LIÉGEY Raymond, René, Albert

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Né le 14 septembre 1918 à Melay (Haute-Marne), fusillé après condamnation à mort le 4 juillet 1944 à L’Épine (Marne) ; sous-officier de carrière ; résistant ; FTPF.

Raymond Liégey
Raymond Liégey
SOURCE : 
Le Journal de la Haute-Marne, 30 mai 2014

Raymond Liégey était le fils d’Auguste Constant Victorin Liégey, cultivateur, et de Marie Séjournant, sans profession. Il avait épousé Marie Lambing le 1er mars 1940 à Grandvillars (Territoire de Belfort). Il était domicilié à Melay (Haute-Marne) et exerçait la profession de sous-officier de carrière.

Il se réengagea dans le 1er Régiment d’infanterie de l’Armée d’armistice en avril 1942, alors que venait de naître son fils. Rendu à la vie civile par la dissolution de l’Armée d’armistice après l’invasion de la Zone sud par la Wehrmacht en novembre 1942, il rentra à Melay où il trouva un emploi de chauffeur à la carrière de La Dolomie à Voisey (Haute-Marne).

En juillet 1943, par l’intermédiaire d’André Henriot, ébéniste à Neuvelle-lès-Voisey (Haute-Marne) et responsable du groupe du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France du secteur, il s’engagea avec Albert Renaud, Gaston Renaud et Lucien Renaud, trois frères natifs de Melay comme lui, dans un petit groupe de Francs-tireurs et partisans français (FTPF), désigné dans les documents d’archives sous le nom de « Rostov ». Ce groupe comptait aussi quatre Russes, prisonniers de guerre évadés des mines de Lorraine selon le témoignage de plusieurs résistants haut-marnais, déserteurs de l’armée allemande selon le rapport établi par les Renseignements généraux de Chaumont après enquête menée en mai 1953. Ces Russes avaient été pris en charge par des résistants du secteur de Voisey, et Raymond Liégey en avait hébergé un, connu sous le nom de « lieutenant Michel », pendant quelque temps à Melay.

Le 19 janvier 1944, Raymond Liégey fut arrêté par des gendarmes de la brigade de Laferté-sur-Amance (Haute-Marne) pour des faits accomplis avec les frères Renaud, qui avaient été arrêtés deux jours plus tôt. Les motifs retenus par les gendarmes français étaient : vol de tickets d’alimentation à Melay, abattage clandestin d’un bovin sur propriété d’autrui à Chauvirey-le-Châtel (Haute-Saône), attaques à main armée à Neuvelle-lès-Voisey et à Fresnes-sur-Apance (Haute-Marne), vol de tabac à la gare de Voisey. À l’issue de chaque opération, des bons de réquisition portant l’inscription « Front national-FTPF » étaient remis en échange des marchandises.

Peu de temps après, le groupe de résistants du secteur de Voisey fut infiltré par Gaston Renaudin, dit Totor, qui se présentait comme un résistant de Haute-Saône cherchant refuge auprès de camarades de Haute-Marne, et par Gabriel Szymkowiak, dit Bacchus, qui se faisait passer pour un responsable FTPF de Chaumont. Sous prétexte d’organiser l’armement du groupe, Renaudin et Szymkowiak établirent la liste de ses membres et de ceux qui avaient des armes, puis ils transmirent les informations à la Police allemande. Début avril 1944, cette dernière procéda à seize arrestations qui aboutirent à cinq emprisonnements en France (dont un décès en prison) et à sept déportations (dont trois décès en déportation). Elle se fit aussi livrer Raymond Liégey et les frères Renaud qui étaient emprisonnés à Chaumont. Le 4 juillet 1944, le tribunal de la Feldkommandantur 769 de Chaumont les condamna à mort. La sentence fut commuée en déportation pour Lucien Renaud, père de famille nombreuse (mort en déportation à Neuengamme le 30 mai 1945). Quant à Raymond Liégey, Albert Renaud et Gaston Renaud, ils ont été fusillés le jour même, à 17 heures, sur le terrain de La Folie à L’Épine, près de Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne).

