PAILLARD René, Léon, Jean

Par Claude Pennetier

Né le 13 avril 1925 à Aveney (Doubs), fusillé après condamnation le 26 septembre 1943 à Besançon (Doubs) ; cultivateur ; membre du groupe Guy Môquet FTPF.

René Paillard
René Paillard

Fils de Victor Paillard et de Marie Joséphine Vauthier, cultivateurs, René Paillard, fréquenta l’école communale d’Aveney puis une école catholique à Besançon. Célibataire, exploitant agricole, s’engagea, par l’intermédiaire de Marcel Baud d’Avanne, mi-mars 1943 dans la Résistance , au sein du groupe « Guy Môquet » des Francs-tireurs et partisans français (FTPF). Ce groupe, fondé et dirigé par Marcel Simon était constitué de jeunes hommes de Larnod (Doubs) et de ses environs, en banlieue de Besançon. Constitué dès l’été 1940, longtemps autonome, il se rattacha en février 1943 aux FTPF et prend le nom de « Guy Môquet », en l’honneur du jeune lycéen fusillé par l’occupant allemand le 22 octobre 1941 au camp de Châteaubriant. Le groupe a été à l’origine de nombreux coups de main contre l’occupant (trente et un attentats répertoriés dans l’acte d’accusation lors du procès de Besançon). René Paillard participa en particulier à plusieurs sabotages d’écluses entre mars et avril 1943 et à une attaque sur le fort de Montfaucon qui domine la ville de Besançon.
Il fut arrêté le 2 juillet 1943 à Aveney par la Sipo-SD pour « aide à l’ennemi. Attentats terroristes » dans le cadre du groupe FTP Guy Môquet (Môquet).
Détenu à la prison de la Butte à Besançon, il fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 560 de Besançon le 18 septembre 1943. Dans ce procès, 23 personnes comparurent ; il y eut 17 condamnations à mort et 6 peines de Travaux forcés.
Il a été fusillé le 26 octobre 1943 à la citadelle de Besançon.
Les victimes sont : Raymond Aymonnin, Jean Compagnon, Henri Fertet, Philippe Gladoux, Jean-Paul Grappin, Paul Pacqueriaud, René Paillard, Léon Puget, Roger Puget, Marcel Reddet, Gaston Retrouvey, Balthazar Robledo, Georges Rothamer, Marcel Simon et Satornino Trabado.
Son nom figure à ce titre sur le monument commémoratif « Aux Martyrs de la Résistance » établi dans la citadelle. Il reçut à titre posthume la Médaille de la Résistance, la Médaille militaire et la Croix de guerre.

Dernière lettre.
 
à Monsieur et Madame Victor PAILLARD, à Aveney.
 
Mes chers Parents,
C’est au milieu de la nuit que j’apprends que je vais être exécuté. J’aurai le courage nécessaire. J’ai communié hier soir et je vous dit  : rassurez-vous, nous nous retrouverons au Paradis. Pardonnez-moi toutes les misères que je vous ai faites dans ma vie, je les regrette amèrement. Je n’ai pas peur de mourir pour moi, mais c’est pour vous que j’aurais voulu rester, pour vous faire tout le bien que vous m’avez fait et vous rendre une vieillesse heureuse. Priez, servez Dieu de toute votre âme, et nous nous retrouverons un jour au Paradis.
Votre fils qui vous aime.
René.
 
Chers Parents,
Je viens maintenant à chacun de vous dire mes dernières pensées.
A toi, maman, tu es une sainte ; tu m’as élevé pendant dix-huit ans, et moi, ingrat, je ne t’ai fait que des misères ; pardon, maman. Toi, papa, tu es un saint ; tu as bûché toute ta vie pour moi, et moi, égoïste, je ne songeais pas à vous soulager, pardon, papa. Pardon pour le déshonneur que je vous cause ; j’espère par mon repentir obtenir le Ciel, et là, nous nous retrouverons.
Annie, aime bien le papa et la maman, et sois toujours une bonne chrétienne.
Votre fils repentant,
René.
 
