QUÈS Thérèse [Anna , dite Thérèse], épouse TROUQUET

Par André Balent

Née le 3 septembre 1911 à Sirach (commune de Ria-Sirach, Pyrénées-Orientales), morte le 24 janvier 1994 à Prades (Pyrénées-Orientales) ; institutrice des Pyrénées-Orientales ; syndicaliste (SNI) ; résistante (mouvement Combat) ; militante du PCF (1944-1968).

Thérèse Quès, fin des années 1930 ou années 1940
Thérèse Quès, fin des années 1930 ou années 1940
Archives de Marcel Trouquet, fils de Thérèse Quès

Thérèse Quès était la fille de Martin Quès — mineur de fer à Fillols, en Conflent), né à Taurinya (Pyrénées-Orientales) et mort à l’âge de trente-huit ans, tué pendant la Première Guerre mondiale (son nom figure sur le monument de la commune de Ria-Sirach)— et de Marie Anglès, agricultrice à Sirach. Martin Quès était issu d’une famille très catholique. En réaction, il était devenu républicain et laïque. Il professait des opinions très à gauche et adhérait au syndicat (CGT) des mineurs de Fillols, l’un des fers de lance de la grande grève des mineurs conflentais de 1906. Les convictions de Marie Quès, née Anglès, étaient, elles aussi, très à gauche. Après la Seconde Guerre mondiale, elle était une fidèle électrice du PCF qui appréciait tout particulièrement André Tourné, élu départemental et parlementaire du parti. Leur fille ne reçut aucune éducation religieuse.

Thérèse Quès se maria en juin 1948 avec Ferdinand Trouquet, employé de la SNCF originaire d’Évol, un village montagnard du Conflent (commune d’Olette-Évol, Pyrénées-Orientales). Le couple eut un fils, Marcel, né le 26 juin 1949 à Perpignan.

Thérèse Quès fréquenta d’abord l’école communale de Ria jusqu’au certificat d’études primaires. Pupille de la nation, elle eut la possibilité de poursuivre ses études, d’abord à l’école primaire supérieure de Prades puis à l’école normale de filles de Perpignan (Pyrénées-Orientales).

À partir de 1930 et jusqu’en 1936, elle fut successivement institutrice à Arboussols, Sauto, Saint-Laurent-de-Cerdans, Souanyas. À la rentrée de 1936, elle fut nommée à Banyuls-sur-Mer. Dans cette localité, elle participa activement à l’aide aux républicains espagnols. En 1937, elle fut nommée au cours complémentaire d’Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales) [Voir Iché Maurice], chargée de cours d’espagnol et de mathématiques. Ille, importante bourgade du Riberal, était un poste très enviable pour une jeune institutrice. C’était un lieu stimulant pour le militantisme et l’action. De 1937 à 1940, elle garda chez elle un petite Espagnole, Emilia Lopez, évacuée de Madrid où elle ne retourna chez ses parents qu’après la fin de la guerre civile. Celle-ci est toujours restée en relations avec Thérèse Quès puis avec son fils jusqu’à présent (2014).

Institutrice syndicaliste, Thérèse Quès, fit partie des enseignants du premier degré mutés d’office à compter du 1er septembre 1940 par l’inspecteur d’académie des Pyrénées-Orientales. Cette décision frappait plus particulièrement des enseignants qui avaient fait la grève du 30 novembre 1938. Son nouveau poste était Caixas, une petite commune très rurale des Hautes Aspres à l’habitat entièrement dispersé. Elle demeura à Caixas jusqu’à la rentrée de 1943 où elle fut mutée à l’école de filles de Vinça (Pyrénées-Orientales) dans le Bas Conflent. Elle demeura dans cette localité jusqu’en 1948. Elle y exerça également les fonctions de secrétaire de mairie.

