PAQUOT Nicolas [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par François Fourn

Communiste icarien né en 1789, ancien sous-officier du génie, cordonnier à Paris, Nicolas Paquot figurait en 1844 au nombre des actionnaires du Populaire de Cabet. Signataire d’une adresse publiée dans ce même journal en 1844, il collecta des fonds pour les souscriptions lancées par Cabet en 1845-1846. En 1847, il fut l’un des cent cinquante premiers admis dans la société constituée pour organiser le départ en Icarie.

Nicolas Paquot quitta le Havre le 3 février 1848 avec la première Avant-garde. Il se blessa en débarquant d’un vapeur et tomba gravement malade sur le chemin qui le menait de la Nouvelle-Orléans à Shreveport (Louisiane). Il dut rebrousser chemin pour se faire soigner.

À son arrivée à La Nouvelle-Orléans à la tête de la deuxième Avant-garde, Favard conçut quelques doutes quant à la bonne foi de Paquot. Aussi décida-t-il de le laisser sur place sans le moindre secours. Le 17 juillet, le malheureux appelait à l’aide le consul de France à la Nouvelle-Orléans : « Paquot Nicolas, combattant des journées à jamais mémorables de Juillet 1830, ancien adjudant sous-officier sous l’Empire, ex-capitaine des volontaires parisiens et ex-officier d’administration des hôpitaux militaires, a l’honneur de vous exposer qu’ayant perdu ses emplois par suite de ses opinions radicales, il est resté sans emploi, il a étudié la Doctrine de Cabet, sur la Communauté, qu’il l’adopta sincèrement, qu’il fit partie de la Première avant-garde Icarienne qui partit de Paris le 29 janvier 1848 et s’embarqua au Havre le 3 février 1848 sur le Rome, navire américain qui nous débarqua à la Nouvelle-Orléans le 27 mars, jour où le canon américain saluait l’avènement de la République française. Que depuis ses regards se portaient toujours vers sa chère patrie, où il laisse son épouse et un jeune garçon à Paris, ne pouvant résister au désir de servir la République, pour qui il a tant souffert, il vient lui offrir son bras, sa vie tout entière dans le cas où on attenterait à la liberté, la fraternité, l’égalité. Ne pouvant opérer sa rentrée en France sans le secours du Gouvernement, il vous supplie de lui en fournir les moyens et vous rendrez un citoyen des plus zélés à la République, un père à son fils, un époux à sa femme. »

Paquot n’obtint pas l’aide qu’il escomptait. Forcé de s’établir à la Nouvelle-Orléans, il fut témoin de l’échec de la tentative d’implantation icarienne au Texas pendant l’été 1848. Il eut entre les mains la lettre que Dominique Tessa, le correspondant de Cabet à la Nouvelle-Orléans, reçut de Favard le 22 septembre 1848. Le chef de la deuxième Avant-garde, qui venait tout juste d’arriver en Icarie, écrivait : « C’est le cœur navré, rempli de de douleur que je vous écris, je ne sais comment vous exprimer la situation dans laquelle se trouvent nos malheureux fères. Quand je suis arrivé au milieu d’eux, je me croyais au camp de Jaffa, tous nos malheureux frères étaient malades, pas un qui ait la force de rien faire, aussitôt qu’il y en a quelques-uns de convalescents, ils se mettent à faire la cuisine pour les autres, et ils retombent malades. C’est une situation des plus déplorables, quatre sont morts et plusieurs sont dans un état alarmant, dans cette situation je n’ai pas hésité un seul instant à décider à lever la camp (...) »

Paquot assista au retour des survivants à La Nouvelle-Orléans quelques semaines plus tard : « Enfin arrivent dans le courant d’octobre, par petits détachements, nos malheureux frères, dans un état tout à fait désespérant, les uns atteints d’aliénation mentale, pouvant à peine marcher, les autres de fièvres, enfin de vrais squelettes vivants. » Il put constater aussi qu’en attendant l’arrivée de Cabet à la Nouvelle-Orléans, Favard se logea confortablement chez un restaurateur français avec quelques privilégiés, tandis que les autres Icariens en étaient réduits à mendier pour survivre.

Quand Cabet arriva en janvier 1849, Paquot prit malgré tout sa défense contre les dissidents qui demandaient des comptes, en particulier Moity, Roveira et Dargelas. Doyen d’âge de l’assemblée générale houleuse réunie le 24 janvier 1849, Paquot prit le premier la parole : « Comme membre de cette première avant-garde, je proteste contre les outrages et les calomnies qu’on vient d’adresser au citoyen Cabet, on l’accuse de nous avoir abandonnés, sacrifiés pour nous perdre, d’avoir dépensé une partie de notre caisse sociale pour soutenir sa candidature, en un mot de nous avoir privé des secours qu’il nous avait promis, que c’est là la cause principale qui a amené l’abandon d’Icarie et la perte complète de ce que l’on a été forcé d’abandonner au Texas. Je répondrai que je repousse de toute ma force, comme membre de la première avant-garde, toute ces perfides calomnies. »

En mars 1849, Paquot renonça toutefois à suivre les Icariens à Nauvoo (Illinois).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article165027, notice PAQUOT Nicolas [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par François Fourn, version mise en ligne le 27 septembre 2014, dernière modification le 27 septembre 2014.

Par François Fourn

SOURCES : BN, Nafr. 18 150, Papiers Cabet, ff. 14 à 29 ; É. Cabet, Les Masques arrachés, 1844 ; Le Populaire de 1841, 26 décembre 1847, 6 février, 23 juillet 1848, 1er juillet 1849 entre autres.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément