BERNHEIM Isaïe, Isidore

Par Daniel Grason

Né le 1er février 1869 à Paris (IIIe arr.), fusillé comme otage le 16 septembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; horloger ; socialiste.

Fils de Félix, relieur, et de Jeanne, née Grumbach, relieuse, Isaïe Bernheim épousa Flore Schwob, et le couple eut trois enfants : Marcel, Marthe et Fernande. Il était connu comme militant du Parti socialiste unifié, beau-père de Jean Goldsky du Bonnet rouge. Il fut secrétaire de la 3e section du Parti socialiste en 1913. Il vivait 5 rue des Quatre fils (IIIe arr.) jusqu’en 1934, puis il déménagea au 10 rue Jules-Verne dans le XIe arrondissement.
Plusieurs locataires se succédèrent dans l’appartement du IIIe arrondissement qui comprenait un grenier. Début septembre 1941, une nouvelle locataire, Gabrielle L., prit possession des lieux. Elle découvrit dans le grenier des clichés d’imprimerie, prit peur et les porta au commissariat Saint-Avoie. Elle déclara au commissaire qu’elle avait craint d’être fusillée. Lors de la perquisition du grenier, d’autres clichés en zinc furent saisis. Le commissaire les qualifia de « juifs et communistes ».
Isaïe Bernheim fut arrêté le 2 septembre 1941. Il resta dans les locaux de la police jusqu’au 4 septembre. Sur la feuille de journée du commissariat, il fut écrit qu’il était gardé à vue pour « propagande communiste et abus de confiance ». Des militaires allemands l’emmenèrent au camp de Drancy réservé aux Juifs, puis le 15 des soldats de la Wehrmacht l’emmenèrent à la prison du Cherche-Midi (VIe arr.) administrée par les autorités allemandes.
En représailles à des attentats contre des militaires allemands commis à Paris les 6, 10 et 11 septembre, Isaïe Bernheim, soixante-douze ans, fut passé par les armes en compagnie de neuf autres otages le 16 septembre. Son inhumation eut lieu dans le carré des corps restitués au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Le lendemain, un « Avis » signé du général Von Stülpnagel était placardé sur les murs de Paris. Les dix otages furent fusillés par mesure de répression contre des agressions commises à Paris contre des membres de l’armée allemande. Le journal collaborationniste Le Matin publia la reproduction du placard allemand à la une, le texte du quotidien soulignant qu’il y avait « dix communistes dont cinq juifs de fusillés », reprenant ainsi à son compte la théorie nazie du soi-disant complot « judéo-bolchévique » responsable de la guerre. La rédaction du journal appelait la population à dénoncer les auteurs des attentats qualifiés de « criminels ».
Sa fille Marthe Lévy, mandatée par sa sœur Fernande, entama de très longues démarches pour que leur père Isaïe Bernheim soit reconnu « Mort pour la France » et « Interné Politique ». Le ministère des Anciens Combattants accorda la première mention le 16 avril 1956 et la seconde le 6 octobre 1959. « Mort pour la France » ne fut porté sur l’acte de décès d’Isaïe Bernheim que le 30 septembre 1971.
Il semble être le doyen des fusillés du Mont-Valérien.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16438, notice BERNHEIM Isaïe, Isidore par Daniel Grason, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 13 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 77W 3114. – DAVCC, Caen, Otage B VIII dossier 2 (Notes Delphine Leneveu, Thomas Pouty). – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit.Le Matin, 17 septembre 1941. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC. – État civil (IIIe arr.).

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