WOLSKI Kalikst [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Polonais, insurgé en 1831, exilé en France ; marié et père de famille ; ingénieur civil et correcteur d’imprimerie ; fouriériste ; a laissé un témoignage très détaillé sur l’expérience de colonisation tentée par Considerant à Réunion (Texas).

Né en 1816 dans une famille noble du village de Potoczek, province de Lublin (Pologne), Kalikst Wolski reçut une solide éducation à Varsovie, dans un lycée religieux. Lorsque éclata l’insurrection de 1830, il se joignit aux insurgés malgré son jeune âge et se trouva de ce fait contraint de s’exiler en France après leur défaite.

Tout en gagnant sa vie comme correcteur d’imprimerie, Kalikst Wolski reprit ses études et obtint un diplôme d’ingénieur du génie civil. Il fut à ce titre chargé de la construction de la digue du port de Dieppe, puis d’une ligne de chemin de fer reliant Bordeaux, Besançon et Mulhouse.

Comme beaucoup de réfugiés polonais, il s’intéressa aux idées de réforme sociale. Influencé par le fouriérisme, ami de Victor Considerant, il se rapprocha du mouvement socialiste sous la Deuxième République. Inquiété au lendemain du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, il décida de quitter la France pour aller s’installer aux États-Unis. Il partit du Havre à l’automne 1852 et débarqua à New York avec son épouse et sa fille Anna, née durant la traversée. Il parvint rapidement à prendre langue avec les membres de la colonie française, et dix jours plus tard, un fouriériste l’emmenait dans le New Jersey visiter la North American Phalanx, alors florissante. Il en revint enthousiasmé.

Sur les conseils d’un ami, il décida d’apprendre l’anglais, et séjourna pour ce faire durant six mois à Buffalo (New York). De retour à New York, il y resta 18 mois, rencontrant un grand nombre de personnalités comme Arthur Brisbane. Il vivait alors plutôt bien en donnant des leçons de mathématiques et de français.

Kalikst Wolski répondit pourtant sans hésiter à l’appel de Considerant lorsque ce dernier lui demanda de servir de guide et d’interprète à des colons en partance pour le Texas. Le 14 novembre 1854, Wolski quitta New York pour se rendre à La Nouvelle-Orléans (Louisiane), où il devait retrouver le groupe. En passant à Saint Louis (Missouri), il fit l’expérience désagréable de la réalité de l’esclavage. En attendant l’arrivée des colons à La Nouvelle-Orléans, il passa trois mois à rencontrer de nombreuses personnalités et quelques sympathisants fouriéristes comme G. F. Weiss (voir ce nom). Il reçut alors un mot de Félix Cantagrel, qui se trouvait à Washington DC pour tenter d’y rencontrer le Président Pierce avant de partir directement pour le Texas. Wolski fut pour sa part chargé d’acheter à La Nouvelle-Orléans des provisions et de faire tous les préparatifs nécessaires pour accueillir les arrivants. Ceux-ci, emmenés par Cousin, débarquèrent le 20 février 1855 et se mirent peu après en route en sa compagnie pour rallier Réunion. Après un voyage long et pénible (au cours duquel fut achetée la ferme pépinière de Galveston), ils arrivèrent à destination le 3 mai.

Au cours des six mois durant lesquels il séjourna à Réunion, Kalikst Wolski fit office d’interprète, réglant nombre de problèmes pratiques rencontrés par les colons. Il tint également un journal qui constitue l’une des principales sources permettant de reconstituer ce que fut la vie quotidienne de la colonie à ses débuts. Déçu, il décida de quitter définitivement la colonie vers la mi-novembre. Au terme d’un assez long périple à l’intérieur du Texas, il put prendre un vapeur qui, après une escale à La Havane (Cuba), l’amena à La Nouvelle-Orléans. Il y séjourna encore quatre années, puis ayant le mal du pays, il décida de rentrer en Pologne via la France.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article166492, notice WOLSKI Kalikst [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 9 octobre 2014, dernière modification le 9 octobre 2014.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Marion Moore Coleman (prés. et trad.), « New Lights on Réunion. From the Pages of Do Ameryki I W Ameryce », Arizona and the West, vol. 6 (1964), p. 41-68, 137-154 ; Jonathan Beecher, « Une utopie manquée au Texas : Victor Considerant et Réunion », Cahiers Charles Fourier, n° 4 (1993), p. 40-79.

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