BERNIER René, Léon dit Charleville

Par Daniel Grason

Né le 4 juillet 1903 à Barbezieux (Charente), mort le 30 avril 1944 à Mauthausen (Autriche) ; chaudronnier en fer (tuyauteur) ; militant communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant FTP ; déporté.

André Bernier était le fils d’un tailleur d’habits socialiste et d’une couturière. Il alla à l’école primaire supérieure. En 1921, il fut mobilisé pour deux ans, fut affecté en Allemagne et en Algérie au 9e Régiment d’artillerie, division marocaine. Il travailla six ans, rue Berthollet, Paris, XVe arr., à la maison Leroy, une entreprise de chauffage central de deux cents ouvriers, puis chez Renault à Boulogne-Billancourt, sur l’Ile Seguin. Membre de la CGT, syndicat des Métaux, de l’association des Amis de l’Union soviétique, il adhéra au Parti communiste en 1927, à Niort (Deux-Sèvres). À Billancourt, il était organisé à la cellule Martha Desrumeaux. Il participa aux manifestations de 1934 contre les ligues factieuses, aux grèves de 1936. Il fit la connaissance de Fredo Costes, député de Boulogne-Billancourt ; Robert Doury, secrétaire général du syndicat des Métaux et Jean-Pierre Timbaud ; Albert Lafon, dirigeant des jeunesses communistes de France. Il lisait l’Humanité et L’Avant-Garde et Les Cahiers du bolchevisme.
Il arriva en Espagne le 21 octobre 1936 pour : « Lutter contre le fascisme », la « cause espagnole » étant pour lui « la cause du Prolétariat mondial ». D’abord chef de pièce dans le premier groupe d’artillerie des Brigades internationales, il devint ensuite commissaire politique de la cavalerie de la XIVe Brigade. Il combattit à Teruel, Santa-Maria, Cuesta-de-la-Reina (octobre 1937), prit part aux batailles d’Aragón (mars 1938) et de l’Ebre qui débuta le 25 juillet 1938 avec la participation de l’ensemble des brigadistes. Il résuma les dix-sept mois qu’il passa au front en quatre périodes : deux mois à Teruel, sept mois au front du Centre, un mois et demi en Aragón, six mois sur l’Ebre. Il fut grièvement blessé au bras gauche, le 2 janvier 1937, lors de l’attaque d’un fortin dans les combats de Teruel, son état nécessita une hospitalisation du 4 janvier au 25 juillet 1937. Cette grave blessure, le rendit invalide d’un bras et par là même incapable de reprendre son métier. À sa sortie de l’hôpital, il fut versé au bataillon de fortifications de la 45e Division. Il rentra en France le 12 novembre 1938.
Il était en harmonie avec la politique du gouvernement d’union nationale en Espagne, le 7 novembre 1938, en réponse à un questionnaire, il soulignait que : « La force du gouvernement d’union nationale, [était due à] la clairvoyance de son chef, [à] la large amnistie de ceux qui se sont laissés entraîner par les traîtres de leur pays ». Il était inquiet sur son retour quant aux perspectives de travail : « Ayant une invalidité du bras qui ne me permettra [pas] de continuer mon métier ».
Plusieurs membres de l’encadrement des brigades portèrent des appréciations sur son action en Espagne. Lucien Bigouret, responsable du comité de parti de la brigade : « Assez éduqué politiquement, s’est toujours comporté en bon antifasciste. Très sectaire. A changé fréquemment d’unité, a toujours appliqué les directives du Parti. Discipliné, sérieux, courageux ». Henri Tanguy (Rol Tanguy) : « A bien organisé le travail politique dans son unité. Bonne conduite morale, bon antifasciste dévoué et discipliné. S’occupe activement des questions militaires dans son unité, assez bon développement politique, ne progresse plus, âgé de trente-neuf ans ». Félix Pozzi : « Bon. Un peu sectaire. Stable ». Armand Maniou, représentant français à la commission des cadres du parti communiste d’Espagne : « Blessé grièvement à Teruel, le 2 janvier 1937. A jugé une fois guéri, que sa blessure ne l’empêchait pas de continuer la lutte. Etait très courageux au front, mais ne valait rien à l’arrière. Assez bonne éducation politique, mais ne progresse plus. Ne peut avoir de poste plus haut, que Commissaire de Bataillon ».
Pendant la guerre, René Bernier habitait 2, rue de Seine à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine), membre du groupe Valmy, il devint Charleville. Entre juillet 1941 et octobre 1942, les FTP du groupe Valmy menèrent une quarantaine d’actions.
Les premières en juillet et août 1941 visaient à éliminer d’ex-membre du parti communiste passés dans les rangs de la collaboration : Marcel Gitton, Albert Clément, Roger Viala furent exécutés, Fernand Soupé survécut, Jean-Marie Clamamus échappa à plusieurs tentatives de meurtre. Deux militants du parti communiste étaient abattus d’une balle dans la nuque  : Georges Déziré (17 mars 1942) et Mathilde Dardant (6 octobre 1942), le premier accusé à tort d’avoir « donné » certains de ses camarades, la seconde pour des raisons de « sécurité » qui restèrent longtemps mystérieuses. Du fait de ces opérations de liquidations physiques, les policiers surnommèrent le groupe Valmy de « Guépéou du parti ».
Ce ne fut pas que ces actions-là, composé d’une quarantaine d’hommes et de femmes, ceux-ci menèrent une trentaine d’actions contre l’occupant entre la fin août 1941 et octobre 1942 : grenadage d’un détachement allemand (un mort, neuf blessés) ; lancé de grenades dans deux hôtels occupés par les allemands (un mort, cinq blessés) ; pose à deux reprises d’une bombe devant le cinéma Rex (trois morts, vingt-deux blessés) ; au foyer du soldat allemand du même cinéma (deux morts, dix-neuf blessés ; pose de bombes dans des salles de cinéma loués par le PPF (deux morts, des blessés graves) ; bombes dans les gares de l’Est et Montparnasse (trois morts, plus d’une vingtaine de blessés) ; destruction d’un pylône de la radiodiffusion ; attaque d’un centre de distribution de tickets de rationnement…
René Bernier dit Charleville fut arrêté par des inspecteurs de la Brigade spéciale n° 2, le 28 octobre 1942, dénoncé selon la police par un membre du groupe appréhendé avant lui. Il fut détenu dans les locaux les brigades spéciales, dans une prison, puis au Fort de Romainville. Le jeudi 25 et le samedi 27 mars 1943, cent dix prisonniers partaient en wagons voyageurs, de la gare de l’Est à destination de Mauthausen (Autriche), parmi eux vingt-sept membres du groupe Valmy Sur les vingt-sept, douze moururent dont René Bernier matricule 25290, le 30 avril 1944.

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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16444, notice BERNIER René, Léon dit Charleville par Daniel Grason, version mise en ligne le 31 août 2011, dernière modification le 3 avril 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. RGASPI 545.6.1078, mfm 880/5 ; Arch. AVER. — Ministère des Anciens combattants. – Arch. PPo, PCF carton 13 ; KB 6, KB 95. – Liquidez-les traîtres. La face cachée du PCF 1941-1943, Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, R. Laffont, 2007. – Livre-Mémorial, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Éd. Tirésias, 2004.

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