GAUTHIER Joseph, Aimé [dit Chevalier, dit Georges et Jojo]

Par Daniel Grason

Né le 3 mars 1920 à Beaune (Côte-d’Or), fusillé le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; résistant FTPF du détachement Kléber.

Fils d’Étienne, garde-champêtre, et de Gabrielle, née Jeannin, sans profession, Joseph Gauthier obtint à l’issue de sa scolarité le brevet élémentaire. Il fut employé de bureau dans l’aéronautique chez Hispano-Suiza à Bois-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine). Mobilisé dans un dépôt militaire le 8 juin 1940, il travailla aux chantiers Bayard à Gap. Démobilisé le 31 janvier 1941, il épaula jusqu’en mai 1943 ses parents qui tenait une épicerie rue du Dessous-des-Berges dans le XIIIe arrondissement. Il craignait d’être requis pour le Service du travail obligatoire (STO).
Fin janvier ou début février 1943, il rencontra aux Halles de Paris, où il achetait des légumes pour l’épicerie de ses parents, Berthe Laskar, dite Mireille, il lui confia son intention de partir en Angleterre. Celle-ci lui fit comprendre les difficultés à réaliser son souhait, mais qu’elle pouvait le mettre en relation avec des personnes chargées de soutenir un futur débarquement anglo-américain, une association selon Mireille. Mis en contact avec Jean Gross et Husson, il accepta d’entrer dans ce qui était une organisation sous le pseudonyme de Chevalier, matricule 3101. Lorsqu’il fut affecté au détachement Kléber, il se rendit compte qu’il était entré dans une organisation dépendant du Parti communiste.
Membre du détachement Kléber de la région P3 des FTP, Joseph Gauthier fut chargé de la surveillance des heures de passage des trains et de la fréquence des patrouilles qui surveillaient les voies ferrées sur la ligne du nord à la hauteur de Monsoult-Maffliers (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Cette surveillance était destinée à déterminer le moment le plus propice pour faire sauter la voie ferrée. Fin mai, Jean Gross l’informa d’un projet d’attentat contre des soldats allemands au foyer du soldat à Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine), Gross devait lancer une grenade, tandis que Gauthier aurait assuré la protection.
À la suite de l’arrestation de Marcel Kaufmann, des inspecteurs de la BS2 interpellèrent Joseph Gauthier le 25 juin 1943. Son domicile au 6 rue Darmesteter à Paris (XIIIe arr.) fut perquisitionné, et les policiers saisirent un carnet de rendez-vous avec mention de frais, deux adresses, la mention d’un rendez-vous « vendredi 8 – 14 Opéra », des mentions en sténographie.
Lors de son interrogatoire dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, il déclara que jamais il n’avait possédé une arme, il exprima ses réticences concernant les actions armées. Ses appointements devaient être de 500 francs par semaine, mais il n’avait rien perçu. Jean Gross lui avait remis des cartes de pain, de matières grasses et de viande.
Incarcéré à la prison de Fresnes, il comparut le 1er octobre 1943 devant de tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Condamné à mort pour « activités de franc-tireur », il fut passé par les armes le 6 octobre à 16 h 39 au Mont-Valérien. Son inhumation eut lieu au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Le ministère des Anciens Combattants lui attribua la mention « Mort pour la France » le 4 décembre 1946, Joseph Gauthier fut homologué comme sergent FFI.

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Dernières lettres
 
Fresnes, le 6 octobre 1943
Petite mère chérie,
Quand j’ai essayé de te donner du courage, lundi dernier, je croyais vraiment ce que je te disais. Mais mon recours en grâce vient d’être rejeté et je vais être fusillé dans quelques heures.
Ma petite maman, je t’embrasse de tout mon cœur, à cette minute, je sens vraiment que je n’ai pas toujours été ce ’que j’aurais dû être pour toi, je t’ai sans doute souvent fait de la peine et je le regrette amèrement.
Ma petite maman, mes idées,, tu le comprendras.aisément, sont un peu embrouillées, mais je voudrais que tu devines tout ce que je ressens, ce que je ne dis pas. .
Pour mes affaires, s’il est un souvenir que tu désires, garde-le ; pour le reste, je voudrais que tout ce que tu ne garderas pas aille à Simone.
Je t’embrasse une dernière fois de tout mon cœur qui est plein d’amour pour toi. Embrasse papa pour moi, en lui disant que je regrette aussi de lui avoir fait de la peine. Embrasse tous les amis, Suzon, Simone, tous enfin, Mme Vigny, et dis-leur que saurai mourir pour mon pays en vrai Français, que je ne faiblirai pas un instant, et que jusqu’bout, ma pensée ira vers toi et Simone que je serai heureux que tu reconnaisses pour ta fille.
Je vais sans doute voir l’aumônier, me mettre en règle avec Dieu et, petite mère, nous nous retrouverons tous au ciel un jour. Encore une fois, je t’embrasse de tout mon cœur.
Ton fils qui t’adore,
Jojo
 
Ma petite maman chérie,
Je t’envoie ce mot par l’aumônier qui me promet qu’il t’arrivera. Je serai fusillé dans une heure.
Je mourrai en chrétien et en Français
Sois fière de moi.
Haut les cœurs !
Ton fils qui t’adore.
 
Jojo

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article167876, notice GAUTHIER Joseph, Aimé [dit Chevalier, dit Georges et Jojo] par Daniel Grason, version mise en ligne le 22 novembre 2014, dernière modification le 6 octobre 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., 1W 1229, 77W 716, BA 1748, BA 2299. – DAVCC, Caen, Boîte 5/B VIII 4, Liste S 1744-310/43 (Notes Thomas Pouty). – Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, 1946. — Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil.

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