BERTIN Louis [Savoie]

Par Jean Maitron, Justinien Raymond

Né le 5 octobre 1910 à Chamousset (Savoie), mort le 26 octobre 1962 à Paris (XVIe arr.) ; secrétaire de l’UD-CGT de Savoie.

Louis Bertin était fils de cultivateurs aisés, propriétaires d’une exploitation d’une vingtaine d’hectares, et catholiques pratiquants. Ces origines familiales ne semblaient pas devoir l’orienter vers une action militante d’extrême gauche. La vie en décida autrement. Il vit d’abord son père, grand mutilé, mourir après la Première Guerre mondiale. Adopté pupille de la nation le 12 août 1922, il fut éveillé par l’étude et par l’instituteur de son village, officier revenu gazé des combats et qui devait mourir en 1923, qui lui donna à lire Le Feu d’Henri Barbusse et des écrits de Paul Vaillant-Couturier. Aussi, au sortir de l’école primaire supérieure de Chambéry, muni du brevet élémentaire, à seize ans, il adhéra au Parti communiste surtout par antimilitarisme.

Employé à la préfecture de la Savoie en 1927, il prépara un concours d’entrée à la sous-préfecture d’Albertville : seul candidat, il fut refusé pour raisons politiques. Admis en 1928, par concours, au grade de commis des PTT, il dut, pour les mêmes raisons, attendre un an avant d’être admis sous la pression de la Fédération postale. Secrétaire puis, en 1932, secrétaire adjoint du rayon communiste de Chambéry qui comptait alors 35 adhérents, le secrétaire étant Robert Fr., il devint secrétaire régional du Parti pour les deux Savoies en 1934, assisté de M. Cadet, secrétaire adjoint, de H. Girod et H. Bourbon. Il fut alors déplacé pour participation à la grève contre les décrets-lois de Pierre Laval, puis, peu après, réintégré à Clermont-Ferrand. Là, il devient secrétaire du Syndicat unitaire des PTT. Quand il part, le Parti est dans une crise profonde à Clermont-Ferrand, les principaux dirigeants étant partis ou exclus.
Bertin ayant dû laisser en Savoie son épouse, institutrice, et ce n’est que sous le ministère Sarraut, début 1936, qu’il put retrouver son poste à Chambéry.
C’est en 1934, que Louis Bertin quitta le Parti communiste se disant heurté par son totalitarisme, après avoir figuré sans succès sur une liste communiste aux élections municipales de Chambéry. Secrétaire du syndicat des PTT de Chambéry, puis secrétaire de l’Union départementale de Savoie de 1936 à la guerre, il participa à maints congrès régionaux, départementaux, nationaux.

Nommé membre du Conseil national économique le 4 avril 1939 en remplacement de Georges Sandra*, décédé, au titre des associations de travailleurs, Louis Bertin y siégea jusqu’en 1940. Attentif au « noyautage » communiste, il appartint à l’équipe de Syndicats, dirigée par René Belin*. Louis Bertin fut directeur de Au Travail qui parut sous l’Occupation du 30 novembre 1940 au 22 janvier 1944. Il était alors secrétaire non seulement de l’Union départementale de la Savoie mais secrétaire du bureau national des « Amis de Au Travail » et il participa à ce titre au congrès de Nîmes du 1er juin 1941. Les 10 et 11 avril 1943, il participa aux journées d’études du Mont-Dore sur « L’Ordre communautaire », puis fit partie des trente délégués qui en prolongèrent les travaux le 8 mai suivant. Membre de la commission économico-sociale, il avoua sa déception, les promesses du programme de Révolution nationale n’ayant pas été tenues, et qu’au contraire, des mesures rétrogrades avaient été appliquées depuis trois ans. Il rédigeait la quasi-totalité des éditoriaux de Au travail.

Selon Georges Lefranc, Louis Bertin fut victime d’un attentat en 1943 (1er semestre). Il fut grièvement blessé par un cycliste qui tira sur lui plusieurs coups de revolver. Il est donné, par erreur, comme mort par R. Handourtzel et C. Buffet (voir SOURCES).

Après la Seconde Guerre mondiale (toujours selon G. Lefranc), Bertin travailla comme directeur commercial dans une entreprise de lingerie féminine établie à Brest mais avait son bureau rue d’Amsterdam à Paris. Il continuait à suivre attentivement l’évolution des événements. En bons termes avec Camille Bégué, il tenta de lancer un hebdomadaire Diogène. En bons termes aussi avec Marcel Hytte* de la République moderne et de L’Ouvrier libre, il publia dans ces petites revues divers articles et une brochure signée Jean Labeur.

Il fut exclu à vie de toutes les organisations syndicales le 18 octobre 1944 mais, en décembre 1962, la Révolution Prolétarienne rendit hommage « à sa droiture, à son dévouement ».

Mort en octobre 1962, il fut enterré le 30 à Arvillard (Savoie).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16521, notice BERTIN Louis [Savoie] par Jean Maitron, Justinien Raymond, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 15 février 2018.

Par Jean Maitron, Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Nat. F7/13041, F7/13130, F7/13134, rapp. du 26 janvier 1934. — G. Lefranc, Les Expériences syndicales, op. cit. — Congrès de Nîmes des « Amis de Au Travail », 1er juin 1941. — Archives de l’épuration. — La Révolution Prolétarienne, décembre 1962. — Lettre de G. Lefranc (1983). — Notes d’A. Caudron. — R. Handourtzel et C. Buffet, La Collaboration... à gauche aussi, Perrin, 1989.

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