BLANVALET Théophile.

Par Jean Neuville

Fléron (pr. et arr. Liège), 13 avril 1855 – Liège, 10 mars 1894. Instituteur, directeur d’une école communale puis journaliste et rédacteur en chef dans la presse socialiste, militant socialiste, fondateur et gérant d’une coopérative socialiste à Liège.

Fils de Dominique Blanvalet*, instituteur communal, Théophile Blanvalet collabore, dès l’âge de douze ans, au périodique, Le maître populaire. Il entre à l’école normale de Huy (pr. Liège, arr. Huy) à seize ans. Il devient instituteur successivement à Liège et à Bressoux (pr. et arr. Liège) où il prend la direction de l’école communale. Aux environs de 1878, il quitte l’enseignement pour le journalisme. Il fonde un quotidien qui ne résiste que trois ans : Le perron liégeois. Il est alors rédacteur du National belge, quotidien défendant le programme radical et dirigé par Gabriel Marchi, français, et ensuite par Jean Volders (il disparaît en 1885). Il crée ensuite La ligne droite, édition liégeoise du National belge. En 1885, il fonde l’hebdomadaire socialiste, L’Avenir, « organe des sociétés ouvrières démocratiques », qui deviendra plus tard bimensuel.

Au lendemain des grèves de mars 1886, Théophile Blanvalet participe à la fondation, aux côtés d’ouvriers mineurs, de la ligue Les Équitables travailleurs de Saint-Gilles. Fougueux orateur, il prend une part active dans la création du Parti ouvrier belge (POB) liégeois. Avec Célestin Demblon*, il fait partie des Grelots progressistes, un groupe libéral.

Avec M. Thirion*, Théophile Blanvalet est délégué de la Fédération ouvrière de la Meuse à la Commission du travail qui se tient à Liège à partir du 26 août 1886. Membre du Bureau de cette commission, il intervient régulièrement pour faire préciser les plaintes et revendications des déposants ouvriers. Il propose même, à la séance du 31 août, que les délégués mineurs soient réentendus contradictoirement avec les directeurs car « les témoins et délégués des mineurs, après avoir pris connaissance des réponses de M.M. les directeurs, déclarent maintenir ce qu’ils ont dit. Ils ne mettent pas en doute la bonne foi des chefs mais ils croient qu’ils sont très imparfaitement renseignés sur ce qui se passe dans leurs exploitations et sur les abus existants ». À la séance du 4 septembre, c’est en tant que représentant des 38 associations ouvrières regroupant 8.000 membres, qu’il explique que le « 18 mars », jour de grève à Liège, n’aura plus lieu grâce aux organisations qui se sont mises en place. Incontestablement, Théophile Blanvalet ne veut pas heurter les bourgeois : « La crise est le résultat d’une mauvaise organisation sociale. Nous voulons y remédier en élevant la classe ouvrière, en la moralisant. Chaque fois que nous prenons la parole devant les ouvriers, nous leur rappelons leurs devoirs, mais nous leur rappelons aussi leurs droits. Quand ils exerceront leurs droits, ils rempliront mieux leurs devoirs ». Il conclut son intervention en demandant l’amnistie pour les condamnés lors des grèves de mars 1886.

Il paraît certain que cette attitude est caractéristique de la conception de Théophile Blanvalet. Peu avant sa participation à la Commission du travail, après l’interdiction de la manifestation du 13 juin 1886 pour le suffrage universel, il prend la parole à Liège le 4 juillet. Ses propos sont rapportés par le commissaire en chef de police de la ville de Liège au gouverneur de la province : « Nous ne voulons pas recourir à l’émeute. Il ne suffit pas de détruire, de piller les magasins, il faut édifier et remplacer ce qui existe dans la rue, vous le feriez, je l’espère, mais cela n’est pas nécessaire maintenant, je le crois. Une révolution à l’époque actuelle profiterait exclusivement aux deux partis qui, depuis 55 ans, se disputent le pouvoir (...). Aujourd’hui, c’est par l’organisation ouvrière que nous voulons préparer la réorganisation sociale et une liquidation générale. Les capitalistes, les banquiers, tous les exploiteurs sont ligués contre nous, c’est ce qui fait leur force. Préparons l’avenir pour nos enfants et nos petits enfants. Il faut des associations ouvrières ayant des caisses pleines d’écus, des greniers pleins de farine et des caves remplies de pommes de terre. Alors la bourgeoisie devra capituler. Je suis partisan de la révolution, mais de la révolution pacifique. Ce sont les institutions et les principes que nous attaquons et non les personnes... »

Le thème de l’organisation préalable de la classe ouvrière est à nouveau défendu par Théophile Blanvalet le 21 mars 1887 lors d’un meeting organisé par l’Association des métallurgistes de Seraing. Une lettre du commissaire de police de Seraing à son bourgmestre rapporte les paroles de Blanvalet : « ... en ce qui concerne la grève générale votée dernièrement par le Congrès des houilleurs de Jolimont, elle est irréalisable pour le moment attendu que les ouvriers ne sont encore que mal organisés et ne possèdent ni sociétés coopératives ni caisses de résistance. Dans les conditions actuelles, la grève générale ne ferait qu’amener la mort de nombreux ouvriers qui seraient impitoyablement massacrés sans aucun profit pour la société, du moins pour la classe ouvrière ».

Théophile Blanvalet répond à cette nécessité d’organisation. Après une visite à la coopérative, le Vooruit (En avant) à Gand (Gent, pr. Flandre orientale, arr. Gand), il entreprend une propagande en vue de réaliser à Liège une œuvre coopérative comme celle de Gand. Il en résulte, en 1887, la création, au Coq d’or, quai de la Batte, de La Populaire. Il assure la gérance quelques années. Il représente La Populaire ainsi que l’Association des mécaniciens de Liège au Congrès du Parti ouvrier belge (POB) de décembre 1889, congrès qu’il préside et où il est élu membre du Bureau du parti.

De nature « douce, bonne, affectueuse, sympathique », rapporte Louis Bertrand, Théophile Blanvalet a cependant « à souffrir comme tant d’autres, d’inimitiés, de rancunes et de mesquines rivalités ». Pour assurer sa subsistance et celle de son épouse, une institutrice liégeoise, Marguerite Bonhomme (mariage le 16 août 1888), il continue à rédiger son hebdomadaire mais travaille dans une compagnie d’assurances. Pendant trois mois, du 4 janvier au 3 avril 1890, il est l’imprimeur de l’hebdomadaire socialiste, L’écho de Huy.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article167513, notice BLANVALET Théophile. par Jean Neuville, version mise en ligne le 16 novembre 2014, dernière modification le 30 octobre 2020.

Par Jean Neuville

SOURCES : Le Peuple, 19 août 1888 et 14 mars 1894 – Les coopérateurs belges, 1er avril 1894 – BERTRAND L., Histoire de la coopération en Belgique. Les hommes - Les idées - Les faits, t. 2, Bruxelles, 1903, p. 419- 420 – SERWY V., La coopération en Belgique, t. IV : La vie coopérative - Dictionnaire biographique, Bruxelles, 1952 – LINOTTE L., Les manifestations et les grèves dans la province de Liège de 1831 à 1914. Inventaire sommaire des archives de la Sûreté publique et de la province de Liège, Louvain-Paris, 1964, p. 35, 47, 54, 57, 63, 68, 73 (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine, 34) – LUC-JORIS C., La presse à Huy (1830-1914), Louvain, 1976, p. 50 (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine, 82).

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