GANDIBLEUX Juvénal, Henri.

Par Jean Puissant

Quaregnon (pr. Hainaut, arr. Mons), 1er mars 1900 – Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 14 janvier 1969. Ouvrier mineur, militant à la Jeune garde socialiste, militant syndical, militant puis dirigeant fédéral communiste du Borinage (pr. Hainaut), député de l’arrondissement de Mons.

Issu d’une famille ouvrière - son père est mineur -, Henri Gandibleux a neuf frères et sœurs, dont deux décédés en bas âge, devenus ouvriers la plupart en verrerie, en raison de la proximité de la gobeleterie de Jemappes (aujourd’hui commune de Mons, pr. Hainaut, arr. Mons). Après trois années d’école primaire, il est d’abord « gamin » en verrerie à l’âge de neuf ans. Il est un moment maçon après la grève de 1924, mais c’est surtout la profession de mineur qu’il exerce de 1915 à son élection comme député en 1936 ou lorsqu’il devient secrétaire fédéral du Parti communiste en 1932. Il travaille dans une demi-douzaine de charbonnages comme l’attestent huit engagements. C’est un exemple de mobilité ouvrière courante dans ce type d’industrie. Henri Gandibleux est ensuite employé dans l’hôtellerie à Bruxelles (1941-1953) avant d’être concierge du siège central du parti de 1954 (?) jusqu’à sa mort en 1969.

Henri Gandibleux milite tout d’abord à la Jeune garde socialiste (JGS) de Quaregnon de 1919 à 1921 (section considérée comme étant très à gauche). Il adhère aux « Amis de l’exploité », participe à la grève de 1924, à l’issue de laquelle il perd son travail. Il adhère au Parti communiste belge (PCB) en 1926. Membre de la Centrale - socialiste - des mineurs, il en est exclu en 1932 lorsqu’il est devenu membre de la direction communiste régionale et candidat aux élections communales de Jemappes (motion Mertens). Il est membre du Secours rouge international (SRI), des amis de l’URSS…, la panoplie du militant communiste modèle.

En 1932, Henri Gandibleux devient secrétaire fédéral du PC du Borinage. Il est actif lors des longues et importantes grèves de l’été 1932, où les communistes sont des moteurs dans les bassins houillers. Il milite alors à la Centrale révolutionnaire des mineurs (CRM). Dans la région, la grève prend à divers reprises des allures insurrectionnelles. Il est arrêté une semaine en septembre, dans le cadre de l’instruction concernant « le complot communiste » avec plusieurs dirigeants du parti.

En 1936, Henri Gandibleux plaide vigoureusement pour le ralliement des adhérents de la CRM à la Centrale (réformiste) des mineurs, décidé par le dernier Congrès de cette centrale, qui n’a jamais réussi à s’organiser efficacement : « Aujourd’hui une chose domine tout : il faut unir la classe ouvrière pour empêcher que le fascisme ne passe. » (Le Drapeau rouge, 1er août 1936).

Candidat aux élections communales d’octobre 1932 sur la liste communiste à Jemappes sans succès, Henri Gandibleux est en revanche élu député de l’arrondissement de Mons aux élections législatives de 1936. Cette fois, le PC obtient un indéniable succès (11,48%) construit sur son dynamisme croissant dans la région entre 1931 et 1936. Gandibleux n’y est pas étranger. Il intervient à plusieurs reprises au Parlement sur des questions régionales, minières, l’application de la loi sur la semaine de 40 heures dans certaines industries, ainsi que sur l’attitude des forces de l’ordre lors des grèves de 1936. Il est membre du Comité central et du Bureau politique du PC (?).

Le silence ultérieur de Henri Gandibleux correspond à son exclusion du parti « pour des motifs plus puritains que politiques » (voir GOTOVITCH J., 1992). Les raisons invoquées sont « vie privée déréglée, liaisons suspectes » et « refus de remettre son mandat à la disposition du parti ». Depuis avril 1937, il réside à Bruxelles et n’a plus d’activité militante. Son nom apparaît en 1940, avec d’autres, dont Maurice Beublet, qui seraient hostiles au Pacte germano-soviétique, mais sans aucune confirmation.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Henri Gandibleux aurait aidé, grâce à ses activités professionnelles, le MNB (Mouvement national belge). On le retrouve après-guerre en 1952, à Lasne (aujourd’hui pr. Brabant wallon, arr. Nivelles), avec sa nouvelle compagne, Simone Decot, épousée par après. Cette dernière « sympathisante » se révèle être une excellente vendeuse du Drapeau rouge et elle récolte des signatures pour le Conseil mondial de la paix, explique le secrétaire politique de la section qui demande des instructions. Mais elle vit avec un « exclu » ! Henri Gandibleux introduit une demande de réadmission au parti en 1943, puis en 1952. Il est réintégré le 20 octobre 1952 (avec l’obligation de rembourser le parti), est d’emblée élu membre du Comité fédéral du Brabant (1953-1954). Il devient en juillet 1954, avec sa compagne, le dévoué concierge du siège central du PCB.

Époux de Germaine Montay de qui il a un fils, membre du parti, puis en 1962 de Simone Decot, née en 1918 à Bruay-en-Artois (aujourd’hui commune de Bruay-la-Buissière, département du Pas de Calais, France), militante du parti comme le deviendra sa fille Monique, Henri Gandibleux décède d’un cancer en 1969.

La biographie d’Henri Gandibleux est exemplaire d’une trajectoire ouvrière au sein du PCB mais aussi du fonctionnement et de l’évolution de celui-ci. Il est, en septembre 1933, un des poissons pilotes d’Henri Storck et Joris Ivens lors du tournage de Misère au Borinage, il figure d’ailleurs sur deux plans de ce film qui attire l’attention sur la terrible misère qui règne dans la région, alors que la crise entraîne fermetures et chômage et que la longue grève de l’été 1932 exerce encore ses effets. Il fait l’objet d’un très beau portrait d’un des photographes présents sur les lieux, Willy Kessels. On y découvre la belle stature d’un mineur borain type, petit, costaud, droit dont on imagine la marqueterie bleuâtre sur le visage (et sur les mains comme ont pu l’observer ceux qui l’ont rencontré).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article165136, notice GANDIBLEUX Juvénal, Henri. par Jean Puissant, version mise en ligne le 27 septembre 2014, dernière modification le 13 janvier 2020.

Par Jean Puissant

SOURCES : CArCoB, dossier n°3043 – HOGENKAMP B. et STORCK H., « Le Borinage, la grève des mineurs de 1932 et le film de Joris Ivens et Henri Storck », Revue belge du Cinéma, n° 6-7, Hiver 1983-Printemps 1984 – GOTOVITCH J., Du rouge au tricolore. Les communistes belges de 1939 à 1944. Un aspect de l’histoire de la Résistance en Belgique, Bruxelles, 1992 – PUISSANT J., L’évolution du mouvement ouvrier socialiste dans le Borinage, Bruxelles, rééd., 1993 – Notice réalisée par P. La Grange, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, 2005.

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