PINҪON Roger, Maurice dit Pierre

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Né le 3 octobre 1906 à Fontenay-sous-Bois (Seine, Val-de-Marne), mort le 4 juillet 1984 à Cuzorn (Lot-et-Garonne) ; ascensoriste, fraiseur ; volontaire en Espagne républicaine ; déporté ; résistant FTP.

Roger Pinçon
Roger Pinçon

Fils d’Edmond Pinçon, employé aux PTT et de Marguerite, née Mercier, institutrice, Roger Pinçon alla à l’école primaire, obtint le CEP. Il effectua dix-huit mois de service militaire en France dans un régiment de spahis, fut nommé maréchal des logis. Démobilisé en 1928, Il travailla comme ascensoriste chez Otis Pifre. Il épousa Simone Nève, conditionneuse, le 31 octobre 1939 à Paris (Xe arr.), le couple demeura à Nogent-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne). Il adhéra à la CGTU en 1929, puis à la CGT lors de la réunification. Il adhéra au parti communiste en 1935, il suivit une école de formation à Royan (Charente-Maritime). Il exerça différents métiers chauffeur-livreur, forgeron, soudeur.
En 1936 il se porta volontaire en Espagne républicaine y resta vingt-cinq mois, affecté dans les transports, il a été nommé capitaine, il fut probablement rapatrié lors du retrait des brigades fin octobre ou début novembre 1938, après vingt-cinq mois passés en terre espagnole. Roger Pinçon militait dans le mouvement sportif, il était secrétaire de L’Étoile sportive nogentaise à Nogent-sur-Marne affilié à la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT).
Le couple Pinçon, sans enfant, demeura par la suite dans le Xe arr. de Paris, rue du Château d’Eau et 10 Rue de la Grange-aux-Belles. Après la déclaration de guerre, il fut affecté spécial à la société des Moteurs René à Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret). De retour d’exode en juin 1940, Robert Mension ex-secrétaire de la région parisienne de la FSGT le contacta et lui proposa de diffuser par la voie postale des tracts d’actualités envoyés aux domiciles de présidents de club. Il assuma cette tâche jusqu’en juin 1942. En juillet il lui demanda de centraliser du matériel pour les FTP : chlorate de potasse, acides…
Outre le dépôt inter-régional, Roger Pinçon réussissait difficilement à approvisionner deux dépôts de matériel, l’un 6 rue du Château d’Eau, ancien logement du couple où sa femme tint un café jusqu’en 1940, et 14 rue de Lancry, Xe arr., des produits permettant de fabriquer des bombes incendiaires y étaient stockés. Il recruta deux anciens adhérents de L’Étoile sportive nogentaise à Nogent-sur-Marne à qui il donna des leçons de culture physique les frères Roger et Pierre Gouffault.
Roger Pinçon était en contact avec des responsables FTP de la région parisienne, il rétribuait également des combattants et des agents de liaison dont il ne connaissait que les pseudonymes : Pierre, Sacha, Petit Louis, Albert, Marc, Catherine, Ricard, Revin, Mouton, Le Belge, Le Brestois, Totor, Yves, Michel, Bernard, Rivière et Nicole.
Il rencontra pour la première fois René Rolland Henri Fongarnand, responsable militaire FTP de la région P1 de l’inter région parisienne la première semaine de décembre 1942. Les deux hommes convenaient de se rencontrer à nouveau le dimanche 13 décembre. Ce jour-là vers 8 heures 45 les deux hommes parlaient à la sortie de la gare de Clichy Levallois-Perret, des inspecteurs de la BS2, des Brigades spéciales d’intervention des deux commissariats et de gardiens de la paix habillés en bourgeois étaient sur place. Les deux hommes furent arrêtés, fouillé au corps. Des papiers étaient saisis sur Roger Pinçon : quatre feuillets portaient des noms avec des sommes en face de chaque pseudonyme, une feuille avec des indications sur des engins explosifs ainsi qu’un feuillet avec des chiffres et des noms.
Emmené dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, il fut frappé à de multiples reprises. Sa femme était appréhendée l’après-midi au domicile de Marie-Rose Gouffault 6 Place du Combat (Colonel-Fabien). Fouillée Simone Pinçon ne portait aucun papier sur elle, expliqua qu’elle connaissait Marie-Rose Gouffault qui fut serveuse au café qu’elle tenait rue du Château d’Eau. Souffrant de troubles cardiaques, elle dut être hospitalisée à l’hôtel Dieu. Interrogée sur son lit à l’hôpital elle déclara qu’elle ne fut jamais membre du parti communiste et qu’elle ignorait tout de l’activité de son mari, le dépôt de produits explosifs dans le logement de la rue du Château d’Eau par son mari s’était effectué à son insu.
Il était 8 juillet 1943 dans un wagon de cinquante-six hommes au départ de la gare de l’Est à destination de Natzwiler (Bas-Rhin) où les détenus étaient immatriculés. Classé « NN » (Nuit et Brouillard) ce qui signifiait destiné à disparaître, il était dirigé sur le camp de Dachau.
Simone Pinçon porta plainte le 8 décembre 1944 devant la commission d’épuration la police contre les inspecteurs coupables de vols. En effet lors de la souricière qu’ils tendirent au domicile du couple Pinçon ils s’étaient copieusement servis en victuailles. Plainte également à l’égard d’un inspecteur qui s’était montré particulièrement violent avec elle.
Roger Pinçon était transféré le 17 avril 1945 au Kommando d’Allach, matricule 4369, l’armée américaine libéra le camp le 30 avril 1945.
À son retour, conséquences de la déportation, il souffrait d’hypertrophie vasculo-cardiaque avec déplacement du cœur. Il fit partie du comité de section et de la commission des cadres. Il s’investit à nouveau dans le mouvement sportif au sein de la FSGT.
Remplissant un questionnaire biographique du parti communiste à la mi-février 1947, Roger Pinçon exprima une opinion équilibrée sur l’avant-guerre marquée par les accords de Munich du 30 novembre 1938 et la signature du pacte germano-soviétique le 23 août 1939. Roger Pinçon écrivit « La France se devait de respecter ses engagements, mettant l’URSS dans l’impossibilité de tenir les siens. La France (je veux dire le gouvernement de l’époque) ne devait pas donner à Hitler l’arsenal tchèque, dont les moyens de faire la guerre. L’URSS ne devait pas se laisser isoler, et cherchait à diviser ses agresseurs éventuels ». La pratique militante de Roger Pinçon essentiellement dans le mouvement sportif à la FSGT n’y était sans doute pas étrangère.
Roger Pinçon adhérent de la Fédération nationale des déportés, internés, patriotes a été homologué combattant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Déporté, interné et résistant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article166966, notice PINҪON Roger, Maurice dit Pierre par Daniel Grason, Gérard Larue, version mise en ligne le 11 juin 2018, dernière modification le 22 février 2020.

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Roger Pinçon
Roger Pinçon

SOURCES : Arch. PPo., BS2 carton 22 bis, PCF carton 13 rapports hebdomadaires des Renseignements généraux sur l’activité communiste, KB 29. – Bureau Résistance GR 16 P 478854. – Notes de la commission des cadres du PCF transmises par Paul Boulland. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. — État civil.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 186 cliché du 14 décembre 1942.

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