SIXDENIER Paul, Marie

Par Jean-Sébastien Chorin, Julien Lucchini

Né le 22 août 1925 à Beaurepaire (Isère), fusillé le 29 janvier 1944 à Dijon (Côte-d’Or) ; étudiant ; militant communiste ; résistant dans un maquis de l’Armée secrète (AS) ; homologué Forces françaises de l’Intérieur avec le grade d’aspirant et interné résistant

Paul Sixdenier était le fils de Gabriel Sixdenier, mécanicien, et de Georgette Jacquier. Il fut élève au collège Ponsard de Vienne (Isère). Il était étudiant et demeurait avec sa famille à Hauteville-Lompnes (Ain) où sa mère était infirmière.
Maquisard dans l’Ain, il fut affecté au poste de commandement départemental des maquis de l’AS de ce département. Il fut agent de liaison du commandant à partir de septembre 1943.
Il participa au défilé des maquisards le 11 novembre 1943 à Oyonnax (Ain).

Au Creusot (Saône-et-Loire), les usines Schneider, sous la férule des autorités allemandes, produisaient des locomotives, des pièces d’artillerie et des blindages de chars d’assaut au bénéfice de l’Allemagne. Charles Schneider demanda à la Résistance de saboter ces usines pour freiner la production et pour éviter de nouveaux bombardements britanniques. Le 16 décembre 1943, au Creusot, un commando plaça des explosifs sur les transformateurs qui alimentaient en électricité les usines Schneider. Ce commando, sous la responsabilité de Claude Perrin-Jassy, était constitué de trois équipes : un groupe franc fourni par le 5e bureau de l’AS de Lyon (Rhône) et deux groupes de maquisards de l’Ain. L’une des équipes de maquisards était commandée par Édouard Bourret (« lieutenant Brun ») et comprenait Paul Sixdenier, André Vareyon (« Det »), Louis Tanguy (« Lesombre ») et Félix Le Noach.
Suite à l’activité d’autres résistants, la Sipo-SD et la Feldgendarmerie, en état d’alerte, avaient mis en place de nombreux barrages routiers dans le secteur de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) et du Creusot. Ce 16 décembre 1943, sur le chemin du retour, la Citroën ramenant l’équipe d’Édouard Bourret passa trois barrages allemands. Ils furent stoppés par un quatrième barrage, situé au lieu-dit La Galoche (Saint-Laurent-d’Andenay). Le lieutenant Bourret fut abattu alors qu’il tentait de faire diversion pour permettre à ses camarades de s’enfuir. André Vareyon et Louis Tanguy s’échappèrent, Paul Sixdenier et Félix Le Noach furent arrêtés. André Vareyon fit le récit de l’arrestation de ses deux compagnons : « Paul et Félix qui, avec Brun, avaient été entraînés en avant de notre voiture et se trouvaient ainsi au milieu des Allemands et dans la zone violemment éclairée par tous les phares des voitures étaient voués à l’impuissance, et la dernière image que je conserve d’eux, c’est celle de Paul ceinturé par-derrière par un véritable colosse et de Félix envoyé à terre d’un coup de crosse. »
Arrêté par la Feldgendarmerie pour « activité de franc-tireur », Paul Sixdenier fut incarcéré à la prison de Dijon du 17 décembre 1943 au 29 janvier 1944. Le 21 janvier 1944, il fut condamné à mort avec Félix Le Noach par le tribunal militaire allemand de Dijon (FK 669). Le 29 janvier, les autorités allemandes les fusillèrent tous les deux au stand de tir de Montmuzard à Dijon.
Son corps fut inhumé dans le cimetière du Mémorial des maquis et de la Résistance à Cerdon (Ain), tombe no 90.

Il obtint la mention "Mort pour la France", fut homologué membre des Forces françaises de l’Intérieur avec le grade d’aspirant et interné résistant.

Il fut décoré de la Médaille de la Résistance avec rosette à titre posthume.

Son nom figure sur le mur des fusillés érigé sur le lieu des exécutions à Dijon, sur le monument aux morts 1939-1945 de Villeurbanne (Rhône), sur le monument aux morts d’Hauteville-Lompnes et sur la plaque commémorative apposée dans l’église de cette commune, sur la plaque commémorative des anciens élèves du collège Ponsard à Vienne et sur le mémorial des évènements du 16 décembre 1943 à Saint-Laurent-d’Andenay (Saône-et -Loire).

