SEIGNEURGENS Maurice

Par Julien Lucchini, Annie Pennetier

Né le 1er décembre 1919 à Caix (Somme), fusillé le 2 août 1943 à la citadelle d’Amiens (Somme) suite à une condamnation à mort ; mécanicien ajusteur ; militant communiste ; résistant FTPF de la Somme.

Maurice Seigneurgens
Maurice Seigneurgens

Fils d’Eugène Seigneurgens ouvrier boucher et de Marie Gabrielle Gilbert sans profession, Maurice Seigneurgens se maria le 12 juillet 1941 avec Marthe Caillet à Amiens. Ajusteur au Hamel, le couple demeurait à Villiers-le-Bretonneux (Somme), Maurice Seigneurgens fut arrêté le 22 avril 1943 pour « actes de franc-tireur » et « terrorisme ». Résistant communiste FTP 4e compagnie, il appartenait au groupe "Michel" Jules Bridoux depuis février 1943 et avait participé à plusieurs sabotages : le 12 mars sabotage de la voie ferrée Amiens-Tergnier à Guillaucourt, le 17 mars sur les voies ferrées à Famechon ,le 9 avril à Fontaine-sur-Somme et le 17 sur la voie de la ligne Dieppe-Rouen au tunnel Saint Pierre de Dieppe.Avec son groupe, il avait également participé à l’attentat contre l’écluse n°13 du canal de la Somme à Cerisy-Gailly et à celui contre le cinéma d’Eu.
Arrêté le 22 avril 1943, livré à la Gestapo, il tenta de s’échapper. Blessé, il fut soigné à l’hôpital puis interné à la prison d’Amiens où il subit de terribles interrogatoires.
Le 22 juillet 1943, il fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 580 d’Amiens avec dix camarades de son groupe : Georges Debailly, Alfred Dizy, Charles Lemaire, Jules Mopin, Georges Robbe,Ernest Lesec, Paul Moreau, Louis Martin, Jacques Wilgos et Henri Wilgos.
Maurice Seigneurgens a été fusillé le 2 août 1943 dans les fossés de la citadelle d’Amiens à 6h44.
Les onze corps furent retrouvés et identifiés en septembre 1944.
Son nom est gravé sur le Mémorial de la citadelle.
Il a été réinhumé dans le cimetière de Villiers-Bretonneux (plaque avec photo) commune où une rue porte son nom.
Il a été reconnu Mort pour la France en date du 3 mai 1945.

Maurice a écrit une lettre d’adieu à sa famille.
 
Dernière lettre de Maurice Seigneurgens
 
Chers Papa, Maman
Chers sœurs et petits, Cher Marcel
C’est aujourd’hui lundi matin 2 août que je vais en finit avec la vie. Je viens de quitter le prêtre. Je vous écrit cette dernière lettre, ensuite je casserai la croûte et il sera l’heure de partir. Mes yeux sont secs. Je ne veux pas pleurer. Oh non, d’ailleurs pour moi, c’est beaucoup moins dur que pour vous, c’est l’histoire de quelques minutes, c’est pour vous le plus douloureux et le plus terrible.
C’est que je ne peux rien faire pour alléger votre peine. Pardonnez-moi de vous faire tant de mal. Je sais que cela va être un crève-cœur pour vous, mais surtout ne m’en voulez pas. Ce que je vous demande c’est de rester tous unis, de ne plus vous séparer, la vie est si peu de chose qu’il ne faut pas la gâcher par des mesquineries.
Aussi, j’espère que vous saurez le comprendre avec la fin de la guerre que j’espère proche. Marcel, mon frère, vous reviendra, vous aurez les enfants auprès de vous ainsi que Gisèle. Il faudra tous les aimer beaucoup ; et vous, mes petits, il faudra être bien sages et plus tard, on vous dira pourquoi votre oncle a été fusillé. Et alors vous comprendrez qu’il est des haines que l’on ne peut abolir.
Le recours en grâce nous a été refusé car, quelques jours après l’audience, un nouvel attentat a été commis contre les chemins de fer. Voilà la raison que l’on nous a donnée. Je ne la discute pas ; à quoi bon ça ne changerait rien ; je subis ma peine, c’est tout. Je la subis en Français qui n’a rien à se reprocher. Je saurai mourir, n’ayez crainte. On ne pourra pas vous reprocher que votre fils a été un lâche.
Je vais en terminer car je veux écrire un mot à ma petite Gillette. Tout ce que je vous demande, c’est si possible, c’est de faire ramener mon corps à Villers, pas de fantaisie, une tombe toute simple avec des fleurs naturelles. C’est tout. Adieu ! Maman, papa, adieu Gisèle, Marcel, adieu mes petits, je vous quitte à jamais. Je vous embrasse de tout mon cœur de vingt ans qui souffre d’avoir été mal compris. Adieu mes camarades et amis, adieu à vous tous qui m’avez connu souriant et chantant, pour moi la guerre est terminée. A vous de savoir la finir en beauté et de la supprimer à jamais. A tous je vous dis : Adieu.
Et vous tous, ma famille, encore une fois, je vous embrasse tendrement et j’emporte au fond de mon cœur l’image d’une famille bien unie. Adieu à tous.
Votre fils, frère et oncle.
Maurice

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article166597, notice SEIGNEURGENS Maurice par Julien Lucchini, Annie Pennetier, version mise en ligne le 17 février 2015, dernière modification le 30 mars 2021.

Par Julien Lucchini, Annie Pennetier

Maurice Seigneurgens
Maurice Seigneurgens

SOURCES : AVCC, Caen, B VIII 4 (Notes Thomas Pouty). — Site du Centre de mémoire de la Somme.— Brochure 12 pages éditée par Association Villers-Bretonneux Mémoire.— État civil. — Note de Philippe Pauchet.

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