VITIELLO Eugène

Par Daniel Grason

Né le 21 septembre 1906 à Bizerte (Tunisie), mort en janvier 1985 ; tourneur sur métaux ; militant communiste ; résistant ; déporté.

Fils de Stanislas et de Anna Errera, Eugène Vitiello épousa Marie Amuroso en mairie de Bizerte, le couple eut deux enfants. Il travaillait comme tourneur à l’arsenal de Bizerte, il se syndiqua à la CGTU en 1933. Membre du parti communiste, en 1935 il fut condamné par le tribunal d’Alger à quatre mois de prison, cent francs d’amende et cinq ans d’interdiction de séjour pour transport de tracts communistes « incitant à la haine » et à la « déconsidération du gouvernement ».
La famille vint en France alors considérée comme la métropole, demeurait 5 rue du Champ de l’Alouette à Paris (XIIIe arr.). Il exerça son métier aux usines Gnome et Rhône installée 70 boulevard Kellermann dans le même arrondissement du 5 novembre 1935 au 5 février 1939, puis aux usines Chaise du 20 février au 3 septembre 1939. Mobilisé comme sergent au camp d’aviation d’Avord (Cher), il était démobilisé le 21 juillet 1940 à Tarbes (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques).
Affecté spécial aux usines Gnome et Rhône, la direction lui interdisait de pénétrer dans l’entreprise, certainement en raison de son engagement syndical et politique quand il y travailla. Eugène Vitiello fut embauché le 10 avril 1941 à la Précision Moderne 162 rue Saint-Charles dans le XVe arrondissement, il ne cacha pas ses opinions. La direction le soupçonna de glisser des tracts dans les vestiaires et sur les établis, il quitta l’entreprise le 20 février 1942.
Le jeudi 9 août 1942, jour de marché à La-Varenne-Saint-Hilaire, des militants manifestaient, des hommes armés assuraient la protection, des tracts étaient jetés à la volée : « Ne travaillez pas pour Hitler, car voici ce qui vous attends », « Le Front National de lutte pour l’Indépendance de la France est indispensable au salut de la Patrie ».
Eugène Vitiello fut interpellé par cinq inspecteurs de la BS2 le 12 août à Saint-Mandé (Seine, Val-de-Marne), il détenait cinq mille tracts. Interrogé dans les locaux des brigades spéciales, battu à plusieurs reprises il reconnut sa participation à l’initiative du marché à La-Varenne-Saint-Hilaire où il était chargé de la protection. La BS2 arrêta neuf autres militants : Georges Huchon, Marc Viéville, Marcel Prugny, Louis Ledanff, Edgar Maury, Maurice Huron, Marcel Blanchet, Maurice Couderchet et André Poussadier.
Livré aux Allemands, incarcéré à la Santé, il fut jugé, condamné à trois ans de prison. Il resta un an à la Santé, puis était transféré à la centrale de Clairvaux, puis à la prison de Blois. Il était le 3 mars 1943 dans le convoi de 1570 prisonniers à destination d’Auschwitz (Pologne), arrivé à destination trois jours plus tard, les déportés furent transférés à Buchenwald (Allemagne).
La libération du camp eut lieu le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Un Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans son ouvrage 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Son fils fut auditionné dans le cadre d’une commission rogatoire présidée par un juge d’instruction. Il relata ce qu’il subit lors de son interrogatoire par les policiers de la BS2 : « Mon père a été frappé d’une façon épouvantable. Il a eu trois côtes enfoncées et ne pouvait plus remuer. Il fallait le porter pour qu’il se rendre aux W-C ». (Rapport du 9 janvier 1945).
Eugène Vitiello a été homologué au titre des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Déporté interné résistant (DIR).
L’Humanité du 29 janvier 1985 annonça son décès.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article167139, notice VITIELLO Eugène par Daniel Grason, version mise en ligne le 23 février 2020, dernière modification le 19 mars 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 77W 393, KB 95. – Bureau Résistance GR 16 P 597763. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. du Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977.

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