à Monsieur Louis VAUTHIER, à Aveney.
Cher oncle Louis,
Je viens te dire au revoir, parce que je suis sûr que nous nous reverrons au Paradis. Je vous charge de donner le bonjour à tous mes parents, amis et connaissances, et de leur dire que je serai fort devant la mort. Je vous charge de donner un dernier bonjour à Josette, n’ayant pu le faire sur la lettre de mes parents. Au revoir, Michel, donne bien mon au revoir à tous les copains. Dis-leur de ma part qu’ils songent à travailler plutôt qu’à s’amuser.
Salut.
 
René.
à Monsieur Léon TAVERDET.
 
Cher Léon,
Je veux aussi avant de tomber, à toi tout particulièrement, dire ce que j’ai pensé dans ma cellule, et te charger d’en être auprès de tous les camarades le fidèle interprète. Cher Léon, garde dans le bon chemin tous ceux qui ont le bonheur d’y être, et ramènes-y ceux qui ont le malheur de s’en détourner. Je te charge aussi, cher ami, de mettre tout en œuvre pour rebâtir le patronage, car c’est là que l’on conserve pur le cœur des jeunes étourdis.
Ton copain pour toujours.
René.
 
à Monsieur l’abbé VERNEREY, curé d’Avanne,
 
Monsieur le Curé,
Je ne veux pas partir sans vous avoir exprimé mon remerciement pour tout le bien que vous m’avez fait. Depuis mon enfance jusqu’à maintenant, vous n’avez cessé de me faire du bien. A vous spécialement, je veux dire que si je pars, que mes parents ne soient pas affligés, et je vous charge d’être leur consolateur, leur guide, le guide aussi de tous mes camarades. Dites-leur que je serai très courageux devant la mort, et conservez-les toujours dans la crainte et l’amour de Dieu.
Votre ami de toujours.
René.
 
Il semble être l’auteur de cette dernière lettre signée René.
à Mademoiselle Erna Di GIUSTO, à Bondeval par Seloncourt.
 
Ma petite Erna chérie,
 
Je viens t’envoyer un dernier adieu, un dernier baiser. Dans quelques instants je passerai devant le peloton d’exécution. Je suis courageux, je crois l’être. Durant mon séjour ici je n’ai pas cessé de penser à notre si bel amour. Nous devions être heureux, pauvre chérie. Je voudrais que tu oublies ce triste épisode de ta vie, afin que tu puisses être heureuse tout de même.
Console un peu mes parents, montre-leur que mon sacrifice n’a pas été vain. Je t’aime de toutes mes forces. C’est à toi que je penserai et à mes parents dans quelques instants. Je t’envoie mes plus tendres baisers. Tu transmettras de ma part mes dernières pensées à tous les copains, à Dago, à Nanot et Paulette, à Trissot et à tous les collègues. Je pense que vous garderez de moi un assez bon souvenir. Je suis pressé, il faut en finir.
Adieu petite Erna chérie, adieu mon amour. Je t’aime, je t’aime.
Ton Péquiou qui t’embrasse de tout son cœur.
René.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article168117, notice PAILLARD René, Léon, Jean par Claude Pennetier, version mise en ligne le 8 décembre 2014, dernière modification le 14 janvier 2022.

Par Claude Pennetier

René Paillard
René Paillard

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII 4, Liste S 1744. – Fanny Monin, Les fusillés dans le département du Doubs de 1941 à 1944, mémoire de Master 1, Université de Franche-Comté, 2009. – Mémorial GenWeb. – Raymond Tourrain, L’Histoire du groupe Guy Mocquet, Amicale du groupe Guy Mocquet, imprimerie A. Eblé, Besançon, 1974, Besançon. — DVDrom, AERI, La Résistance dans le Doubs. – Notes Michel Thébault. – État civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément