GOMEZ OLLERO Alfredo

Par Julien Lucchini, Carlos Fernandez, Annie Pennetier

Né le 9 septembre 1905 à Paderne de Allariz province de La Corogne, (Espagne), fusillé le 13 février 1943 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; Espagnol ; résistant du Parti communiste d’Espagne clandestin ; Procès des 42.

Alfredo Gomez Ollero avec Madeleine Jencheret, la mère de celle-ci et Madame Hamon.
Collection Madeleine Farge

Fils de Ramon Gomez Lomas et de Teresa Ollero, Alfredo Gomez Ollero était le benjamin d’une famille de huit enfants. Dès l’âge de treize ans, son père l’initia au métier de cordier qu’il pratiquait l’été en Andalousie, région productrice de lin et de chanvre.
Suite au putsch franquiste du 18 juillet 1936, il rejoignit les milices populaires pour la défense de la république légale. Remarqué, en décembre 1936, il fut promu capitaine d’infanterie dans l’Armée républicaine espagnole puis début 1937, intégra la 11e Compagnie dirigée par Enrique Lister. Il y connut le galicien Benedicto Blanco Dobarro et ils combattirent sur les fronts de Teruel,et Madrid où Alfredo fut gravement blessé d’une balle dans la poitrine. Convalescent, le 11 mai 1937, il apprit que son frère le sergent Serrino Gomez Ollero venait d’être tué sur le front.
Suite à l’avancée des troupes franquistes, Alfredo Gomez Ollero s’engagea dans des commandos d’élites chargés de s’approcher des troupes ennemies pour y détruire des installations stratégiques ; il dirigeait un petit groupe auquel appartenait Camilio Perez qui en témoigna en 2006 auprès de Carlos Fernandez.
Comme des milliers de républicains espagnols, il prit le chemin de l’exil à travers les Pyrénées, la Retirada, puis fut interné dans les camp d’internement des Pyrénées-Orientales, d’ Argelès-sur-Mer puis du Bacarès. le 16 novembre 1939, il écrivit à sa femme « je me trouve prisonnier au milieu de ces sables maudits. » En 1940, il s’engagea dans la 178e Compagnie de Travailleurs Étrangers CTE basée au Vieux Doulon à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) où il travailla à la construction de la gare de triage du Grand-Blottereau à Nantes. Il logeait dans un meublé chemin du Brûlis. Les CTE devinrent de véritables pépinières du Parti Communiste d’Espagne clandestin, Alfredo s’y employa et entra en contact avec Albert Bregeon qui le présenta à Claude Millot, un des responsables régionaux de l’Organisation spéciale (OS), créée par le Parti communiste. Dans un premier temps, l’essentiel de la lutte clandestine était la diffusion de tracts et journaux en langue espagnole et catalane. À l’automne 1941, la direction du Parti communiste d’ Espagne clandestin demanda à ses organisations de base de sélectionner des militants pour former des groupes de guérilleros armés ; Alfredo Gomez Ollero, devenu un des responsables départementaux, impulsa la création de ces "Groupo Especial" (GE) : 16 membres y appartenaient début 1942, 80 à son apogée. Il forma également à la lutte armée des résistants français novices.
Le Service de Police anticommuniste (SPAC) en liaison avec la police allemande réussit à démanteler l’essentiel de la structure clandestine du PCE en Loire-Inférieure ; les arrestations commencèrent le 27 juin 1942, Alfredo entra en clandestinité, se réfugia chez Marcel Boissard à Trentemoult puis, muni d’une fausse carte d’identité au nom de Bastiani fournie par Claude Millot, il se cacha à Nozay où l’instituteur Marcel Viaud lui trouva un emploi dans une ferme.
Il y fut arrêté le 16 septembre 1942, par le SPAC Service de la police anti communiste, pour « organisation terroriste et transport d’armes ». Une première fiche de police fait état de son écrou « officiel » le 2 octobre, entre ces deux dates il subit de terribles tortures. Interné à la prison Lafayette de Nantes, il partagea sa cellule avec Roger Guédon. Le 23 novembre, les Renseignements généraux établirent un rapport indiquant : "responsable de toutes les opérations militaires de l’O.S. Il était également accusé pour sa participation à l’organisation de l’évasion du résistant Raymond Hervé du Palais de justice de Nantes.

