FIOT Théophile, Vincent, Adolphe

Par Julien Lucchini

Né le 8 février 1909 à Monnaie (Indre-et-Loire), fusillé par condamnation le 15 juin 1944 au camp du Ruchard (Avon-les-Roches, Indre-et-Loire) ; employé municipal ; résistant.

Fils de Vincent Fiot, scieur de long, et de Florentine Boileau, sans profession, Théophile Fiot vivait à Tours (Indre-et-Loire). Après son service militaire, qu’il effectua en Algérie, puis en Syrie, il fut mis à disposition des pompiers de Tours. Il fut ensuite employé municipal de la ville de Tours, et non ingénieurs des ponts et chaussées comme certaines sources le laissent entendre par erreur.

Il s’était marié le 20 juillet 1933 à Tours (Indre-et-Loire) avec Gilberte Bône et était père de trois enfants.

En 1940, apprenant que l’un des collègues – nommé Chabrier – assurait clandestinement des passages de la ligne de démarcation et en Espagne, il le suivit dans cette activité et, si l’on en croit les aveux qu’il donna ultérieurement aux autorités allemandes, il fit passer la frontière à de nombreux clandestins, Français, Anglais, Juifs, résistants ou réfractaires au Service du travail obligatoire (STO). Son réseau était celui de Maurice Genest. Selon certaines sources, Théophile Fiot s’était également illustré dans la confection de fausses cartes d’identité.

Arrêté une première fois le 10 septembre 1943, il fut, selon Pierre Wennert, « brutalisé » par la section IV E lors de son interrogatoire. Toujours selon ce même témoignage, Théophile Fiot fut alors contraint à livrer, sous la torture, un certain nombre d’informations qui conduisirent à d’autres arrestations.

Il semble qu’il ait alors été relâché, mais placé sous surveillance par les officiers de la Gestapo, lesquels espéraient que ses agissements et déplacements les mettraient sur la piste de Genest, responsable du réseau.

Repris le 8 novembre suivant, interné à Tours, Théophile Fiot parvint à s’évader de l’hôpital où il était soigné. Arrêté à nouveau quelques semaines plus tard, sans doute sur dénonciation, il se serait une fois de plus évadé le 6 décembre 1943.

Le 22 décembre 1943, Théophile Fiot fut arrêté à Tours par la gendarmerie française pour « intelligence avec l’ennemi ». Il aurait œuvré pour le groupe Bataillons de la mort et le réseau Cohors-Asturies. Passeur pour la Résistance, il avait été arrêté lors d’un passage de frontière. Le 6 juin 1944, le tribunal militaire allemand FK 788 de Tours le condamna à mort. Son défenseur, convoqué la veille à 18 heures par le tribunal, avait été averti que le procès se tiendrait le lendemain matin, à 8 heures. Après la condamnation de Théophile Fiot, il déposa un recours en grâce qui demeura lettre morte. Théophile Fiot a été fusillé le 15 juin suivant par les autorités allemandes au camp du Ruchard (Avon-les-Roches). Averti de l’exécution par le préfet d’Indre-et-Loire le 24 juin, son avocat reçut le 1er juillet suivant les trois dernières lettres du défunt qu’il transmit à la famille – deux étaient adressées à sa femme ; la troisième à ses parents.

Diverses rumeurs ont circulé sur Théophile Fiot, et certains documents d’archives laissent planer une ambiguïté sur ses agissements. On trouve ainsi, dans son dossier, une audition d’un agent de l’Abwehr assurant qu’il l’avait recruté comme agent double en août 1943. Dans le dossier de Georges Robineau, déporté, Théophile Fiot est mentionné comme ayant trahi les membres de son groupe après son arrestation, puis fusillé lorsqu’il ne représenta plus aucune utilité pour les autorités allemandes. La pension versée à sa veuve lui aurait ainsi été retirée ultérieurement pour ce motif. En 1948, un mandat d’arrêt semble même avoir été lancé à son encontre, sur la base de témoignages de personnes assurant l’avoir vu vivant. Le témoignage d’un dénommée Marie Monnier, conservé aux archives départementales d’Indre-et-Loire, ajoute à ces thèses, insistant sur le fait que Théophile Fiot aurait joué un double jeu.

Néanmoins, ces documents et informations sont à manier avec une extrême prudence. Une enquête, menée en 1966, a démontré que le matricule qui lui aurait été donné à l’Abwehr (III F.8002 AGZ) correspond en réalité à une autre personne. Une diabolisation de sa personne est plausible, d’autant que certains rapports transmis au Bureau central de renseignements et d’action montrent que certains passeurs de son réseau manquaient singulièrement de discrétion. Enfin, en dépit des rumeurs circulant à son sujet à la Libération, il semble que Théophile Fiot ait bel et bien été fusillé le 15 juin 1944.

Le ministère des Anciens combattant lui attribua la mention « Mort pour la France » le 10 février 1948.

Son nom figure sur une plaque commémorative au personnel municipal de Tours.

Lors des cérémonies commémoratives annuelles à la stèle des fusillés du camp du Ruchard, son nom n’est, volontairement, pas prononcé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article166855, notice FIOT Théophile, Vincent, Adolphe par Julien Lucchini, version mise en ligne le 4 novembre 2014, dernière modification le 28 mars 2021.

Par Julien Lucchini

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII 5, Liste S 1744 (Notes Thomas Pouty). – Arch. dép. Indre-et-Loire, 1119W17. – Arch. mun. Tours, fonds Jean Meunier, boîte 2. Claude Morin, Les Allemands en Tourraine (1940-1944), CDL, 1996, p. 97-98. – Mémorial GenWeb. – Notes Jacques Pirondeau et Jean-Marie Pialeport. – État civil.

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