CAMUS Robert, Marcel [dit Renard]

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Né le 19 mars 1904 à Paris XIVe arrondissement (Seine), mort à une date inconnue ; releveur de compteurs d’eau ; communiste ; déporté à Mauthausen (Autriche) ; résistant FTP.

Fils d’Eugène boucher et d’Eugénie, Amélie, née Soive, lingère, Robert Camus alla à l’école primaire, de la classe 1924, il fut réformé définitivement en 1935. Il épousa Marguerite Godel le 14 août 1926, un enfant naquit la même année, la famille vivait 58 avenue des Perdrix à Villeparisis (Seine-et-Marne). Il travaillait depuis 1932 comme releveur de compteurs d’eau à la Compagnie générale des eaux (CGE) à Paris.
Sollicité par un militant, il adhéra au Parti communiste en 1940, accepta de distribuer des tracts de l’organisation à Villeparisis, en juillet 1942, il entra dans les FTP. Il participa dans le courant du mois avec six autres FTP à la récupération de cordon Bickford dans les carrières Lambert, action menée avec la complicité d’un ouvrier nommé Rosetti. Quelques FTP qui menèrent cette action venaient d’une base de repli du campement de Montereau en Seine-et-Marne.
Le 1er août il était mis en disponibilité de maladie par la Compagnie générale des eaux, devint FTP permanent appointé deux mille francs par mois. Suite à l’arrestation de Rosetti il jugea plus prudent de quitter son domicile le 24 août, resta inactif pendant un mois et demi avec l’accord tacite du responsable politique de la région P7. Il rentra de son refuge à Guignes en Seine-et-Marne vers la fin septembre. En difficulté de « planque » il demanda l’hospitalité à Georges L’Hostis avec qui il avait des liens de parenté, il habita donc au 21 Rue Rébeval à Paris XIXe arrondissement.
Il eut le contact avec le responsable militaire de l’inter région dit Raoul [Georges Vallet]. Le 30 octobre avec trois FTP, un encaisseur de la SNCF était attaqué à Rueil-Malmaison, l’un le frappa d’un coup de matraque, Robert Camus braquait deux pistolets sur lui pour le tenir en respect, la mallette subtilisée contenait cinq cents cinquante mille francs, dix mille francs étaient prélevés pour les besoins du groupe. L’encaisseur aurait été tué. Quelques jours plus tard des charges explosives étaient déposées sous le transformateur d’une entreprise de Sartrouville, ils n’explosèrent pas.
Robert Camus avec le concours de la direction de l’inter région structura plusieurs groupe des futurs combattants et des agents de liaison : Chapier [Robert Brignoli], Antin [Manuel Laumonier], Raymond [André Joly], Hélène, Nicole…
La police déploya le dimanche 13 décembre 1942 des effectifs important à la sortie de la gare de Clichy Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine). La Brigade spéciale d’intervention des deux commissariats, de la BS2 des Renseignements généraux et des gardiens de la paix habillés en bourgeois. Vers 8 heures 45, Henri Fongarnand dit René Rolland et Roger Pinçon dit Pierre étaient interpellés, tous deux portaient sur eux des documents relatifs aux FTP, le premier était le responsable militaire de la région P1 de l’inter région parisienne et le second s’occupait des dépôts où des engins incendiaires étaient stockés.
Entre ce jour et les jours suivants la BS2 interpella une quarantaine de femmes et d’hommes en relation avec les FTP. Trois inspecteurs de la BS2 l’interpellèrent le 17 décembre 1942, il portait sur lui un pistolet calibre 6,35 m/m avec un chargeur garni de cinq balles plus une dans le canon. Son domicile de Villeparisis était perquisitionné ainsi que le logement du 21 Rue Rebéval où Georges L’Hostis l’hébergeait.
Dans celui-ci les policiers saisissaient un plan des différents centres ferroviaires de la Grande ceinture, d’autres objectifs en vue d’attentats à Mantes-Gassicourt et à Meudon, ainsi que les numéros matricule de groupes FTP de la région P7 de Sartrouville (7211) et Conflans-Sainte-Honorine (7221). Deux pistolets dissimulés dans les ressorts d’un divan étaient découverts, sous un autre lit, une valise contenant dix-neuf mille cinq cents francs. Robert Camus reconnut immédiatement que les armes et les documents lui appartenaient dégageant ainsi la responsabilité de Georges L’Hostis.
Emmené dans les locaux des Brigades spéciales, il était lors des interrogatoires frappés à coups de nerf de bœuf à de très nombreuses reprises. Sa femme Marguerite détenue quatre jours à la préfecture, fut relâchée faute de preuves.
Livré aux Allemands, incarcéré à la prison de Fresnes, Robert Camus était dans un wagon aux fenêtres grillagées qui partit de la gare de l’Est le 25 mars 1943 à destination de Mauthausen (Autriche). Parmi les cinquante-cinq détenus plusieurs membres du groupe Valmy, tous classés « NN » (Nuit et brouillard), ce qui signifiait condamnés à disparaître. Arrivé le 27 mars, il était affecté au Kommando de Gusen où les détenus travaillaient dans les usines installées par les firmes Steyr, Daimler, Puch et Messerschmitt pour la fabrication des pièces de fusils et des moteurs d’avions.
En 1944 les déportés creusèrent des galeries souterraines pour abriter les chaînes de montage. Matricule 25304 Robert Camus survécut aux inhumaines épreuves de la déportation. Le camp fut libéré par les troupes américaines le 5 mai 1945.
Quant à Georges L’Hostis, déporté à Sachsenhausen, il mourut lors de l’évacuation du camp, marche de la mort le 28 avril 1945 à Parchim (Allemagne).
Sa femme entendue en 1945 par un juge d’instruction indiqua qu’elle était sans nouvelle de lui depuis un an. Elle porta plainte pour vol de divers objets, de vêtements, bijoux, linge et cinq cents francs à son domicile de Villeparisis et de vingt mille francs rue Rebéval. Le scellé n° 107 indiquait dix-neuf mille cinq cents francs. (Rapport de la commission rogatoire du 8 juin 1945).
Robert Camus fut auditionné le 2 août 1945 dans le cadre de la commission rogatoire présidée par un juge d’instruction. Il déclara : « pendant mon séjour aux Brigades spéciales, j’ai été frappé à coups de pied, à coups de poing et à coups de nerf de bœuf par les trois inspecteurs qui m’ont arrêté. Celui qui a montré le plus d’acharnement à me frapper est le dénommé T…, il m’a notamment frappé à coups de pied et à coups de poing dans le ventre ».
Robert Camus fut homologué combattant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) et Déporté interné résistant (DIR).
La date de sa mort n’a pas été portée sur son acte de naissance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article166970, notice CAMUS Robert, Marcel [dit Renard] par Daniel Grason, Gérard Larue, version mise en ligne le 28 octobre 2014, dernière modification le 25 avril 2020.

Par Daniel Grason, Gérard Larue

SOURCES : Arch. PPo. GB 114 bis BS2 carton 22 bis, PCF carton 13 rapports hebdomadaires des Renseignements généraux sur l’activité communiste, 77W 3116, KB 102. – Bureau Résistance GR 16 P 103554. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – État civil, Paris 14e arr. acte de naissance 14N 354 acte n° 2552.

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