BERTA Joseph, Lucien, Ferdinand

Par André Balent

Né le 13 décembre 1883 à Prades (Pyrénées-Orientales), mort le 3 avril 1975 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; ouvrier boulanger ; militant socialiste ; dirigeant syndicaliste des Pyrénées-Orientales.

Joseph Berta était le fils de Ferdinand, boulanger à Prades et d’Antoinette Caillens, âgés respectivement de trente-quatre et trente-six ans en 1883.
Frère de Ferdinand Berta, Joseph Berta sympathisa avec le Parti socialiste dès 1906. Il participa aux activités de la section socialiste de Prades à laquelle il adhéra en 1912. Ouvrier boulanger, il s’engagea très tôt dans les syndicats pradéens et, en juillet 1914, il fut élu secrétaire du syndicat départemental CGT des ouvriers boulangers. Mobilisé, il réintégra le Parti socialiste à Perpignan dès 1918 et reprit son poste de secrétaire du syndicat des ouvriers boulangers. Le congrès de l’Union départementale des syndicats CGT l’élut à son comité lors du congrès réuni le 5 septembre 1920. En novembre 1920, il fut l’un des signataires de l’appel « pour le respect des droits syndicaux ».
Lors des élections municipales du 30 novembre 1919, il fut candidat sur la liste « socialiste-syndicaliste » conduite par Jean Payra*. Il obtint 1 590 voix sur 6 078 suffrages exprimés. Pour le second tour de scrutin son nom ne figurait pas sur la liste issue de la fusion de la liste « socialiste-syndicaliste » d’une part et de la liste d’« union radicale-socialiste » d’autre part.
Au sein du Parti socialiste, il fut dans un premier temps hostile à l’adhésion à l’Internationale communiste. Toutefois, lors de la préparation du congrès de Tours, il se rallia à la majorité départementale favorable à l’adhésion. Il ne demeura que peu de temps au Parti communiste. Il quitta celui-ci à la fin de l’année 1921 ou au début de 1922. Il assista pourtant au 1er congrès de la Fédération communiste des Pyrénées-Orientales (Rivesaltes, 8 mai 1921). Il y prit la parole ainsi que le relate un rapport du commissaire de police de Rivesaltes au préfet des Pyrénées-Orientales (8 mai 1921) : « M. Berta de Perpignan a fait le procès de la CGT et, après un violent réquisitoire contre cette organisation ouvrière, il a souhaité que le Parti communiste remplace bientôt Jouhaux et autres comparses par des créatures du nouveau parti qui, dans les circonstances actuelles, répondent le mieux aux besoins de la cause. » Toujours au mois de mai 1921, Joseph Berta présida une réunion syndicale à Perpignan dont le principal orateur était Julien Racamond secrétaire des ouvriers boulangers de la Seine et syndicaliste de tendance communiste. Dans son rapport au préfet, le commissaire spécial de Perpignan qui faisait le compte rendu de cette réunion qualifiait Joseph Berta de « communiste ». Du 20 au 23 juillet 1921, J. Berta participa au Xe congrès fédéral de l’Alimentation tenu à Lille.
Mais bientôt Joseph Berta allait réintégrer le Parti socialiste SFIO et devenir un des partisans locaux de Léon Jouhaux, parmi les plus fervents. Dorénavant, il allait manifester constamment - y compris pendant la période du Front populaire - son hostilité au Parti communiste. Il participera pourtant à la grande campagne en faveur de la libération d’André Marty et des mutins de la mer Noire. Il est vrai que localement le Parti socialiste SFIO et la CGT s’engagèrent très vigoureusement aux côtés du Parti communiste et de la CGTU en faveur de la libération d’un « enfant du pays ». Mais ils participèrent à cette campagne plus pour des raisons humanitaires que politiques. Joseph Berta prit la parole au nom de l’Union départementale CGT lors de la manifestation de Perpignan qui fêta l’élection d’André Marty (28 juillet 1923).
Entre temps, après avoir quitté le Parti communiste, Joseph Berta avait été élu à la Commission administrative de la Bourse du Travail de Perpignan au terme de l’Assemblée générale du 20 janvier 1922. Au mois de février 1923, avec son ami Sébastien Xéridat*, il refusa d’accorder une salle de la Bourse du Travail aux syndicats unitaires de Perpignan (réunion du comité de la Bourse du Travail, 16 février 1923). Cette décision fut entérinée par la commission administrative de la Bourse du Travail lors de la réunion du 23 février 1923 après qu’une délégation de vingt-cinq militants, unitaires aient manifesté « de façon bruyante leur volonté d’être admis à la Bourse du Travail » (rapport du commissaire de police spéciale de Perpignan, au préfet des Pyrénées-Orientales, 21 février 1923).
