BERTRAND Jean (Meurthe-et-Moselle)

Par Claude Pennetier, complément de Jean-Claude Magrinelli

Né le 15 novembre 1916 à Auboué (Meurthe-et-Moselle), mort le 3 octobre 1983 à Auboué ; ajusteur puis dessinateur industriel ; militant communiste, secrétaire fédéral communiste de Meurthe-et-Moselle ; maire d’Auboué, conseiller général, député (1967-1968).

Jean Bertrand dans les années 1960.
Jean Bertrand dans les années 1960.
Assemblée nationale, Notices et portraits

Fils d’un mineur originaire de Saône-et-Loire (Montceaux-les-Mines), lié au mouvement ouvrier, et d’une mère institutrice puis sans profession, élevé avec sept frères et sœurs, Jean Bertrand fut un très bon élève de l’école primaire. Titulaire du CEP, il obtint une bourse patronale pour aller à l’École de la métallurgie à Nancy puis de Châlons-sur-Marne. « On regrette de vous avoir payé des études » lui dira-t-on à la fin des années cinquante. Il obtint un CAP d’ajusteur et un autre de dessinateur, puis, major de sa classe à Chalons, tenta d’entrer aux Arts et Métiers mais ne fut qu’admissible. Il devint dessinateur industriel. En 1935, il adhéra à la CGT, aux Jeunesses communistes de Briey et au Parti communiste. L’année suivante il prit la carte des Amis de l’Union soviétique et fut secrétaire de sa section. Il milita également à Paix et Liberté et entra au conseil syndical de son entreprise. Pendant les grèves de 1936, le syndicat lui demanda de participer à la rédaction du statut de l’apprenti dans les usines de Pont-à-Mousson.
En septembre 1937, il fut licencié pour ses activités politiques mais la riposte du syndicat permit de transformer la sanction en 8 jours de mise à pied. Raymond Sémat, le secrétaire de la fédération des métaux, vint à Auboué à cette occasion. Gréviste le 30 novembre 1938 avec 274 de ses camarades de l’usine et de la mine (51,6% de grévistes), il échappa à la répression qui toucha 14 syndicalistes dont Joseph Schneider, le secrétaire du syndicat des métaux.

Mobilisé dans l’active en août 1939, il défendit le Pacte germano-soviétique auprès des soldats. Lors d’une permission, le 20 décembre 1939, il confectionna et distribua des tracts. Avec un autre membre du 1er peloton EM 8e GCRA, il écrivit à Maître Zévaès pour soutenir les députés communistes emprisonnés. Fait prisonnier à l’hôpital de Portieux (Vosges), transféré à hôpital de Lunéville, puis à Nancy, il fut emmené en Allemagne au stalag VIIA puis envoyé au camp de Pocking. Malade, transféré à Munich, il fit une première tentative d’évasion en 1941. De retour au camp, il fut renvoyé à Munich où il pratiqua le sabotage du ravitaillement de la Wehrmacht. Une seconde évasion provoqua une blessure par la chute d’un arbre, suivie de quatre mois d’hôpital. Entré à nouveau l’hôpital en 1944, les médecins lui retirèrent le rein droit. En liaison avec l’abbé Perrin de Lyon, il participa à un réseau de résistance. Les prisonniers furent libérés par la 1ére armée américaine le 1er mai 1945 en Haute Bavière. Il resta pendant un mois en convalescence en Norvège.

Les militants l’avaient présenté aux élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945 malgré son absence : la liste communiste obtint douze conseillers et les adversaires (la liste de l’usine disaient-ils) onze. Or pour l’élection du maire, la voix de Bertrand manqua et la mairie fut prise par la droite au bénéfice de l’âge.
De retour en Lorraine, il entra en juin 1945 au comité local de libération d’Auboué. Il proposa le 21 juin, à l’occasion d’une réunion générale, que « les membres actuels du CLL resteraient en fonction mais qu’on y adjoindrait de nouveaux membres proposés par le Parti communiste ». Proposition adoptée à l’unanimité par l’assistance, nota l’inspecteur des R.G.

Secrétaire départemental du MUR et Front national, il reprit ses activités communistes et fit la connaissance d’une jeune militante d’origine italienne Giannini Yolande qu’il épousa en août 1946. Elle travaillait comme sténo-dactylo à l’usine Pont-à-Mousson d’Auboué. Le couple eut une fille qu’il prénomma Michèle. Jean Bertrand quitta l’entreprise en 1950 pour devenir permanent. Membre du comité fédéral depuis 1945, Jean Bertrand entra au bureau fédéral en 1952. En mai-juin 1948, il avait suivi une école de dirigeants fédéraux. Ses formateurs le trouvèrent, « très intelligent », doté d’une « personnalité », capable d’initiatives et « susceptible d’endosser de plus grandes responsabilités ». Il fit également un stage central d’éducateur en août 1957. C’était un bon orateur et un rédacteur à la plume facile.

Secrétaire de l’UL-CGT du Bassin de Briey de 1947 à 1951, il fut aussi secrétaire de l’USTM de Meurthe-et-Moselle. Mais, la direction de la fédération communiste lui reprocha ses « hésitations » dans la direction de la lutte pendant les grèves d’août 1953.

Secrétaire fédéral en 1957-1959, secrétaire à la propagande en 1962, il quitta le secrétariat en 1964 puis le comité fédéral en 1971, « pour raison de santé ».

Maire d’Auboué de 1953 à 1979, il transforma la ville (rehaussement de la place de la Poste contre les inondations de l’Orne, réfection des chaussées, lotissement des Pariottes, constructions scolaires notamment l’école maternelle des cités du Tunnel et le groupe scolaire Paul Langevin du centre ville, le LEP Prosper Mérimée et le CEG Salvadore Allende, la résidence pour personnes âgées Gaston Monmousseau…). Il œuvra au développement de la culture (gratuité des livres et fournitures scolaires jusqu’au bac dès 1953, centres aérés aux cités du Tunnel et au centre-ville en 1956, centre aéré intercommunal en 1970 sur l’emplacement de l’ancienne usine appelée Cartoucherie, MJC en 1964 qui porta le nom de Roger Henry, son camarade et ami mort en déportation…). Il s’opposa, avec son conseil, à la fermeture de l’usine à l’automne 1967, proposa un plan de reconversion du site et de création de 300 emplois en 1976-1977, en liaison avec la Saviem qui s’implantait à Batilly. Il soutint les sinistrés des cités de Géranaux victimes d’effondrements miniers en 1972 ; ils furent totalement indemnisés. Sa gestion fut aussi éminemment politique : manifestation nationale à Auboué en mars 1957 contre Hans Speidel, pressenti pour diriger les troupes de l’OTAN, interdiction du passage des troupes allemandes sur le territoire d’Auboué en 1960, jumelage avec la ville de Radebeul en RDA en 1961. Il acheta une maison au centre d’Auboué dont le rez-de-chaussée reçut l’imprimerie fédérale du Parti communiste. « Ma santé me donne le droit de me mettre au repos » déclara-t-il, le 11 février 1979, quand Catherine Magrinelli, son adjointe, lui succéda comme premier magistrat.

Il fut candidat à plusieurs élections : cantonales en avril 1958, sénatoriales en mai 1958, législatives comme suppléant de Maurice Kriegel-Valrimont en novembre 1958. Élu député en 1967, il fut victime d’une attaque cérébrale en avril 1968 et vécut les grèves de 68 et la campagne législative qui suivit, fatigué même après avoir récupéré toutes ses facultés, dans la foulée il fut battu. Il resta conseiller général du canton de Briey de 1964 à 1979. Selon son épouse, il n’accepta ni l’entrée des troupes soviétiques en Tchécoslovaquie, ni le style de Georges Marchais. Il garda sa carte mais sans défendre les orientations de la direction. Un voyage en URSS en 1972 ne l’avait pas réconcilié avec le mouvement communiste « orthodoxe ». Il fut emporté par un cancer généralisé en octobre 1983, à son domicile.

Yolande Bertrand poussa à son terme la critique du PCF en rompant et en participant à la création du courant des « Reconstructeurs ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16540, notice BERTRAND Jean (Meurthe-et-Moselle) par Claude Pennetier, complément de Jean-Claude Magrinelli, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 12 avril 2022.

Par Claude Pennetier, complément de Jean-Claude Magrinelli

Jean Bertrand dans les années 1960.
Jean Bertrand dans les années 1960.
Assemblée nationale, Notices et portraits

SOURCES : Arch. comité national du PCF (notes de Paul Boulland).
Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle : 10 M 62 : rapports du sous-préfet sur les grèves dans l’arrondissement de Briey (1936 et 1937) ; 10 M 64 : Grève du 30 novembre 1938 ; W 1059-9 (rapport des RG, 22 juin 1945) ; W 950-34 (rapport des RG, 14 juin 1945). La Voix de l’Est, 11 septembre 1937 et fonds Magrinelli (concernant l’activité municipale). Archives municipales d’Auboué (comptes rendus de séances, 1953-1989). La Voix de l’Est, 17 février et 17 mars 1957. L’Humanité dimanche, 17 mars 1957. Le Républicain lorrain (1945-1989) notamment du 11 février 1979. Front national (journal du), 12 mars 1945. — Notes de Pierre Schill. — Entretien avec Yolande Bertrand.

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