Le tribunal civil de première instance de Châlons-sur-Marne a rendu le 13 novembre 1944 un jugement déclaratif de décès transcrit à l’état civil de cette ville le 27 novembre 1944 sous le numéro 725, et à l’état civil de Melay le 19 décembre 1944 sous le numéro 13, qui déclare que Raymond Liégey « a été fusillé sur ordre des troupes d’occupation le 4 juillet à dix-sept heures » et qu’il a été inhumé au cimetière de l’Est de Châlons.

Gaston Renaudin a été abattu par des résistants bourguignons le 23 juillet 1944. Gabriel Szymkowiak a été condamné à mort par la Cour de Justice de la Côte-d’Or et a été exécuté dans la cour de la prison de Dijon le 9 septembre 1946.

Raymond Liégey a été reconnu « Mort pour la France » en 1945, mais cette reconnaissance a été supprimée suite à la protestation d’habitants et de la municipalité de Melay. Selon un rapport des renseignements généraux adressé au préfet de la Haute-Marne le 22 mai 1953, le maire et le conseil municipal de Melay considéraient Raymond Liégey et les frères Renaud, qui « affichaient des opinions communistes », comme « des gangsters et des terroristes » . Ils avaient menacé de démissionner si leurs noms étaient inscrits sur le monument aux morts communal.

La veuve de Raymond Liégey, Marie Liégey, a engagé une longue bataille pour faire reconnaître l’activité résistante de son mari et obtenir sa réhabilitation, avec le soutien d’André Henriot et du Parti communiste, mais aussi de Jean Dumont, directeur de la carrière de la Dolomie et délégué départemental du Rassemblement du peuple français (RPF), parti fondé par le général de Gaulle, qui attestait qu’il était un « authentique résistant ».

Le 3 avril 1951, la Médaille d’argent de la reconnaissance française pour faits de résistance lui a été décernée à titre posthume, mais le 8 novembre suivant, le certificat d’appartenance aux FFI lui a été refusé par une décision du gouvernement militaire de Metz et de la 6e Région. Le 8 septembre 1954, le ministère des Anciens Combattants a confirmé ce refus. Le 24 janvier 1957, ce ministère a décidé d’attribuer le titre d’Interné Politique à Raymond Liégey.
En 2014, au terme d’un travail de réhabilitation mené par le Souvenir français de Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne), la mention « Mort pour la France » a été rétablie pour Raymond Liégey.

Le nom de Raymond Liégey est inscrit sur la plaque commémorative de la Butte des fusillés à L’Épine, érigée sur les lieux de l’exécution. Il figure aussi sur le monument aux morts de Melay et sur celui de Grandvillars (Territoire-de-Belfort), village où il avait épousé Marie Lambing en 1940 et où elle a vécu après l’exécution de son mari. Son nom est gravé sur le Monument de la Libération de Besançon, ou sont inscrits les noms de 6 240 victimes civiles et militaires de la Seconde Guerre mondiale dans le Doubs, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article168176, notice LIÉGEY Raymond, René, Albert par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson, version mise en ligne le 4 décembre 2014, dernière modification le 16 avril 2020.

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Raymond Liégey
Raymond Liégey
SOURCE : 
Le Journal de la Haute-Marne, 30 mai 2014
Butte des fusillés à L'Épine
Butte des fusillés à L’Épine
Sur la plaque commémorative</br>de la Butte des fusillés à L'Épine
Sur la plaque commémorative
de la Butte des fusillés à L’Épine
SOURCE : 
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson

SOURCES : SHD, Vincennes, GR 16 P 372428. – Arch. Dép. Marne, M 7463, exécutions par les Allemands 1941-1944. – Le Journal de la Haute-Marne (photo), 30 mai 2014. – Informations communiquées par Jocelyne Florentin, cousine de Raymond Liégey. – Pierre Gillet, Châlons sous la botte. Souvenirs de la Résistance à Châlons-sur-Marne et dans l’arrondissement (1940-1945), Cahiers châlonnais, n° 3, Châlons-sur-Marne, 1983, réédité en 1998. – La Résistance en Haute-Marne Marne, cd-rom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2004. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, dvd-rom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013. – Mémorial GenWeb. – État civil, Melay (acte de naissance) ; Châlons-en-Champagne et Melay (transcription du jugement déclaratif de décès).

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