Le collège de Hauteville-Lompnes porte son nom.
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Il inscrivit sur le mur de sa cellule (cellule 47) : « je meurs pour la France. Adieu, maman chérie ». Il composa un poème inspiré par les trois croix de la fenêtre de sa cellule. Avant son exécution, Paul Sixdenier adressa une dernière lettre à sa famille.

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Dernière lettre de Paul Sixdennier, conservée par le musée départemental d’histoire de la Résistance et de la Déportation de l’Ain et du Haut-Jura.
 
« Dijon, le 29 janvier 1944.
 
Maman, papa et Jany chéris.
Ma dernière heure est arrivée, je suis exécuté ce matin à huit heures. Je vais voir un prêtre et je meurs calmement car j’ai eu le temps d’expier toutes mes fautes dans ma cellule. Pardon chers parents de vous faire pleurer. C’est en ayant désobéi que je meurs, chère maman. Désobéissance qui a du te coûter bien des larmes mais qui me fait mourir pour mon pays. Je meurs en chrétien aussi je vais rejoindre grand-père, grand-mère et tante Odette, qui reposent là haut bienheureux.
J’accueille la mort comme une délivrance. Je vois le prêtre dans quelques instants avec un immense plaisir. Je vous laisse des affaires personnelles, bien peu qui vous resteront comme souvenirs. Je vous ai tous laissés bien longtemps sans nouvelles et celles que vous recevrez vont vous faire pleurer beaucoup.
 
J’ai beaucoup prié pour la paix aussi j’espère que tout le monde se retrouvera dans un jour meilleur et vivra heureux. Ma petite maman chérie, tu dois te lamenter de n’avoir pas pu te faire obéir au début de l’année mais que veux-tu c’est le destin. J’ai repensé à tout ce que tu as fait pour moi depuis ma naissance et je n’ai pu que remercier le Bon Dieu. J’ai bien peu fait sur terre pour te remercier j’espère faire mieux de là-haut. Mon cœur tout entier te dit merci. Toi papa tu ne peux savoir tout le remord que j’ai de m’être conduit comme je me suis conduit quelquefois avec toi. J’espère que tu me pardonneras. Car tu ne peux savoir, non, comme tout l’amour qu’on a pour quelqu’un se concentre au moment de la mort.
A toi ma petite sœur qui m’aimait tant et à qui je le rendais bien, je t’envoie mes derniers baisers les plus gros et je mets en toi un grand espoir. Je te confie papa et maman. Mais j’abrège car le prêtre attend à la porte. Je laisse un petit paquet que l’un de vous viendra chercher à la prison départementale à Dijon.
Vous pourrez peut-être réclamer mon corps. Je n’oublie pas Jean et lui envoie toute ma tendresse là-bas au loin. Quand le reverrez-vous ? Bientôt j’espère. Adieu mes parents chéris que je n’ai pas assez aimés dites adieu pour moi à tous nos parents et amis
Je ne les cite pas tous mais j’ai pensé à eux tous séparément. Mes plus gros baisers à vous tous votre Paulot qui s’en va…
Paulot.
 
P.S : j’ai été arrêté j’allais faire du sabotage avec des armes
Encore une fois pardon papa et maman. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article166631, notice SIXDENIER Paul, Marie par Jean-Sébastien Chorin, Julien Lucchini, version mise en ligne le 20 octobre 2014, dernière modification le 7 janvier 2021.

Par Jean-Sébastien Chorin, Julien Lucchini

SOURCES : SHD Vincennes GR 16 P 551106 (à consulter) — AVCC Caen (Notes Thomas Pouty) AC 21 P 161497. – Arch. Dép. Rhône, 31J81. – Arch. de la prison de Dijon. – Patrick Veyret, L’Histoire secrète des maquis de l’Ain : acteurs et enjeux : 1942-1944, Éd. La Taillanderie, 2010. – Site Internet maquisdelain.org. – Mémorial GenWeb. – État civil. — Notes de Charles Gutierrez, dont la dernière lettre.

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