Le 15 janvier 1943, le procès appelé plus tard "Procès des 42" s’ouvrit au Palais de justice de Nantes ; il devait démontrer l’existence d’un complot communiste, en même temps qu’il visait à impressionner la population. Cinq Espagnols figuraient au banc des accusés : Alfredo Gomez Ollero et Benedicto Blanco Dobarro, en tant que chefs de l’Organisation spéciale, Miguel Sanchez Tolosa, Ernesto Prieto Hidalgo et Basilio Blasco Martin, comme simples membres du groupe de Blanco Dobarro.Le 28 janvier 1943, le verdict fut rendu ; les trente-sept francs-tireurs furent condamnés condamné à mort pour appartenance à une « organisation terroriste » par le tribunal militaire allemand FK 518 de Nantes, puis fusillés au champ de tir du Bêle, neuf le 29 janvier, vingt-cinq le 13 février et trois le 7 mai 1943.

Il a été inhumé au cimetière de La Chapelle-Basse-Mer, avec ses camarades espagnols fusillés le même jour : Benedetto Blanco Dobarro, Basilio Blasco Martin, Ernesto Prieto Hidalgo et Miguel Sanchez Tolosa, aux côtés de 12 Français dont les corps réintégrèrent plus tard les lieux de sépulture souhaités par leurs familles.Les résistants espagnols y reposent toujours.

La mention "Mort pour la France" lui fut attribuée suivant la décision du Ministre des Anciens combattants en date du 6 juin 1947 et il fut homologué Capitaine des FFI, le 15 juillet de la même année mention retranscrite à Nantes sur son état civil.
En 2004, suite à la victoire de la gauche aux élections espagnoles, le "Collectif du Procès des 42" crée par le Comité départemental du souvenir des fusillés de Nantes et Chateaubriant eut l’idée d’envoyer aux autorités de Madrid un avis de recherche pour tenter d’établir le contact avec les familles de ces cinq fusillés. C’est ainsi que, très vite, deux premières familles se manifestèrent, des familles qui ignoraient tout de leur parent, frère, père, grand-père ou oncle, depuis son départ d’Espagne. Tout au plus avaient-elles été informées du décès, mais elles ignoraient l’activité de résistant, le procès, l’exécution et, bien sûr, le lieu de la sépulture.
La venue de ces familles à Nantes et leur recueillement sur les lieux où leur ancêtre avait été exécuté ou enterré ont donné lieu à des scènes émouvantes. Dans la foulée, le carré du cimetière de La Chapelle-Basse-Mer fut remis à neuf, et une sculpture, réalisée par le plasticien d’origine allemande Ekkehart Rautenstrauch et payée par une souscription volontaire, fut inaugurée le 12 février 2006, en présence des deux filles d’Alfredo Gomez-Ollero, de la soeur de Miguel Sanchez-Tolosa et d’une foule de 400 personnes environ.

Un banquet amical put ensuite réunir près de 200 convives, parmi lesquels d’anciens voisins de ces résistants venus évoquer leurs souvenirs, comme Madeleine Farge, qui habitait près d’Alfredo, à Doulon, et qui l’a reconnu sur une photo de la presse locale. Elle a pu ainsi témoigner du temps où il travaillait à la construction de la gare de triage ferroviaire du Grand-Blottereau.
Le petit-fils d’Alfredo Gomez Ollero, Jose Ramon Guede Gomez a effectué en 2005, des recherches auprès des archives militaires à Ségovia qu’il a transmis au "Collectif du procès des 42".
En 2006, en Galice, une plaque fut apposée sur la maison natale d’Alfredo Gomez Ollero.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article167052, notice GOMEZ OLLERO Alfredo par Julien Lucchini, Carlos Fernandez, Annie Pennetier, version mise en ligne le 8 décembre 2014, dernière modification le 30 mai 2022.

Par Julien Lucchini, Carlos Fernandez, Annie Pennetier

Alfredo Gomez Ollero
Alfredo Gomez Ollero
Alfredo Gomez Ollero avec Madeleine Jencheret, la mère de celle-ci et Madame Hamon.
Collection Madeleine Farge

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII 4, Liste S 1744 (Notes de Thomas Pouty). — Site du Comité départemental du souvenir des fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la région en Loire-Inférieure. — Archives consultées par Carlos Fernandez : (Arch. Dép. Loire-Atlantique 27J 60, 27J 18, 1623 W45, 1694 W45 et 305 J 3 . Archo Historico Nacional C/Gibraltar n°2, 37071 Salamanca . Journal La Voz de Galicia 12 de Febrero del 2006. correspondance avec la famille). — Carlos Fernandez, De la guerre d’Espagne...à la Résistance , Nantes, 2010 . — Ghislain Audion, Réfugiés espagnols en Loire-Inférieure, 1936-1945, Geste éditions, 2015 . — État civil.

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