Démis de ses fonctions scabinales par les Allemands lors de la constitution du Grand Bruxelles le 27 septembre 1942, Louis Coenen participe à la fondation d’une caisse d’entraide pour les mandataires communaux touchés par la même mesure. Il fait aussi partie du groupe Socrate, une organisation d’aide aux réfractaires au travail obligatoire. Arrêté par la Gestapo, en même temps que trois résistants socialistes, M. Van Audenhove*, G. Gillis* et Joseph Bracops le 18 novembre 1942, Coenen est relâché suite à une erreur administrative quelques jours plus tard. Il échappe à la déportation à l’inverse de Bracops et Van Audenhove. L’attitude de Louis Coenen pendant l’Occupation sera récompensée par de nombreuses décorations belges et étrangères dont la Légion d’honneur, la médaille britannique du Roi et la décoration américaine Freedom.

Bien que n’ayant jamais été un véritable leader du POB - Parti socialiste belge (PSB), Louis Coenen en est un des artisans les plus efficaces pendant la première moitié du XXe siècle. Après sa retraite politique, Coenen et son épouse, Maria Carlens*, militante active au sein des Femmes prévoyantes socialistes, sont restés deux figures appréciées du milieu socialiste saint-gillois et plus largement du PSB.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article164106, notice COENEN Louis. par Jean-Paul Mahoux, version mise en ligne le 19 septembre 2014, dernière modification le 12 janvier 2020.

Par Jean-Paul Mahoux

SOURCES : Le procès de La Caserne, Bruxelles, 1905 – Le Peuple, 7 février 1905, pp. 1-2 (icono) ; 24 février 1951 ; 25 février 1954 (icono) ; 15 septembre 1955 (icono) ; 24 août 1965 (icono) ; 3 septembre 1965 ; 14 septembre 1965 – Le cinquantenaire du Peuple, Bruxelles, s.d., p. 36 (icono) – La Belgique active. Monographie des communes et biographie des personnalités. Province du Hainaut, Bruxelles, 1934, p. 123-124 (icono) – THUNS G., « Louis Coenen », L’Effort socialiste, numéro spécial, février 1937, p. 1-3 (icono) – Jubilé administratif de M. le bourgmestre Louis Coenen. 1912-1948, commune de Saint-Gilles, s.d. – La ligue socialiste de Saint-Gilles a 65 ans, Saint-Gilles, 1952, pp. 5, 10, 12 (icono) – ABS R., « Coenen Louis », dans Biographie nationale, vol. XLI, p.134-138 – MAJOR L., « Louis Coenen », Syndicats, 28 août 1965, p. 1-10 – FGTB. Rapport moral et administratif. 1965-1967, s.l., 1968, p. 35-36 – KESTELOOT C., Le mouvement socialiste clandestin à Bruxelles (1940-1945), Mémoire de licence ULB, Bruxelles, 1984-1985 – POB. Les fastes du parti socialiste 1885-1960, Bruxelles, s.d., p. 169 – KLIJN A., Arbeiders- of volkspartij. Een vergelijkende studie van het belgisch en nederlands socialisme. 1933-1946, Maastricht, p. 108.

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