BLAJCHMAN David, Maurice

Par Lynda Khayat

Né le 7 septembre 1922 à Paris (IIIe arr.), mort de la tuberculose à la prison de Fresnes le 1er janvier 1942 ; ouvrier tôlier ; militant des Jeunesses communistes du XIe arrondissement de Paris ; arrêté par des passants le 3 juillet 1941 à la suite d’une distribution de tracts et conduit au commissariat de la Roquette ; condamné par la section spéciale de la Cour d’Appel de Paris le 29 août 1941 à 5 ans d’emprisonnement.

Fils aîné d’immigrés juifs polonais installés rue Basfroi à Paris, dont le père fut tourneur sur bois, puis ravaudeur et la mère, couturière, il milita très jeune aux Jeunesses communistes de son quartier et participa aux activités de l’Union sportive ouvrière du 11e, affiliée à la FSGT. Jusqu’en juillet 1941, il exerça la profession de tôlier aux Etablissements Roche, avenue du Président Wilson à la Plaine Saint-Denis. De nationalité française par déclaration en date du 11 mars 1926, recensé comme israélite sous l’Occupation, il vit sa carte d’identité revêtue de la mention « Juif » par les services de police.
Dès août 1940, il forma dans le 11e arrondissement un groupe clandestin des Jeunesses communistes, le « Groupe Molotov », composé de six militants, dont il fut le responsable à la propagande, Roger-Jacques Hanlet le trésorier et Pierre Milan le responsable politique, ces deux derniers futurs membres des Bataillons de la Jeunesse, tous anciens camarades d’école, adhérant à la même association sportive. David Blajchman s’employa alors à la reprise de l’activité politique dans l’arrondissement, organisant distributions de tracts, collages de papillons, inscriptions sur les murs, lacération des affiches de l’occupant et du RNP. Par mesure de sécurité, la direction des Jeunesses communistes clandestines ayant pris, en décembre 1940, la décision de restructurer ses effectifs sur la base de groupes de trois, David Blajchman constitua alors le « Groupe Henri Barbusse » avec Roger-Jacques Hanlet et Pierre Milan. Ils continuèrent leur activité de propagande communiste jusqu’à son arrestation.
En effet, dans la soirée du 3 juillet 1941, à la suite d’un lancer de tracts, exemplaires du journal clandestin l’Avant-Garde, à la terrasse du café de la Renaissance, rue de la Roquette, il fut arrêté par deux passants, qui le conduisirent au commissariat de police du quartier, tandis que les deux camarades, qui l’accompagnaient, purent prendre la fuite. Gardé à vue, interrogé, il refusa de divulguer l’identité de ces derniers. Au cours de la perquisition opérée au domicile de ses parents, aucun document lié à son activité politique ne fut découvert. Accusé de propagande communiste, il fut envoyé au dépôt de la Préfecture de police le 4 juillet 1941 et l’affaire fut transmise à la justice. Interrogé à nouveau le jour même par le substitut du Procureur près du Tribunal de la Seine dans son cabinet du Palais de justice, il fut inculpé d’infraction aux articles 3 et 4 du décret du 26 septembre 1939 pour activité communiste et écroué à la prison de la Santé dans l’attente de son procès. Traduit le 10 juillet 1941 devant la 12e Chambre du tribunal correctionnel de la Seine, il fut condamné, au cours de l’audience des flagrants délits, à 8 mois de prison et réintégré dans sa cellule de la Santé.
Souffrant de tuberculose pulmonaire et rénale, il vit son état de santé se dégrader rapidement en prison. Son père, craignant qu’il ne puisse supporter plus longtemps la détention, intervint alors auprès du Procureur pour qu’un examen médical soit ordonné, afin d’obtenir sa libération. Celui-ci effectué par le médecin de la maison d’arrêt conclut à l’absence de poussée évolutive de la maladie. David Blajchman fit appel le 19 juillet 1941 de la décision de justice prise à son égard ; son affaire fut renvoyée devant la 15e Chambre de la section spéciale de la Cour d’appel de Paris, qui le condamna cette fois, par arrêt du 29 août de la même année, à 5 ans d’emprisonnement et à 100 francs d’amende. Il fut alors transféré à la prison de Fresnes pour y purger sa peine.
Son avocat introduisit le 3 septembre suivant un recours en grâce médicale auprès du Garde des Sceaux, transmis au Procureur général le 23 du même mois et intervint en octobre de la même année auprès de celui-ci, pour qu’un nouvel examen médical soit ordonné de toute urgence par un médecin de la prison de Fresnes, en raison de la gravité de l’état de santé de son client. Celui-ci conclut à une poussée évolutive de tuberculose pulmonaire, qui l’exposait du fait de la détention à des dangers graves et immédiats. L’Avocat général se prononça alors auprès de la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice en faveur d’une remise totale de la peine, devant le caractère désormais urgent du recours en grâce. Celui-ci fut rejeté le 3 janvier 1942 par le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, alors que David Blajchman était mort à la prison de Fresnes deux jours auparavant. Le 23 mai de la même année, le parquet général estima qu’il n’y avait pas lieu d’intenter une action en déchéance de nationalité à son encontre, d’autant plus qu’il était déjà décédé.
Ses parents Moscek et Rosa Blajchman, réfugiés dans les Ardennes à Sachy, furent arrêtés en tant que Juifs à Charleville par la police française au début du mois de janvier 1944. Internés à Drancy le 15 janvier, ils furent déportés quelques jours après, le 20 du même mois, à destination d’Auschwitz, où ils trouvèrent la mort. Seule sa sœur Dora échappa à ce sort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16820, notice BLAJCHMAN David, Maurice par Lynda Khayat, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 23 juin 2017.

Par Lynda Khayat

SOURCES : Arch. Nat. Natural. BB__ dos. 1011 X 26 Blajchman David, Maurice ; F 9 art. 5681 Fichier du camp de Drancy ; Z 4 art. 1 dos. 15 Instruction de la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris (arrêt du 29 août 1941) — Arch. PPo. BS 1 GB 49 Affaire Brustlein (30 octobre 1941) — CDJC CIII_13_24 Photo. de Blajchman David.

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