SAINT-GAUDENS Bernard Paul Ernest, dit « l’honnête » SAINT-GAUDENS [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Républicain quarante-huitard exilé à New York ; membre de la section de la Montagne ; membre et dirigeant de la section, puis du comité central new yorkais de l’URLF.

Républicain français exilé aux États-Unis, sans doute à la suite du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Bernard Paul Ernest Saint-Gaudens y exerçait la profession de bottier et marchand de chaussures. Il recueillait en septembre 1853 les souscriptions en vue d’offrir une médaille au capitaine américain Ingraham : ce dernier avait pris le parti de sauver le hongrois Martin Koszta, alors séquestré par les Autrichiens.

Il fit partie de la direction élue de la Société de la République universelle lors de la fondation le 8 octobre 1853 (avec Martinache, Gerdy, Campdoras, Bacarisse et Morel). Il fut nommé trésorier.

Président de la société de secours mutuels fondée par les ouvriers français de New York le 2 janvier 1851, l’Union fraternelle française, il organisa en janvier 1854 une grande fête au Tammany Hall pour célébrer le 3e anniversaire de la société. Son objectif était de créer une caisse d’entraide et de prévoyance pour les ouvriers pour faire face à certaines difficultés comme la maladie. Cette association traduisait aux dires du consul, l’influence des socialistes français au sein de la classe ouvrière de cette ville.

Saint-Gaudens était également membre à cette date de la section de la Montagne à New York. Il prit à ce titre la parole lors du meeting organisé après une manifestation de rue pour commémorer l’anniversaire du 24 février. Il paraît même l’avoir présidée puisque c’est lui qui prit la parole en premier afin d’exposer le but de la réunion. En septembre de la même année, il fut l’un des orateurs qui s’adressèrent aux républicains de diverses nationalités rassemblés à Staten Island pour célébrer l’anniversaire de la fondation de la Première république en France.

Il était présent en février 1855 à la célébration de l’anniversaire de la Révolution de 1848, et il y prit la parole, concluant ainsi son discours : « Ô France, ô ma fière patrie, rends à ton César ce qui appartient à ton César ; et que le sang qu’il a fait couler pour s’élever sur son trône odieux retombe sur le coupable ; que la voix des martyrs de Cayenne et de Lambessa s’élève vers le ciel, et que la foudre en descende sur la tête de l’usurpateur. »

En février 1856, lors du banquet donné au Shakespeare Hotel de New York en présence de 250 à 300 personnes pour célébrer l’anniversaire de la Révolution de février 1848, il prononça de même un discours mêlant politique et poésie révolutionnaire.

Également franc-maçon, il participait aux travaux de la Grande Loge Unie de New York, se distinguant par les excellents rapports qu’il entretenait avec les frères africains-américains dont il revendiquait de participer à l’initiation.

Au lendemain de la guerre de Sécession, B. P. E. Saint-Gaudens figura parmi les fondateurs de l’Union républicaine de langue française à New York et il collabora au Bulletin de l’Union républicaine. Élu président de la section 2 de cette ville, il fut l’un des orateurs du banquet qui rassembla 200 personnes en 1869 pour commémorer l’anniversaire du 22 septembre. En 1870, il fut l’un des fondateurs de la Société française d’immigration et siégea dans le premier bureau de cette organisation, avec le titre de directeur. Il participa en juillet 1870 à une réunion de républicains patriotes et fut désigné pour faire partie du comité chargé de coordonner la souscription au profit des blessés, des veuves et des orphelins.
Il fut également membre du comité organisateur de la deuxième tombola patriotique organisée sous les auspices du comité républicain de défense nationale en octobre 1870. Le tirage eut lieu à l’Union Assembly Rooms de New York en présence d’une assistance évaluée à 3 000 personnes, presque toutes francophones. Membre du comité de défense nationale créé en septembre 1870 sous l’égide de l’URLF pour organiser le départ de volontaires vers la France envahie.

Lors des élections de décembre 1870 destinées à renouveler le bureau de la section new-yorkaise de l’URLF, il fut élu trésorier.

Après une éclipse, B. P. E. Saint-Gaudens réapparut début juillet 1871, et fut élu trésorier du comité central new-yorkais de l’URLF, avant d’être élu quelques mois plus tard trésorier de la section née de la fusion des sections 1 et 2. Il semble avoir occupé cette fonction jusqu’en 1875, sa dernière réélection signalée datant de janvier de cette même année. En février 1873, il habitait 314 4e avenue.

Était-il finalement parti en France pour prendre part à la guerre franco-prussienne ? Il n’existe à ce sujet aucune certitude. On notera toutefois que le Paris-journal du 14 juin 1871 annonçait la comparution en Cour d’assises d’un nommé Saint-Gaudens, régisseur au Théâtre des variétés, ancien capitaine de la garde nationale, sous le chef d’inculpation d’attentat ayant pour but de changer ou détruire la forme du gouvernement et d’excitation à la guerre civile. En dépit de la gravité de ces accusations, ce dernier ne paraît pas avoir été condamné. S’il s’agit bien de la même personne, il aurait pu être protégé par sa qualité de citoyen américain et expulsé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article165841, notice SAINT-GAUDENS Bernard Paul Ernest, dit « l'honnête » SAINT-GAUDENS [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 6 octobre 2014, dernière modification le 6 octobre 2014.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Archives du Ministère des Affaires étrangères, Correspondance politique des consuls, vol. 38 (États-Unis), 1870-71, p. 404 ; Le Républicain, 8 janvier 1854 ; L’Homme, 29 février 1854 ; Revue de l’Ouest, n° 39, 30 septembre 1854 ; Bulletin de l’Union républicaine, 15 novembre 1869, 15 juillet 1871, 16 janvier 1875 ; Le Socialiste, 30 décembre 1871, 29 juin, 15 décembre 1872, 16 février 1873 ; Charles Clerc, Les Républicains de langue française aux Etats-Unis, 1848-1871, Thèse, Univ. Paris XIII, 2001, p. 127, 235-36, 257, 275, 316, 332, 353, 358 et suiv ; Mark A. Lause, A Secret Society History of the Civil War, Urbana, University of Illinois Press, 2011.

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