LONDON Jacques [London Jankiel]. Pseudonyme dans la résistance : Gomez

Par Marie-Cécile Bouju

Né le 26 juin 1910 à Kiev (Russie), mort le 4 février 2011 à Paris (XVIIe arr.) ; maître imprimeur, directeur de l’Imprimerie centrale commerciale (Paris) ; résistant.

Jacques London était le fils de Michel London et Hélène Brandt. Il avait rejoint son père, son frère ainé, Israël, et sa sœur en France en 1927. Il vivait à Paris, chez sa soeur rue Malher, dans le quartier du Marais.

Jacques London avait été formé au métier d’imprimeur pendant deux ans en Pologne. Son frère Israël London, qui était devenu propriétaire d’une imprimerie en 1924, l’Imprimerie d’Art Voltaire, rue Richer, l’embaucha comme apprenti, puis fit de lui son adjoint en 1935. Israël London avait repris une deuxième imprimerie, l’Imprimerie centrale commerciale (ICC), 13 rue de la Grange-Batelière, à Paris qui avait été fondée en octobre 1926. Elle travaillait régulièrement pour le PCF. Israël fit aussi connaître à son cadet le milieu artistique et d’avant-garde qu’il fréquentait.

Citoyen français, naturalisé depuis 1938, Jacques London fut mobilisé au début de la Guerre. Après la Débâcle, il mit son imprimerie au service du PCF clandestin. Il participa notamment avec les imprimeurs François Le Marrec, Roger Tirand et Rudolph Zeiler à l’édition de l’Humanité clandestine. En février 1941, il venait de terminer l’impression clandestine du texte de Georges Politzer Sang et Or : Révolution et contre-révolution au XXe siècle et du premier numéro de la Pensée libre, lorsqu’on lui confia l’impression de la brochure écrite par Gabriel Péri, Non le nazisme n’est pas le communisme. C’est alors qu’il échappa de justesse à une arrestation, en février ou novembre 1941, qui l’obligea à quitter Paris

Jacques London se réfugia en zone Sud et il habita pendant un temps à Marseille. Il tenta en vain de quitter le pays (le visa lui fut refusé) et reprit son activité de résistant : il adhéra au Front national et travailla avec la MOI-FTPF, aux côtés de Adam Rayski et Morgenstein. Il participe à l’organisation du Comité de résistance juif.

Il quitta Marseille pour Grenoble, où il travailla toujours pour le Front national ainsi que pour l’Union des juifs pour la résistance et l’entraide. En mai 1944, alors qu’il participait au passage d’enfants juifs en Suisse, il fut arrêté à Annemasse. Il fut transféré à Drancy le 24 mai et est déporté à Auschwitz le 30 mai, puis à Gross-Rosen et Buchenwald. Il a été libéré à Ostrach le 22 avril 1945.

Revenu des camps, il reprit son entreprise en juin 1945 (son frère avait quitté la France pour les États-Unis), qui avait été aryanisée et mise en liquidation. Il adhéra au syndicat des maîtres imprimeurs en 1948. L’ICC a longtemps travaillé pour le PCF et était réputée pour ses travaux pour les musées. Ses travaux ont été souvent primés.

L’imprimerie a été rebaptisée Imprimerie London en 1985 et rachetée par Floch en 1996. Les difficultés économiques de Floch conduisirent à sa fermeture en octobre 2014.

Jacques London a épousé Alice Koplewicz en 1942, dont il a eu une fille Jacqueline.
Jacques London était officier de la Légion d’honneur à titre civil et militaire depuis 1992 et chevalier des arts et des lettres en 1998.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article166964, notice LONDON Jacques [London Jankiel]. Pseudonyme dans la résistance : Gomez par Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 27 octobre 2014, dernière modification le 21 mai 2020.

Par Marie-Cécile Bouju

SOURCES  : Jacques London [notes du ministère de l’intérieur], 19910695/3/4410, Archives nationales. — "Entretien avec Mounette Dutilleul et Raymond Dallidet par Roger Bourderon". Cahiers d’histoire de l’Institut de recherches marxistes, n° 26, 1986, p. 13-35. — "Jacques London, un imprimeur résistant". Le Patriote résistant, n°851, mars 2011, p. 11. — Marcel Apeloig. "Jacques London, imprimeur". Mémoire juive de Paris, n°23 ; novembre 2010, p. 7. — Paul Chauvet. La Résistance chez les fils de Gutenberg dans la Deuxième Guerre mondiale. Témoignages. A compte d’auteur, 1979, p. 95-96. — Jean-Pierre Jouffroy. "Jacques London, imprimeur de la Résistance". L’Humanité, 17 février 2011. — Frédérique Roussel. "L’Imprimerie London, à fontes perdues : La célèbre entreprise parisienne ferme ses portes après quatre-vingt-dix ans d’édition militante". Libération, 17 octobre 2014, p. 26.

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