Au congrès du 30 septembre 1923, Joseph Berta fut élu secrétaire de l’Union départementale CGT des Pyrénées-Orientales. Par la suite, il cumula ce poste avec celui de secrétaire de l’Union locale des syndicats CGT de Perpignan. Toujours délégué titulaire pour la 5e région, il assista au XVe et au XVIe congrès de l’Alimentation tenus à Paris, 24-25 septembre 1933 et 22-23 septembre 1935 et demeura secrétaire de l’Union départementale CGT jusqu’au XXVIe congrès de cet organisme (12 décembre 1937). À cette date les syndicalistes favorables aux thèses communistes devinrent majoritaires au sein de la CGT réunifiée des Pyrénées-Orientales. Joseph Berta fut remplacé au secrétariat de l’UD-CGT par un militant communiste, André Saunières*. Au congrès d’unification syndicale tenu à Perpignan le 22 décembre 1935 (65 délégués représentant 47 syndicats), il avait été réélu secrétaire général de l’UD assisté de Terrats et Cardonne secrétaires adjoints, de Solatges trésorier et de Mignant et Saunières trésoriers adjoints. En février 1938, il demeura toutefois réélu au poste de secrétaire de l’UL-CGT de Perpignan par le congrès du 25 février. Il conserva également les fonctions de secrétaire général de la Bourse du Travail de Perpignan qu’il occupait depuis 1927 (le 26 janvier 1926, il avait été élu secrétaire adjoint de la Bourse du Travail) : le 26 janvier 1937, année où il perdit le secrétariat de l’UD-CGT, il avait été réélu au secrétariat général de la Bourse du Travail.
Syndicaliste réformiste, Joseph Berta soutint, au sein de la Fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales, la tendance réformiste locale animée par Jean Payra qui fut majoritaire jusqu’en 1935. Lors du conflit qui opposa Jean Payra à Joseph Rous* il se rangea sur les positions du premier de ces deux militants. Élu à la commission administrative de la Fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales, il siégea à cette instance dans les années 1925-1930. Militant syndicaliste, il ne présenta sa candidature à aucune élection politique jusqu’en 1939.
Après la dissolution du Parti communiste (septembre 1939), Joseph Berta récupéra les fonctions syndicales dont il avait été évincé en 1937. Il conserva ses responsabilités syndicales sous le régime de Vichy, tant que ce dernier ne prononça pas la dissolution du mouvement syndical. D’ailleurs, comme beaucoup de syndicalistes de la droite de la CGT, il fut dans un premier temps favorable à la Révolution nationale que prétendaient mettre en œuvre les dirigeants vichyssois - cf. congrès national des Amis de Au Travail, Nîmes, 1er juin 1941.
Après la Libération, Joseph Berta milita dans la section socialiste SFIO de Prades et fut conseiller municipal de cette ville de 1947 à 1953.
Il se retira par la suite à Perpignan où il mourut en 1975. Il fut membre de la SFIO jusqu’en 1972 puis du Parti socialiste fondé cette même année au congrès d’Épinay.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16474, notice BERTA Joseph, Lucien, Ferdinand par André Balent, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 29 mai 2016.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Nat. F7/13040. — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet (16 septembre 1959), liasse 111 (Parti communiste et CGTU 1921-1924), divers rapports cités ci-dessus, dans la présente notice biographique. — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, organe hebdomadaire de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales (1902-1914). — Arch. com. Prades, acte de naissance et mention marginale. — Le Cri Catalan, hebdomadaire (officieux) de la Fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales (1916-1929). — Horace Chauvet, La Politique roussillonnaise (de 1870 à nos jours), Perpignan, 1934. — Interview de M. Joseph Berta (1971). — Interview de M. Joseph Guisset, militant communiste et syndicaliste à Perpignan (1974). — Comptes rendus des congrès de la Fédération de l’Alimentation cités en cours de biographie.

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