Très tôt résistante, elle participa avec Mathieu Py, Marius Rascagnères et Marceau Gitard aux activités de Liberté, mouvement auquel elle adhérait dès le premier semestre de 1941 qui donna naissance ensuite à Combat, en décembre 1941. En parallèle avec son action dans le mouvement Combat puis les MUR, elle "travailla" pour plusieurs réseaux. Elle était en relations avec Cyprien Olibo, neveu de deux de ses grands amis par ailleurs résistants très engagés à Libération-sud et dans de nombreux réseaux de passages et de renseignements, Jean et Alice Olibo mutée à Vinça en février 1944 ; avec René Horte et sa femme, instituteurs syndicalistes et résistants très actifs de Valmanya, en amont de Vinça ; avec Michel Bosch, de Prades. Avec Cyprien Olibo, elle eut l’occasion d’assurer au moins une mission à Carcassonne (Aude) : tous deux durent face à un délicat contrôle d’identité dans le train. Menacée par la SIPO-SD, elle put s’enfuir (début de l’été 1943, ou plus vraisemblablement 1944) à temps de son logement de fonction de Vinça alors qu’on venait pour l’arrêter. D’abord cachée dans le casot d’une exploitation agricole de la localité, elle fut ensuite cachée à Perpignan, 10 rue Foch, chez Mme Casamatta, résistante, sœur de Me Baus, notaire. Celle-ci hébergeait des fugitifs (parmi eux la fille du général Giraud) pour le compte de réseaux de passages vers l’Espagne et sa fille âgée de treize ans dactylographiait de faux documents. Thérèse Quès participa aux activités du groupe conflentais de l’AS regroupé autour de son noyau de Prades.

Thérèse Quès a caché dans la maison familiale de Sirach une Juive polonaise, Mme Frydman et sa fille Odette. Elle renoua avec elle, à la fin des années 1950. Thérèse Quès n’a pas souhaité que nom figurât au mémorial de Yad Vashem, ayant refusé la distinction de "juste parmi les nations" parce qu’elle estimait n’avoir fait que son devoir et en raison, probablement, de ses désaccords avec la politique de l’État d’Israël (témoignage de son fils, Marcel Trouquet).

Thérèse Quès a adhéré au PCF après la Libération. En 1946, institutrice à Vinça (Pyrénées-Orientales), elle fut candidate du PCF pour les élections des grands électeurs du Conseil de la République dans le canton de Vinça. Elle fut nommée en 1948 à l’école maternelle de la rue Foy, puis à Ria et, enfin, à nouveau à Perpignan à l’école maternelle des HLM Saint-Mathieu. Elle prit sa retraite en 1955. Elle a vécu ensuite à Perpignan jusqu’en 1965 puis dans son village conflentais de Sirach. À Perpignan, elle milita toujours au PCF. Elle fut un moment, à la fin des années 1950 secrétaire de la cellule Hispa de Perpignan.

Après les événements du 13 mai 1958, elle arrachait les affiches gaullistes (son fils, alors âgé de neuf ans se souvient d’avoir été associé à ces séances d’arrachages d’affiches "factieuses"). Sans les années 1960, elle adhérait à l’Association France-URSS alors active à Perpignan. Avec son mari, elle hébergea, à la demande du secrétaire fédéral Joseph Albert des dirigeants communistes de passage comme Waldeck Rochet ou le dirigeant du Parti communiste d’Espagne, Julian Grimau (1911-1963) sur le point de rentrer clandestinement dans son pays. Dans les années 1960, en désaccord avec les positions prises par le PCF, elle se désengagea progressivement de la vie militante. Elle "rendit sa carte" lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les armées du Pacte de Varsovie en août 1968. Elle ne rompit cependant pas totalement avec le PCF. Elle prêta sa maison à Jean Vila futur maire de Cabestany et député communiste des Pyrénées-Orientales et son épouse. Elle continua de voter pour le PCF et demeura abonnée au Travailleur catalan.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article166355, notice QUÈS Thérèse [Anna , dite Thérèse], épouse TROUQUET par André Balent, version mise en ligne le 8 octobre 2014, dernière modification le 21 mars 2019.

Par André Balent

Thérèse Quès, fin des années 1930 ou années 1940
Thérèse Quès, fin des années 1930 ou années 1940
Archives de Marcel Trouquet, fils de Thérèse Quès
Thérèse Quès, 1944, lorsqu'elle se cachait à Vinça.
Thérèse Quès, 1944, lorsqu’elle se cachait à Vinça.
Archives de Marcel Trouquet, fils de Thérèse Quès

SOURCES : Arch. privées André Balent, Mathieu Georges Py, Mémoire d’un des co-fondateurs de la Résistance en Roussillon (mouvement Combat), tapuscrit, 31 p. [p. 7]. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra nostra, 1994, 400 p. [pp. 50-51]]. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, p. 473. ─ Le Travailleur catalan, 22 novembre 1946. — Réponse à un questionnaire écrit de l’auteur de la notice par Marcel Trouquet, fils de l’intéressée (14 octobre 2014). — Courriel de Marcel Trouquet, 14 octobre 2014.

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