BIGIAOUI Roberte [née CABRIT Robertine, Marie, Jeanne, dite, épouse PÉGUY, puis épouse BIGIAOUI]

Par Juliette Bessis, Élise Abassade

Né 20 septembre 1902 à Toulouse (Haute-Garonne), morte le 30 septembre 2002 à Paris (XIIe) ; professeure de lettres ; militante socialiste puis communiste en Tunisie.

Fille d’un employé des contributions directes, Roberte Cabrit grandit dans un environnement proche du christianisme social. Après des études secondaires à Angers (Maine-et-Loire), elle obtint la licence ès Lettres à la Sorbonne tout en étant maîtresse d’internat au lycée de jeunes filles de Versailles (Seine-et-Oise). Reçue au certificat d’aptitude au professorat des lettres qu’elle avait préparé au collège Sévigné, elle fut nommée professeur au collège de jeunes filles de La Fère (Aisne) en 1923. Détachée à la mission universitaire française à Petrosani en Roumanie (février-septembre 1924), elle obtint un poste au collège de jeunes filles d’Arras (Pas-de-Calais) puis obtint un congé à partir d’octobre 1925 pour préparer l’agrégation (échecs en 1927 et 1928).

Roberte Cabrit se maria le 29 octobre 1923 à la mairie du Ve arrondissement de Paris avec Marcel, Antoine Péguy, fils aîné de Charles Péguy, éditeur des Cahiers de la Quinzaine. Ils eurent une fille. Séparée de son mari depuis 1925, elle divorça en 1931. Professeure depuis octobre 1929 au lycée Fallières à Tunis, elle épousa, le 20 juin 1932 à Tunis, Georges Bigiaoui, avocat à la Cour, juif tunisien naturalisé français. Ils eurent un fils.

Membre du Parti socialiste SFIO, elle collabora à Tunis socialiste en tant que responsable de la chronique littéraire. Elle appartint également au bureau du syndicat de l’enseignement, rattaché à l’Union départementale CGT. Elle fut menacée de mise à la disposition du gouvernement français lors de la répression inaugurée en 1934 par le Résident général Peyrouton.

Proche collaboratrice d’Albert Bouzanquet, elle fut élue en 1936, secrétaire de l’Union locale de Tunis, et secrétaire générale adjointe de l’Union départementale CGT en 1937. Responsable de la négociation des conventions collectives (plus de cent conventions furent signées entre 1936 et 1938), elle déploya une activité syndicale considérable. Elle fut condamnée pour délit de presse à 200 F d’amende en avril 1938, en raison de ses attaques contre la répression inspirée par les coloniaux prépondérants.

Au congrès extraordinaire de l’Union départementale CGT d’avril 1939, elle se serait prononcée contre l’exclusion des communistes ; elle conserva ses responsabilités syndicales jusqu’en octobre 1940. En juin 1940, dans Tunis socialiste, elle prit vigoureusement position contre l’armistice et le pétainisme. En « application des lois d’exception du gouvernement de fait de Vichy », elle fut relevée de ses fonctions le 10 mars 1941 puis expulsée le 10 mars 1942. Ces mesures s’expliquaient, selon l’administration, par ses « activités extraprofessionnelles ». En effet elle collaborait à Radio-Tunis avec des chroniques, la revue de presse et le tour d’horizon politique hebdomadaire. En rapport avec la Résistance, elle rejoignit les rangs du Parti communiste tunisien. Elle entreprit des études à la faculté de droit d’Alger et obtint la licence en 1943. Dans ce contexte, sa fille, née Péguy, fut menacée d’être arrêtée pour faire pression sur sa mère qui parvint à se soustraire à toute incarcération ou déportation.

Les dirigeants du PCT souhaitaient qu’elle joue un rôle de jonction entre ce dernier et la SFIO. Après l’arrivée des Alliés, elle s’inscrivit au barreau de Tunis. Elle fut secrétaire du comité tunisien de la France combattante et responsable de son journal La Victoire. Editorialiste de Radio-Tunis de 1944 à 1948, révoquée pour ses prises de position très critiques à l’égard de la politique pratiquée en Tunisie, elle revint à l’enseignement après 1948 ;
Elle participa régulièrement, et fut l’une des seules femmes, à la rédaction de L’Avenir de la Tunisie, journal communiste. Également très active à l’association des Amis de l’URSS, peut-être, présidente dans les années 1940, elle fut l’une des seules femmes du PCT à monter régulièrement à la tribune et à haranguer la foule ; de plus, elle fut l’une des seules d’entre elles qui adhéra d’elle-même au PCT et eut un rôle de premier plan, sans demeurer dans l’ombre d’une figure masculine, tel un époux ou un frère ; son époux n’était d’ailleurs pas membre du PCT mais la soutint dans ses engagements. Il semblerait qu’elle ait également fait partie de l’Union des Femmes de Tunisie, organisation féminine d’obédience communiste, au même titre que la plupart des femmes du PCT ; elle eut des opinions "féministes", en faveur de l’obtention de droits pour les femmes.

Elle quitta la Tunisie en juillet 1956 et s’installa avec son mari à Paris. Ce dernier, avocat, en vertu des accords judiciaires, fut dans l’obligation de plaider en arabe littéraire qu’il ignorait, ce qui créa des difficultés. Nommée au collège classique de jeunes filles de Courbevoie, comme professeur certifiée, elle obtint sa mutation dès octobre 1956 pour le lycée Victor Hugo puis enseigna au collège Paul Bert jusqu’à sa prise de retraite en septembre 1957.
Elle s’inscrivit au Parti communiste français puis s’en éloigna progressivement à partir de mai 1968 ; à Nanterre, elle côtoya des maoïstes en mai 1968.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16699, notice BIGIAOUI Roberte [née CABRIT Robertine, Marie, Jeanne, dite, épouse PÉGUY, puis épouse BIGIAOUI] par Juliette Bessis, Élise Abassade, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 7 novembre 2021.

Par Juliette Bessis, Élise Abassade

SOURCES : Arch. Nat., F17 26328, 28837. — Archives diplomatiques. — Arch. OURS, fédération de Tunisie. — Juliette Bessis, Les Fondateurs, L’Harmattan, 1985. — Témoignages de son fils Jean-Christophe Bigiaoui et de l’historien Claude Nataf. — Notes de Jacques Girault.

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