BIGOURET Lucien alias MOSNAY

Par Daniel Grason, Claude Pennetier, Rémi Skoutelsky

Né le 1er septembre 1907 à Seignelay arrondissement d’Auxerre (Yonne), mort le 14 janvier 1945 à Neuengamme (Allemagne) ; ajusteur forgeron ; conseiller municipal communiste d’Issy-les-Moulineaux ; combattant des Brigades internationales en Espagne ; résistant déporté.

Bons de soutien saisis
Bons de soutien saisis

Fils de Jean, maçon tué pendant la Première Guerre mondiale et de Valentine, Rosalie Thibault, femme de ménage, Lucien Bigouret fut adopté par la Nation en novembre 1918. Sa mère et ses frères sympathisèrent avec les idées communistes. Il fréquenta l’école primaire jusqu’à douze ans et obtint le certificat d’études primaires puis se forma en calcul. De la classe 1927, il fit son service militaire à Auxerre dans l’Yonne.
Domicilié à Issy-les-Moulineaux (Seine), ouvrier métallurgiste chez Citroën, il adhéra à la CGTU en 1931, au Parti communiste l’année suivante et suivit une école de cadres. Il fut élu conseiller municipal de sa ville, le 12 mai 1935, sur la liste antifasciste dirigée par Victor Cresson. Il était en 1937 membre du Comité régional Paris-ville et responsable du PCF dans son entreprise. Également trésorier de la section syndicale, il était délégué du personnel depuis la grève de juin 1936.
Doté d’une expérience de caporal armurier mitrailleur acquise au service militaire, il servit en Espagne républicaine à partir du 14 novembre 1937. D’abord affecté à l’usine n° 1 d’Albacete, il fit ensuite partie de l’état-major de la 14e Brigade internationale la Marseillaise, comme responsable de la presse et de la propagande. Il cosigna bon nombre des fiches d’appréciations politiques établies pour chaque volontaire rapatrié à l’automne 1938 comme « responsable du Comité de parti de la brigade ». On peut lire dans son propre dossier, conservé aux archives du RGASPI (Moscou), l’appréciation suivante du commissaire politique de la brigade, Henri Tanguy (futur Rol-Tanguy) : « Dévoué, compréhensif, courageux. Bon organisateur. Conduite morale irréprochable. Militant intègre. En progression. Gagnerait à s’extérioriser et ainsi gagnerait en autorité. Camarade peut-être un peu timide mais sait à l’occasion être énergique. Possède à la brigade l’estime de tous ».
Rentré après novembre 1938 en France, il fut un temps instructeur du Parti dans la région parisienne. Il habita successivement à partir du 5 décembre 1932 au 1 rue Édouard-Nan, puis 9 bis avenue de Verdun à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine), enfin 31 rue Henri-Martin à Vanves dans le même département. Le 2 septembre 1939, il fut mobilisé au 608e Pionniers en qualité de caporal à Autun (Saône-et-Loire). Démobilisé le 16 août 1940 à Nantiat arrondissement de Bellac (Haute-Vienne). Il se rendit chez sa mère, veuve, qui demeurait à Seignelay (Yonne) et y resta trois semaines.
Rentré à Issy-les-Moulineaux, il logea chez son amie Doublet. Il reprit contact avec le Parti communiste, était rétribué 1800 à 2000 francs chaque mois. En octobre 1940, il loua une chambre sous le nom de Jean Mosnay au 8, rue Dautencourt à Paris (XVIIe arr.). Le gérant de l’immeuble ne lui demanda aucune pièce d’identité justificative.
En mars 1941, il était responsable politique de la région P6 de la région parisienne, dont Roger Linet était le responsable aux masses. Lucien Bigouret a été l’un des fondateurs du Front national sous l’Occupation. Une attestation du mouvement, établie à la Libération, indique que se constituèrent sous son impulsion des noyaux de cette structure dans les trois départements de la région parisienne.
Lucien Bigouret a été repéré le jeudi 26 mars 1942 vers 15 heures place de Bitche à Paris (XIXe arr.) alors qu’il parlait avec Dupuis alias Pennequin. Une heure après il rencontrait Beyssere alias Besse. Ensemble ils se rendaient place Jean-Jaurès où ils rencontrèrent Hammache, puis continuèrent leur chemin et se séparèrent à 17 heures 25.
Le vendredi 10 avril, il sortit de son domicile du XVIIe arrondissement rue Dautancourt à 13 heures 30, il prenait le métro à la station La Fourche jusqu’à Victor-Hugo dans le XVIe arrondissement. Il rencontra un homme non identifié. Le lundi 13 avril à 13 heures 15, il quitta son domicile et se rendit place de la Concorde à pied, il rencontra un homme d’une trentaine d’années qui ne fut pas identifié par le police. Le mardi 14 avril à 14 heures, il prenait l’autobus 31 et se rendait à la mairie du XVIIIe arrondissement. De là il prenait le métro à la station Jules-Joffrin, descendit à Porte de Versailles (XVe arr.). Sur le boulevard Lefèvre il rencontra un homme à la hauteur du n° 51, ils conversèrent une vingtaine de minutes et se rendaient rue de Vaugirard où ils rencontrèrent un autre homme. Ces deux résistants furent identifiés comme étant Jean Laffitte alias Dubreuil et Lloubes alias Lafargue, Jarlan, Dartois.
Le jeudi 16 avril il quittait son domicile vers 14 heures, prenait le métro à La Fourche, descendait à Sentier. Il empruntait plusieurs petites rues, rencontrait un homme avec qui il se rendait dans un café de la rue des Petits-Champs (IIe arr.). Dix minutes après ils ressortaient. L’inconnu fut suivit par les policiers jusqu’à la place des Victoires (IIe arr.), il était rejoint par Lucien Bigouret et un autre homme. Les deux hommes ne furent pas identifiés.
De surveillance sur le boulevard Poniatowski (XIIe arr.), des inspecteurs rencontraient le samedi 18 avril Lucien Bigouret accompagné d’une femme. Le couple se rendit porte de Vincennes où ils se séparèrent, la femme n’a pas été identifiée. Le lundi 20 avril à 13 heures 10, Lucien Bigouret sortit de son domicile à 13 heures 10, il prenait le métro à La Fourche, descendait à La Muette. Il se promena dans le square pendant 45 minutes. Il y rencontra Perrault qui disparut une quinzaine de jours avant le coup de filet contre Édouard Altani, Jean Laffitte, Jean Lloubes et d’autres résistants.
Arrêté le 16 juin 1942 par trois inspecteurs des Renseignements généraux vers 20 heures alors qu’il conversait avec Richard Ledoux au square des Arts et Métiers au 20, rue de Réaumur à Paris (IIIe arr.). Il en appela aux passants criant à plusieurs reprises « À nous les patriotes ! » Maitrisé, il a été emmené dans les locaux du commissariat de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine).
Fouillé, il était porteur de : trois notes, une lettre, une circulaire, un tract, un exemplaire de l’Humanité et de la Vie ouvrière, de trois lettres dactylographiées, un rapport manuscrit, deux tracts, six bouts de papier avec des annotations, une feuille de papier blanc portant des noms, une bande de papier portant la mention « P I + 30 », un texte dactylographié intitulé « Comités de préparation du 14 juillet », 1 550 francs, et un trousseau de cinq clefs.
Son pavillon composé d’un rez-de-chaussée et d’une cuisine situé 31 rue Henri-Martin à Vanves (Seine, Hauts-de-Seine) a été perquisitionné. Aucun document n’y fut découvert. La chambre qu’il occupait 8, rue Dautancourt sous le nom de Mosnay a également été perquisitionnée. Les policiers saisissaient 780 vignettes pour la solidarité, trente-deux stencils vierges, 44 brochures éditées par le Parti communiste clandestin. Il répondit avoir les vignettes en « garde depuis six mois » et les stencils depuis trois mois « j’en remettais aux agents de liaisons qui m’en demandaient, dans les cas urgents. » Quant aux 44 brochures « je devais les remettre à un agent de liaison pour une constitution d’archives. »
Selon ses déclarations il assura les liaisons, portait des plis. Les policiers lui demandèrent pourquoi au moment de son arrestation il cria à plusieurs fois « À nous les patriotes ! » Il répondit « J’ai crié ainsi, dans la rue, afin que le foule intervienne en ma faveur, mais je n’ai pas insisté quand j’ai constaté qu’il n’y avait aucune réaction. »
Concernant les militants qu’il rencontra, il fut évasif. « Il est possible que j’ai rencontré les personnes auxquelles vous faites allusion et à la date que vous indiquez mais je ne m’en souviens pas. » Concernant les résistants qu’il rencontra et que les policiers n’identifièrent pas, il ne s’en souvenait pas. Les autres Jean Laffitte et Jean Lloubes, ils avaient été identifiés par les policiers lors des rendez-vous. Il déclara que son amie Doublet « n’était absolument pas au courant de son action politique. »
Lors de sa comparution le 3 juillet 1942 devant le juge d’instruction il confirma les déclarations faites à la police. Il assuma ses actions : « Il est possible que j’ai été en rapports avec des individus indiqués dans le rapport des inspecteurs qui ont procédé aux filatures. Mais je ne les connais pas sous les noms que vous m’indiquez. » Il dédouana son amie Renée Doublet, elle « ignorait tout de mon activité clandestine. »
Interné à la Santé jusqu’en mai 1943, il fut condamné le 7 mai de cette année-là à trois ans de prison et 1300 francs d’amende par la Section spéciale de la cour d’appel de Paris pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Transféré à la centrale de Poissy, puis à Compiègne où il fut déporté le 21 mai 1944 à Neuengamme (Allemagne). Il mourut à l’infirmerie du camp le 14 février 1945.
Lucien Bigouret a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), lieutenant des FFI en octobre 1950. Son acte de décès porte la mention « Mort pour la France ». Son nom a été gravé sur les Monuments aux morts d’Issy-les-Moulineaux et d’Auxerre dans l’Yonne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16708, notice BIGOURET Lucien alias MOSNAY par Daniel Grason, Claude Pennetier, Rémi Skoutelsky , version mise en ligne le 2 janvier 2019, dernière modification le 2 janvier 2019.

Par Daniel Grason, Claude Pennetier, Rémi Skoutelsky

Bons de soutien saisis
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SOURCES : AN Z/4/77, Z/4/144. – Arch. PPo. BA 1928, KB 11. – Arch. RGASPI, Moscou, 495 270 2443, autobiographie du 13/06/1937, 545/6. – Bureau Résistance GR 16 P 59683. – Arch. AVER – Arch. Dép. Seine, DM 3 ; Versement 10451/76/1. – Arch. André Marty E XII. – Arch. Ministère des Anciens combattants. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004.

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