SÉNÉGAS René, Louis, Léon [Hérault]

Par André Balent, Julien Lucchini

Né le 9 août 1922 à Montpellier (Hérault), fusillé par condamnation le 31 mai 1944 à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) ; cuisinier ; résistant (AS) du maquis "Bertrand" implanté dans le région du Bousquet d’Orb (Hérault).

René Sénégas (1922-1944)
René Sénégas (1922-1944)
Cliché, archives de Mme Renée Mazauric, Montpellier, nièce de René Sénégas

Fils naturel de Louise, Antoinette Sénégas, sans profession, née le 23 avril 1893 à Montpellier, René Sénégas fut reconnu par sa mère le 15 février 1923. Celle-ci s’était mariée avec M. Favier dont elle était veuve en 1944. Domicilié chez sa mère 10, rue Roucher à Montpellier, il exerçait la profession de cuisinier et non celle de bûcheron comme l’indique son dossier de Caen qui le confond avec un homonyme.

Dans le courant de 1943, d’près le dossier de Caen, il effectua un stage aux chantiers de jeunesse à Anduze (Gard). Refusant le STO, il manifesta, selon le témoignage de sa mère recueilli par la gendarmerie après la Libération, le désir d’intégrer le maquis AS Bir Hakeim. Il mit bientôt son projet à exécution. Les attestations fournies après 1944 — celle d’Eugène Donati, de Montpellier, un des fondateurs du maquis Bir Hakeim qui fut son "chef de formation" (5 mai 1955) — , indiquent qu’il fut membre de ce maquis à partir du 1er janvier 1943. Il s’agit d’une date théorique car en fait, étant un des premiers membres de ce maquis, il ne put en faire partie avant sa fondation en mai 1943. Sénégas effectua pour son maquis plusieurs missions parfois délicates. La citation du colonel Zeller (3 octobre 1945) signalait son "courage à toute épreuve". Eugène Donati, déjà cité, mentionne les "missions périlleuses" auxquelles il participa.

De fait, René Sénégas fut confondu avec un homonyme (nom et prénom). L’autre René Sénégas (un seul prénom à l’état civil) fut aussi un résistant né le 3 septembre 1921 à Labastide-Rouairoux (Tarn). Ce René Sénégas tarnais, bûcheron, était réellement membre du maquis Bir Hakeim à la différence de son homonyme montpelliérain. Il mourut longtemps après la guerre.

René Sénégas, Montpellierain, fut arrêté à Montpellier le 1er mars par la Sipo-SD à la suite d’une dénonciation. Elle le confondit avec son homonyme tarnais qu’elle recherchait pour être l’auteur d’actions résistantes bien réelles. Elle pensait que le maquis Bir Hakeim lui avait confié une mission dans le chef-lieu de l’Hérault. Le fait qu’il se débattit lors de son arrestation conforta les agents de la Sipo-SD dans l’idée qu’il était bien l’homme qu’ils recherchaient. Il fut incarcéré à la prison militaire dite « de la 32e », à Montpellier. Le 30 mai 1944, il fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand OFK 894 de Nîmes (Gard). René Sénégas a été fusillé le même jour par un peloton allemand à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), près de Montpellier, à la butte du champ de tir de la Madeleine. Son acte de décès fut toutefois consigné dans le registre de l’état civil de Montpellier (Hérault). Il fut inhumé après son exécution au cimetière Saint-Lazare de Montpellier. Peu après la Libération, sa mère fit exhumer son corps et le fit transférer dans le carré militaire de ce même cimetière.

Reconnu mort pour la France, il fut homologué sergent des Forces françaises de l’intérieur en 1957. Le 7 février 1956, il fut reconnu comme interné résistant.

Toutefois, son dossier de l’AVCC de Caen le confond avec son homonyme tarnais du maquis Bir Hakeim. La méprise initiale des Allemands (police et tribunal militaire) conforta sans doute sa mère dans l’idée qu’il était bien un membre du maquis Bir Hakeim. Dans les attestations qu’il fit après la Libération, Eugène Donati chef du groupe franc montpelliérain affilié au maquis Bir Hakeim confondit de bonne foi les deux René Sénégas, ignorant que celui qu’il avait eu sous ses ordres avait survécu et attribua à celui qui avait été fusillé les "actions courageuses" de l’autre. À partir de 2010, les divers témoignages et documents recueillis par Bruno Cassanas président du comité de l’Hérault de l’ANACR et par Danièle Arnaud vice-présidente permirent de de connaitre le véritable parcours du René Sénégas fusillé à la Madeleine. Réfractaire du STO comme son homonyme, il avait rejoint un autre maquis que Bir Hakeim, le maquis "Bertrand" (de l’AS), du pseudonyme de son créateur, Beffre, percepteur du Bousquet d’Orb (Hérault). Ce maquis installé initialement sur le territoire de Dio-et-Valquières (Hérault), groupa environ 150 hommes, réfractaires du STO, mineurs de Graissessac et de du Bousquet-d’Orb et reçut l’aide d’agriculteurs. D’abord attentiste comme d’autres maquis de l’AS, il fut dynamisé par certains de ses membres par ailleurs affiliés à l’Action ouvrière (AO) dirigée dans la R3 par Gérald Suberville.

Le nom de René Sénégas figure sur les deux stèles érigées à la mémoire des seize fusillés de la Madeleine, sur la butte de tir, lieu même des exécutions (la date de son exécution portée sur cette plaque, 31 mai, ne correspond pas à celle de l’acte de décès) et 300 m en contrebas, le long de la route de Montpellier à Sète. Son nom est également inscrit sur le monument aux morts de Montpellier (Hérault). Toutefois, il ne figure pas sur le monument de Mourèze (Hérault), où figurent les noms des morts (au combat ou exécutés) du maquis Bir Hakeim entre septembre 1943 et août 1944.

Voir : Lieu d’exécution de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article166599, notice SÉNÉGAS René, Louis, Léon [Hérault] par André Balent, Julien Lucchini, version mise en ligne le 22 octobre 2014, dernière modification le 17 mai 2020.

Par André Balent, Julien Lucchini

René Sénégas (1922-1944)
René Sénégas (1922-1944)
Cliché, archives de Mme Renée Mazauric, Montpellier, nièce de René Sénégas

SOURCES : DAVCC, Caen, 21 P 538331, dossier consulté par André Balent. — Arch. com. Montpellier, état civil, actes de naissance et de décès de René Sénégas. — Danièle Arnaud, Les fusillés de la Madeleine, ouvrage inédit (2018), manuscrit. pp. 56-57. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [p. 464, pp. 486 sq.].

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