LÉVI [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par François Fourn, Michel Cordillot

Communiste icarien, Lévi fut désigné pour faire partie de la première Avant-garde chargée d’aller fonder Icarie au Texas. Lors de son départ de Reims (Marne), avec Cardot, une centaine d’Icariens de la ville les accompagnèrent jusqu’au Pont-du-Maire où l’on se quitta « plein de satisfaction et d’espoir ».

Placé sous l’autorité de Gouhennant, le groupe quitta Le Havre le 3 février 1848. Au terme d’un long et éprouvant voyage, il rejoignit au Texas le site prévu pour l’installation de la colonie. Dès son arrivée, le 2 juin 1848, Lévi fit parvenir à son épouse un long récit détaillé de son voyage, accompagné d’une lettre très optimiste qui fut reproduite par Le Populaire. Il y racontait, jour par jour, les marches harrassantes qu’il avait fallu s’imposer pour rejoindre Sulphur-Prairie d’abord (dans son cas, du 8 au 21 avril), puis Icarie (soit, pour lui et ceux qui l’accompagnaient, du 21 mai au 2 juin), en se perdant sans cesse, en souffrant, sous des nuages de moustiques, de la chaleur accablante le jour, ou de pluies torrentielles la nuit, l’eau souvent jusqu’à la ceinture, les hautes herbes jusqu’aux épaules. Son texte, réellement impressionnant, témoignage émouvant du courage et de la détermination qu’il avait fallu aux Icariens pour seulement gagner Icarie, fut publié dans le journal de Cabet au moment où commençaient à s’organiser en France les premiers Grands Départs des familles. Sa publication marqua une rupture dans la propagande : jusque-là n’avaient été publiées que les lettres les plus enthousiastes ; après que celle-ci eut été rendue publique, il devint évident que Cabet voulait mettre en garde les candidats au départ contre les difficultés qui les attendaient, car beaucoup manifestant une précipitation excessive et inquiétante, ainsi qu’il l’écrivit explicitement à plusieurs reprises.

Lors de son passage à Shreveport (Louisiane), Lévi eut la surprise de retrouver un de ses cousins germains qui avait émigré aux États-Unis, et dont il fit selon ses dires « un bon Icarien ».

Imprudemment dirigée par Gouhennant, l’expédition au Texas tourna au désastre. À son arrivée sur le site de Sulphur-Prairie le 29 août, Favard, qui avait lui-même perdu en route la moitié des hommes qui l’accompagnaient, comprit que la seule solution pour sauver ceux qui pouvaient encore l’être était le repli. Les malheureux Icariens, malades, épuisés, mirent un grand mois pour atteindre Shreveport, et Lévi mourut durant le voyage.

Lévi avait tenu durant l’expédition un journal de marche, qui fut publié en 1880 par J.-B. Gérard dans son journal L’Observateur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article164288, notice LÉVI [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par François Fourn, Michel Cordillot, version mise en ligne le 21 septembre 2014, dernière modification le 21 septembre 2014.

Par François Fourn, Michel Cordillot

SOURCES : Le Populaire, 6 février, 13 février, 13 août 1848, 1er juillet 1849 entre autres ; L’Observateur, passim.

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