MARCHAND Alexis [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Né à Nauvoo (Illinois) en 1856, Alexis Marchand était le fils d’Alexis-Armel Marchand et de Marie-Virginie Marchand-Descombes (voir ces noms).

Ayant grandi dans la colonie icarienne de l’Iowa, Alexis Marchand se passionna très jeune pour la mécanique. Durant les années 1870, il aida à construire la machine à laver le linge installée dans la buanderie de la communauté de Corning.

Dès 1877, Alexis Marchand sympathisa avec les dissidents de la Jeune Icarie, et il figura au nombre des signataires du Précis sur Icarie de Péron. Brouillé pour cette raison avec son père, il garda pourtant secrètement de bons rapports avec sa sœur Marie. En mai 1881, Alexis Marchand travaillait au chemin de fer de Burlington Junction afin de rapporter à la communauté de l’argent frais. En juin 1882, il trouva à s’embaucher dans un atelier de forgeron.

Lorsque fut décidée la fondation d’Icaria-Speranza, Alexis Marchand fut l’un des premiers à partir pour la Californie. Début 1883, il figurait parmi les premiers signataires de la charte de cette colonie. En octobre 1885 il était encore en Californie, d’où il envoyait à sa sœur des photos et des fruits.

Déçu par l’individualisme dont faisaient preuve les participants de cette ultime expérience icarienne, Alexis Marchand les quitta pour revenir durant quelque temps à Creston (Iowa). Proche des anarchistes, il était alors en contact avec la rédaction parisienne du Révolté, et il se fit le porte-parole des libertaires locaux pour affirmer leur totale soilidarité avec Clément Duval (voir ce nom), qui venait d’être lourdement condamné.

Peu après il partit s’installer dans l’Oregon, un État encore ouvert à l’immigration. Il venait de faire breveter une batteuse à maïs. À l’automne 1889, il partit en compagnie de son frère Armel et de Valmore Caillé pour se rendre dans la région de la « Grande boucle » de la rivière Columbia dans le Territoire du Washington. Là ils se portèrent acquéreurs de terres dans le comté de Douglas.

Parti seul en éclaireur pour construire une maison et reconnaître les lieux, Alexis Marchand vécut un premier hiver particulièrement froid dans les difficiles conditions qui étaient encore celles du pionnier. Durant plus de six années, il y mena une rude vie de célibataire, produisant du blé. Il épousa en 1896 Clara Buckingham, fille d’une bonne famille locale. Ils continuèrent de produire des céréales pendant quelques années, profitant d’une excellente conjoncture. Ils eurent trois enfants, une fille morte en bas âge, et deux fils (nés en 1898 et 1900). Ces derniers devinrent tous deux d’éminents universitaires.

En 1905, Alexis Marchand et son épouse vendirent leur ferme et partirent s’installer à Bridgeport, une ville située trente kilomètres plus au nord sur la rivière Columbia. Inventeur prolifique, Alexis Marchand prit de nombreux brevets. Il fut aussi victime d’agissements peu scrupuleux de la part d’une grande compagnie : il avait installé la première ligne téléphonique du comté entre 1903 et 1904, et il avait imaginé à cette occasion un nouveau système qu’il avait fait breveter. Cela n’empêcha pas la General Electric de plagier son invention sans lui payer le moindre droit ; faute de moyens financiers, il ne put engager une action en justice.

Alexis Marchand mourut à Seattle, le 1er juillet 1942.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article164453, notice MARCHAND Alexis [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 23 septembre 2014, dernière modification le 23 septembre 2014.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Souvenirs d’Alexis Marchand dictés à son fils Ernest, Cours Icarien, 1988, 5 p ; Le Révolté, 19 mars, 23 avril 1887 ; Jules Prudhommeaux, Icarie et son fondateur Étienne Cabet, Paris, Cornély & cie, 1907, p. 342, 520, 578 ; Marie Marchand-Ross, Child of Icaria, New York, City Printing Company, 1938, passim.

ICONOGRAPHIE : cf Robert P. Sutton, Les Icariens : The Utopian Dream in Europe and America, Urbana, University of Illinois Press, 1994, p. 86 (photo prise en 1857, avec ses parents et son frère Armel).

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